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Le Coffre de Fer de Londres

Lire le chapitre 4: The First Demand

Le souffle court, le cœur cognant contre ses côtes, Tom plaqua le ballot de chiffons contre sa poitrine. Le balai qu'il tenait en travers de son épaule, le manche calé sous son menton, lui donnait l'air d'un pauvre ramoneur traînant son attirail. Il avançait d'un pas vif mais pas trop, le long d'une ruelle où les braises s'écrasaient comme des mouches mortes. Il ne regardait pas derrière lui. Il savait qu'ils étaient là. Il le sentait, cette brûlure au creux du dos qui annonçait une menace proche.

La rue débouchait sur un petit carrefour, encombré de débris et de fumée. Là, planté comme un chêne au milieu d'un champ de cendres, un homme l'attendait. Un colosse. Les épaules larges comme une porte de grange, un visage taillé dans de la rocaille, des yeux noirs et fixes. Il portait une casaque de cuir épaisse, et à la ceinture, un coutelas qui semblait plus un outil de boucher qu'une épée de gentilhomme.

Tom s'arrêta net. Il jeta un coup d'œil derrière lui. Les trois hommes, les capuches baissées, se tenaient à l'entrée de la ruelle, bloquant toute retraite. Il était pris dans une nasse.

Une voix grave, mais presque amicale, sortit du colosse. "Alors, c'est toi, le petit voleur qui court plus vite que son ombre?"

Tom serra le balai. Il se força à sourire, un sourire de gamin pris en faute. "Je ne suis qu'un ramoneur, monsieur. Le feu m'a chassé de chez mon maître."

Le colosse éclata d'un rire court, sans chaleur, qui résonna comme des pierres qu'on jette dans un puits. "Un ramoneur qui porte un sac de cuir et du fer, et qui sue la peur à dix pas. Allons." Il tira une pièce d'argent de sa poche, la fit sauter dans sa paume. "Mon employeur est un homme de commerce. Un homme patient. Il n'apprécie pas les complications. Il m'a dit : propose-lui une commission. Une commission honnête."

"Une commission?" Tom recula d'un demi-pas, calculant la distance jusqu'à une pile de poutres effondrées à sa droite.

"Le coffre. Tu le ramènes. On te donne une bourse pleine de couronnes d'argent, et tu marches, tu disparais. Pas de questions. Le passé est le passé." L'homme tendit la main, comme pour sceller un accord. "Un échange simple. Pas de sang."

Tom regarda la main tendue. Une main large, avec des cicatrices de vieux travail. Une main honnête, peut-être, mais qui servait un maître malhonnête. Et dans cette main, une offre. Une offre qui valait sûrement moins que ce que le coffre contenait. Car personne n'engageait un tueur pour récupérer la malle d'un mort à moins que ce qu'elle contienne ne vaille dix fois la bourse proposée.

"Combien?" demanda Tom, la voix neutre.

"Cinquante livres. De l'argent sonnant."

Cinquante livres. Une fortune. Tom feignit de réfléchir, gratta sa joue noircie par la suie. Il regarda le ciel, où la fumée tournoyait, grasse et noire. Le feu approchait. "Cinquante livres, c'est peu," dit-il lentement. "Pour un homme qui envoie trois chiens de garde me mordre les talons à travers tout Londres. Si ça ne valait pas plus que ça, vous auriez envoyé un simple commissionnaire."

Le colosse haussa un sourcil, légèrement surpris. "Un garçon futé. Dommage."

"C'est un piège, votre offre. Si je vous donne le coffre, vous me coupez la gorge dans la seconde suivante pour ne pas laisser de témoin. Vos trois sbires derrière moi le confirment." Tom pointa le menton vers eux. "Ils n'ont pas sorti leurs couteaux, mais ils les ont lâchés dans leurs fourreaux. Ils attendent."

Le colosse soupira, un vrai soupir de fatigue, presque mélancolique. "Le maître n'aime pas les garçons futés."

"Le maître n'a pas le coffre," répondit Tom.

Il n'y eut pas d'avertissement. Le colosse bondit, d'une vitesse incroyable pour sa masse. Tom plongea sur le côté, le balai lâché, et roula sur l'épaule dans les débris. Une poigne d'acier lui attrapa la cheville. Il tordit le corps, tira son couteau de sa ceinture, et frappa vers le poignet de l'homme. La lame mordit le cuir du gantelet, sans atteindre la chair. L'étreinte se resserra, douloureuse.

Tom planta le couteau dans le sol entre eux, s'en servant comme d'un levier pour se dégager. L'homme le tira vers lui, comme un pêcheur ramène un poisson. Tom servit le geste, se laissa tirer, et au dernier moment, plongea sa tête vers l'entrejambe du colosse, frappant de son crâne un point qui fit grogner l'homme. La prise se relâcha d'un rien. Tom se libéra, roula sur le dos, et se releva en chancelant.

Les trois hommes s'avancèrent. Le colosse, plié en deux, glapit une insulte. Il dégaina son coutelas et chargea, aveuglé par la rage.

Tom ne réfléchit pas. Il courut vers la pile de poutres. Elles avaient été des charpentes, désormais des monceaux de charbon et de poutres calcinées, qui soutenaient encore un mur effondré. Derrière ce mur, il entendait le crépitement de l'incendie, le grognement sourd d'une maison qui agonisait. Il sauta sur la poutre la plus basse, grimpa comme un singe, le sac de cuir cognant contre son dos.

Le colosse le suivit, plus lourd, mais déterminé. Ses mains d'ours attrapèrent la poutre. Tom se hissa au sommet de l'édifice, jeta un regard en arrière. Les trois hommes tentaient de contourner la pile par la gauche. Le colosse était presque sur lui.

Et alors, Tom vit la faille. Une poutre maîtresse, rongée par le feu, ne tenait plus que par un fil de braise. C'était elle qui soutenait l'ensemble. Si elle cédait, tout le tas s'effondrerait sur les assaillants.

Il n'avait pas le temps d'hésiter. Il donna un grand coup de pied dans la poutre.

Elle gémit, trembla. Le colosse leva la tête, vit le danger, et tenta de reculer, mais ses bottes glissaient sur le bois carbonisé. Un craquement sourd, un bruit d'apocalypse miniature. La poutre céda, et avec elle, toute la pile s'effondra dans un nuage de cendre et d'étincelles. Tom se jeta de l'autre côté, atterrit mal, se tordit la cheville sur un pavé brûlant. Il gémit, mais se releva.

Le nuage se dissipa lentement. Il entendait les jurons étouffés de ses poursuivants sous les décombres. Ils n'étaient pas morts, il en était sûr. Mais il leur faudrait des minutes pour se dégager.

Il chercha son couteau à la ceinture. Il n'y était plus. Perdu dans la bataille, ou tombé lors du plongeon. Il haussa les épaules. Un couteau se remplace. Un coffre, non.

Mais quelque chose le gênait. Quelque chose dans la façon dont le colosse avait tendu la main, avec sa proposition polie et son regard presque paternel. Ce n'était pas la manœuvre d'un homme qui poursuivait une ombre depuis des heures. C'était la manœuvre d'un homme qui avait un plan fixé, des ordres précis, et qui aurait utilisé la force de toute façon. Le colosse avait été le premier recours. La négociation, une formalité.

Tom resserra son écharpe autour du coffre. Il devait trouver un moment pour l'examiner, pour comprendre ce qui le rendait si précieux. Mais plus encore, il devait se demander pourquoi tout le monde tenait à ce qu'on ne l'ouvre pas. On ne paie pas pour ne pas ouvrir un coffre, sauf si son contenu est si dangereux que personne ne veut même le regarder. Le phénix. Le phénix gravé sur le métal. Le phénix de son père.

Une sonnerie d'alarme, intérieure.

Son père avait été pompier. Un ouvrier du feu, qui savait lire un incendie comme on lit une carte. Il avait travaillé pour des aristocrates, pour des guildes, pour des marchands. Et un jour, il était mort dans un incendie qui ne s'était jamais expliqué. Tom avait toujours cru que c'était un accident. Mais le phénix sur ce coffre, celui-là même qu'il avait vu sur l'étendard de la compagnie de son père, celui-là même que son père gardait dans un tiroir secret, ce phénix-là disait quelque chose d'autre.

Le coffre n'était pas un butin chanceux. Il était l'héritage d'un mort.

Tom prit une profonde inspiration, la fumée piqua ses poumons. Le feu avançait, roulait sur les toits comme une vague. Il entendit au loin un martèlement de sabots. Une voix d'homme criait des ordres. Il leva les yeux vers la rue, et vit un cavalier vêtu d'une cape rouge écarlate, qui pointait du doigt une section de rue et criait à des soldats de la bloquer.