Le Coffre de Fer de Londres
Lire le chapitre 33: The Heart of the First Flame
La pluie de cendres tombait encore, fine comme un linceul, quand Tom déplia la première feuille. Alice tenait le phial de verre à bout de bras, le liquide ambré dansant contre les parois, une lueur malsaine dans la pénombre de la grange.
« C'est du feu grégeois, murmura-t-il sans lever les yeux. Je le connais. Mon père m'en parlait. On ne l'éteint pas avec de l'eau. »
Alice se rapprocha, le visage pâle. « Comment le sais-tu ? »
« L'odeur. Soufre, chaux vive, naphte. Et ça. » Il pointa du doigt le passage sur le parchemin. « Le plan de Percy. »
Les mots dansaient sous ses yeux, une écriture serrée de clerc, mais le sens était clair. Tom les lut à voix haute, lentement, comme pour graver chaque syllabe dans sa mémoire.
« *…et ainsi, le feu qui ne meurt point consumera la ville entière, des berges aux remparts. Nul ne pourra l'éteindre, ni l'eau de la Tamise, ni les puits, ni la pluie. Et quand la Cité ne sera plus que cendre, Sa Majesté devra bien se tourner vers ceux qui savent bâtir sur les ruines. Lord Percy offrira l'ordre. Lord Percy offrira la loyauté. Et Londres renaîtra, fidèle, purgée de ses foyers de rébellion.* »
Le silence s'étira entre eux, lourd comme la fumée qui voilait le ciel à travers les planches disjointes.
« Il veut détruire Londres, souffla Alice. Pas pour fuir le feu. Pour le créer. »
Tom replia la lettre d'une main tremblante. « Le feu qui court déjà dans la ville, les maisons qui brûlent depuis trois jours... Ce n'est pas un accident. C'est une répétition. Une démonstration. » Il déglutit. « Le phial contient le vrai feu. Le feu définitif. »
Alice lança un regard au contenant, comme s'il pouvait mordre. « Et le prêtre Jean ? Il est lié à Percy ? »
« Pire. » Tom tourna la deuxième feuille. Celle-ci portait un sceau qu'il ne connaissait pas, une croix surmontée d'une flamme. « Le prêtre veut le feu pour autre chose. Une purification. Il parle du sang du serpent sacrifié dans la tour. La tour, Alice. La Tour de Londres. »
Sa sœur blêmit. « Le roi y est. Sous la protection de l'archevêque. »
« Sous la menace, oui. » Tom laissa tomber les feuilles sur la paille. « Le prêtre veut atteindre la tour, forcer le roi à écouter. Mais Percy... Percy veut la ville entière. Et ces deux-là se servent de nous. Le moine qui t'a capturée, c'était l'homme de Jean. Mais ceux qui nous poursuivaient aux portes de Cripplegate ? Ceux-là sentaient l'argent de Percy. »
Il se frotta le visage, sentit la suie crasseuse sous ses doigts. « Nous sommes entre deux marteaux. Et la boîte est l'enclume. »
Alice posa le phial avec précaution sur une poutre fendue, loin de la paille.
« Alors nous la détruisons, dit-elle. On la jette dans la Tamise avec son contenu. »
Tom secoua la tête. « Et après ? Nous restons deux voleurs sans nom, recherchés par Percy, par le prêtre et par chaque soldat de la maréchaussée qui va bientôt recevoir notre signalement. » Il marqua une pause. « La boîte ne sert plus seulement à Percy. Elle me sert, moi. »
« Te sert comment ? »
Il chercha ses mots dans la fumée qui filtrait par les interstices. Une pensée venait de s'ouvrir en lui, nette comme une lame.
« Les documents parlent de Percy. Son nom, son plan, ses correspondants. C'est plus qu'une preuve. C'est une monnaie. Si le roi survit, si Londres sort des cendres, il aura besoin de têtes à couper. Percy en offre une, bien présentée, bien documentée. » Il sourit, sans joie. « Je peux lui vendre. Non pas la boîte, mais ce qu'elle contient. Ma liberté contre sa tête. »
Alice ouvrit la bouche, puis la referma. Elle regarda le feu grégeois, puis les parchemins dispersés sur la paille.
« Tu parles de marcher dans le palais du roi comme un marchand ambulant. Avec un passif de voleur, une tête mise à prix et un moine qui nous cherche. » Elle secoua la tête. « C'est de la folie. »
« C'est la seule porte qui reste ouverte », répondit Tom.
Il se leva, ramassa le phial et le glissa dans sa ceinture, enveloppé dans un linge imbibé de vinaigre pour masquer l'odeur. Puis il ramassa les parchemins et les rangea dans le lockbox, refermant le couvercle d'un geste sec. Le cuivre émit un claquement sourd.
« La boîte est vide de son secret maintenant, constata Alice. Mais tout le monde la croit encore pleine. Percy la veut. Jean la veut. »
Tom hocha la tête. « C'est notre avantage. Ils chassent une ombre. Nous, on transporte la vérité. » Il prit son baluchon, y glissa le lockbox. « Nous allons à Saint-Gilles, comme tu voulais. Le prêtre Jean détient la lettre de mère. Et peut-être autre chose. »
Alice le regarda, ses yeux brillants dans la pénombre. « C'est un piège. Tu l'as dit toi-même. »
« Tous les lieux le sont désormais, sœurette. La différence, c'est qui tend le piège à qui. »
Il passa la tête par la porte de la grange, scrutant le ciel noir de suie. Les flammes avaient encore gagné du terrain vers le sud-est ; des braises rouges montaient en spirales au-dessus des toits lointains. Le vent, capricieux, poussait le brasier vers la rivière, vers le pont, vers la tour.
Vers le roi.
« Si Percy met la main sur le phial avant nous... » commença Alice.
« Il n'en aura pas l'occasion, coupa Tom. Le phial reste avec moi. Et si je tombe, il tombe avec moi. Dans la rivière, dans le feu, peu importe. Personne ne récupérera ce feu. »
Un léger mouvement attira son regard. Là-bas, au loin sur la route, une troupe de cavaliers avançait dans la fumée, lanternes basses, armes luisantes. Des uniformes. La maréchaussée de Percy, ou celle du prêtre, impossible à dire dans la distance.
« Ils arrivent, dit-il. Par le chemin. Ils savent que nous sommes ici. »
Alice jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. « La grange n'a qu'une issue. »
« Alors nous ne prenons pas l'issue. » Tom indiqua le toit, où une échelle de fermier menait à une trappe de foin. « Nous prenons les toits. »
Il lui tendit la main. Elle la saisit sans hésiter. Ensemble, ils grimpèrent dans le foin, poussèrent la trappe, et émergèrent sous un ciel strié de rouge et de noir. La ville entière semblait respirer le feu. La brise leur apporta des cris lointains, des cloches d'alarme, le grondement des charpentes qui s'effondrent.
Tom se hissa sur le faîte du toit, se retourna pour aider Alice à l'équilibre. Le lockbox pesait contre son dos, les parchemins contre sa poitrine, le phial contre sa hanche. Tout le poids de la conspiration, tout le secret de Percy, tout le salut possible, tenait dans ses habits de voleur.
En bas, les cavaliers s'arrêtaient devant la grange. Des ordres aboyés. Le bruit des sabots sur les pavés brisés.
Tom regarda une dernière fois le brasier qui avançait. Londres brûlait. Mais ce n'était que la première flamme, la diversion. Le vrai feu — celui qui ne connaissait pas d'eau — était dans sa ceinture. Et Percy le croyait encore sous clé dans sa boîte de fer.
« Tu sais ce qu'il y a de drôle ? » murmura-t-il en s'accroupissant pour bondir vers le toit voisin.
Alice le suivit, un pied suspendu dans le vide. « Non. Mais tu vas me le dire. »
« Le moine nous chasse pour voler ce feu. Percy nous chasse pour le brûler. Le prêtre veut le sacrifier. » Il sourit dans la cendre, un sourire de loup. « Et moi, je vais le porter au roi. Le leur dire à tous. Et choisir ma rançon. »
Il sauta. Derrière lui, le toit résonna sous les bottes des soldats, mais il ne se retourna pas. La route de Saint-Gilles s'ouvrait devant eux, brodée de braises et de ruines fumantes.
Et au bout, une lettre. Une mère. Et peut-être — si le destin avait un peu d'humour — une poignée de main avec le diable.
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