Le Coffre de Fer de Londres
Lire le chapitre 31: The Reunion
La flamme du cierge vacilla quand Tom poussa la porte de la chapelle. L’air sentait la cire fondue et le moisi, une odeur de sanctuaire oublié. Au fond, près de l’autel, une silhouette en robe brune se tenait immobile, les mains croisées sur un bâton de pèlerin. Derrière lui, ligotée sur une chaise de bois, Alice leva la tête.
Ses yeux s’écarquillèrent. Elle ouvrit la bouche, mais le moine leva une main, et elle se tut.
« Tu viens plus tôt que prévu, Tom le Fou », dit le moine, la voix grave et calme comme une pierre roulée par l’eau. « Je n’ai pas encore eu le temps de préparer le feu. »
Tom glissa la main sous sa tunique, ses doigts trouvant le métal froid du coffre. « Lâche-la, et je te laisse le coffre. »
Le moine rit, un bruit sec et sans chaleur. « Tu crois encore négocier ? Ce coffre m’appartient par droit d’héritage divin. Toi, tu n’es qu’un intermédiaire maladroit.» Il fit un pas en avant. « Mais je suis magnanime. Donne-le, et ta sœur verra l’aube. »
Tom ne bougea pas. Il sentait le phœnix contre sa poitrine, le médaillon tiède comme un cœur battant. Alice secoua la tête, ses yeux brillant de larmes retenues. « Tom, ne l’écoute pas. Il ment. »
Le moine tourna la tête vers elle, un éclat de rage traversant son visage. C’était l’ouverture. Tom bondit.
Il n’avait plus la souplesse d’un jeune chat, mais les années de toits et de gouttières lui avaient laissé des réflexes de couleuvre. Il passa sous le bras levé du moine, le coffre en avant comme un bouclier. Le bâton s’écrasa sur le métal avec un son de cloche sourd, et Tom ressentit le choc remonter dans son épaule.
Le moine grogna et frappa encore. Tom pivota, le coffre heurta le poignet du moine, et le bâton tomba dans un cliquetis sur les dalles. Le moine plongea mais Tom était plus rapide sur ses pieds, malgré la fatigue. Il envoya son pied dans le genou de l’homme de Dieu, qui s’effondra avec un cri sourd.
Tom se précipita vers Alice, sortit un couteau de sa ceinture et trancha les cordes. Elle tomba contre lui, tremblante.
« Il faut partir, » souffla-t-elle. « Avant que les autres arrivent. »
Derrière eux, le moine se relevait en boitant, les yeux noirs de haine. Tom brandit le coffre. « Approche, frère. Je te jure que ce coffre vaut plus que ta vie, mais je n’ai pas envie de finir tonsuré. »
Le moine hésita. Dans le silence, on entendit le crépitement lointain des flammes sur la ville, un bruit qui ne s’éteignait plus jamais. Puis il recula d’un pas, et Tom saisit Alice par le bras.
Ils sortirent par une porte latérale, dans une cour entourée de murs bas, au-delà desquels le ciel était orange. Le feu avait gagné du terrain. Il fallait courir, encore courir.
Mais Alice s’arrêta. Elle regardait le coffre dans les mains de Tom, le métal noir, les motifs de serpents gravés autour de la serrure.
« Tom, dit-elle, la voix pressante. Écoute-moi. Je sais ce que c’est. »
« Tu sais ce que c’est ? Personne ne le sait. Même les morts qui ont signé les paperasses ne l’ont jamais ouvert. »
« Notre mère le savait. » Alice plongea la main dans son col, en tira une chaîne fine au bout de laquelle pendait une petite clé de cuivre tordu. « Elle m’a donné ça avant de mourir. Elle m’a dit : “Si Tom revient un jour, s’il trouve le coffre, dis-lui que ceci est la clé de la dernière porte, mais que le sang seul n’ouvre pas.” »
Tom regarda la clé, puis le coffre. « Le sang, » dit-il lentement. « J’ai essayé. Mon propre sang, il n’a pas suffi. »
Alice hocha la tête, les yeux soudain pleins d’une tristesse ancienne. « Ce n’est pas le tien qu’elle voulait. C’est le sien. Notre mère portait le sang des serpents, Tom. La lignée des Ashby vient de là. »
Tom déglutit. Il sortit son couteau, regarda la paume de sa main, puis la coupa. Le sang perla, rouge et vivant. Il l’étala sur le rebord de la serrure, là où le phœnix s’emboîtait.
Rien. La serrure resta close, muette comme une tombe.
Alice prit sa main, la serra. « Non, Tom. Il ne faut pas le sang de ta main. Il faut le sang de celui qui a scellé le pacte. Notre mère l’a scellé. Le sang maternel. »
Tom la regarda. « Et il est où, ce sang ? »
Alice détourna les yeux. Elle ouvrit le poing : la chaîne de cuivre reposait dans sa paume, et à son extrémité, contre le médaillon, la petite clé s’ouvrit d’un coup sec, révélant une fine capsule de fer.
« Elle m’a donné cette chaîne le jour où je suis née, dit Alice. Elle avait fait prélever une goutte de son sang, un soir de lune rouge. Elle savait qu’un jour il faudrait des comptes. »
Tom prit la capsule, la soupesa dans sa main. Il regarda le coffre, la serrure, puis sa sœur.
Autour d’eux, la nuit brûlait.
« Alors, » dit-il, « essayons encore. »
Il dévissa la capsule. Une goutte sombre, presque noire, s’en échappa et tomba sur la serrure.
Le coffre émit un son — pas un cliquetis de métal, mais un soupir, comme une poitrine qui expire enfin.
Puis il s’ouvrit.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.