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Le Coffre de Fer de Londres

Lire le chapitre 5: Into the Flames

La chaleur le frappa comme une gueule de four ouverte. Tom n’eut pas le temps de réfléchir : un craquement sourd, puis un pan de mur s’abattit en travers de la ruelle, projetant des braises dans l’air déjà noir de suie. Les hommes du marchand, derrière lui, juraient à travers la fumée. Ils avaient vu le balai, le déguisement, tout. Il ne leur restait qu’à le rattraper.

Tom fonça vers l’est, le souffle court, le coffre battant contre sa hanche sous les chiffons du ramoneur. La ruelle débouchait sur une place où les maisons flambaient par grappes entières, comme des allumettes dans la main d’un enfant cruel. Il jeta un regard derrière lui — ils étaient trois, armés de hallebardes volées, le visage barbouillé de cendre. Le costaud du pont, lui, n’était pas là. Était-il mort sous les poutres ? Tom n’osait y croire.

La ruelle suivante était barrée. Des soldats en uniforme déchiré tentaient de créer une ligne de seaux contre un mur d’incendie qui avançait trop vite. L’un d’eux tendit le bras vers Tom, ouvrit la bouche pour héler. Tom plongea dans une fissure entre deux maisons à demi effondrées, priant pour que la cadence de son cœur ne trahisse pas son passage. Les soldats détournèrent les yeux. Il y avait plus urgent que de courir après un garçon de cheminée couvert de suie.

Il ressortit côté nord, dans une artère plus large où la foule se pressait — une foule au visage gris, portant des matelas et des marmites, poussant des enfants qui pleuraient. Personne ne le remarqua. Tom ralentit, tentant de se fondre dans leur passage. Le coffre, sous les frusques, semblait peser le poids d’un mort.

C’est là qu’il le vit.

Le cavalier en cape rouge sortit de la fumée comme un spectre. Sa monture, un alezan nerveux, encensait dans la chaleur. Sur son dos, l’homme était droit, la main gantée sur le pommeau de son épée, les yeux fixés sur quelque chose que Tom ne voyait pas. Il n’avait pas besoin de regarder deux fois. Ce visage anguleux, cette cicatrice fine sous l’œil gauche, cette façon de trancher l’air du menton — Sir Robert Markham, agent du roi et de personne d’autre.

Tom se coula derrière le muret d’un puits à sec, les doigts crispés sur le plomb du balai. Son père lui avait parlé de Markham, une fois, un soir de pluie — « Il fait la pluie et le beau temps dans les services du roi. Et il a la main bien trop propre pour quelqu’un qui patauge dans tant de boue. » Tom n’avait pas compris, à l’époque. Maintenant, il comprenait le ton.

Markham fit avancer son cheval jusqu’au croisement d’une rue que Tom n’avait pas identifiée, au bout de laquelle des soldats empilaient des tonneaux de goudron. L’un d’eux tenait une lanterne. Un autre portait un rouleau de parchemin.

— Barrez la rue, ordonna Markham, d’une voix plate, presque ennuyée. J’ai dit *cette* rue. Pas la suivante. Si le feu change de direction, le vent le portera vers les quais de Sudwark. C’est un désastre qu’on ne peut pas permettre.

Le soldat au parchemin hocha la tête et déroula le plan. Tom vit le tracé de la ville, les cases grossières des quartiers, et un trait rouge à l’encre fraîche qui s’étirait vers le bras du fleuve. Markham n’éteignait pas le feu. Il le *guidait*.

Le cœur de Tom se serra. Il n’avait jamais cru aux complots. Les hommes qui parlaient de la main du roi dans les incendies étaient des ivrognes ou des fous. Mais il y avait là une logique implacable — on ne peut pas arrêter la flamme ; mais on peut lui choisir son lit, et brûler d’abord les quartiers rebelles, les maisons des importuns, les entrepôts des ennemis d’un puissant.

Markham tourna la tête. Ses yeux passèrent sur le puits, sur les fuyards, sur Tom — et s’arrêtèrent une seconde de trop.

Tom baissa la tête, enfouit le nez dans son épaule, toussa dans la suie comme un vrai ramoneur. Le cheval fit un pas. Markham dit quelque chose à voix basse, et deux soldats quittèrent la barricade pour se diriger vers le puits.

Le coffre brûlait contre la poitrine de Tom. La chaleur, ou le poids, ou la peur — peu importait. Il n’avait plus de couteau. Il n’avait plus de route. Les hommes du marchand rappliquaient derrière lui. La foule allait vers le fleuve, mais Markham venait de condamner cette direction. Derrière le puits, il y avait les carcasses d’une forge en ruine, un amas de poutres noircies, et au-delà — il le savait pour avoir couru dans ce quartier quand il était gamin — une ruelle étroite qui serpentait entre les abattoirs et descendait vers la Tamise par un chemin boueux qu’on ne voyait pas depuis la rue.

Tom n’y réfléchit pas. Il se leva, baissa la tête, et marcha droit dans le brasier qui montait de la forge. La chaleur lui roussit les sourcils. Une poutre craqua près de sa tête, jaillissant des étincelles comme un feu d’artifice mal réglé. Les soldats crièrent, mais ils ne le suivirent pas dans cette fournaise. Personne de sensé ne l’y aurait suivi.

Derrière lui, le phénix gravé semblait palpiter contre son cœur, comme s’il voulait sortir du métal. Ou comme si son père le tâtait à travers la fonte, le sommant de courir encore.

La ruelle des abattoirs était là, étroite et sauvage, mais elle menait à l’eau. Et l’eau — l’eau ne pouvait pas savoir ce qu’il portait. L’eau ne pouvait pas lui être bloquée, elle, la seule chose dans cette ville que même le roi ne pouvait pas barrer avec des tonneaux de goudron.

Tom s’y engouffra et courut vers le fleuve, son secret chaud dans les mains, tandis que derrière lui la ville se dévorait en rugissant.