Le Contrat de Façade
Lire le chapitre 17: The Brother's Warning
L'air de la soirée était devenu une prison de verre. Elise gardait les yeux fixés sur la porte des toilettes du Grand Théâtre, là où James avait disparu après son avertissement. Les murmures du cocktail de lancement du film de Theo flottaient autour d'elle, mais elle n'entendait qu'une seule phrase, répétée en boucle : *Ne lui fais pas de mal.*
Elle n'avait pas demandé cette responsabilité. Elle n'avait signé qu'un contrat. Un contrat qui devenait, heure après heure, quelque chose de plus lourd et de plus dangereux.
— Vous êtes pâle.
La voix de James surgit derrière elle. Il était revenu sans bruit, un verre d'eau minérale à la main. Il le lui tendit avec un sourire qui n'atteignit pas ses yeux.
— Merci, dit-elle en acceptant le verre. Sa gorge était si sèche qu'elle dut boire une gorgée avant de se sentir capable de parler. Pourquoi tenez-vous tant à ce qu'il ne soit pas blessé ?
— Parce que je suis la seule personne qui connaisse le prix qu'il a payé.
James s'adossa contre le mur, croisant les bras. Dans cette position, la ressemblance avec Theo était frappante — la même ligne de mâchoire, le même pli entre les sourcils quand il se concentrait. Mais là où Theo avait une retenue presque douloureuse, James avait une franchise brutale.
— Il vous a dit qu'il avait commencé la comédie pour échapper à notre père ? demanda James.
— Il m'a dit que son père était en prison. Rien de plus.
— Ça, c'est la version courte. James marqua une pause. Notre père était un homme charmant. C'est ce qui le rendait si dangereux. Il a convaincu des centaines de familles de lui confier leur argent, avec des promesses d'investissements miracles. Quand le système s'est écroulé, il a laissé Theo et moi derrière lui, avec les journalistes aux portes de notre maison.
Elise déglutit. Le verre d'eau dans sa main semblait soudain plus lourd.
— Theo avait dix ans, reprit James. Les photos de lui à l'école ont fait la une des tabloïds pendant des semaines. Il était le fils du fraudeur. Les enfants le traitaient de voleur. Les enseignants ne savaient pas comment le regarder. Et notre mère, qui n'avait rien à voir avec tout cela, a perdu son travail trois fois à cause du nom qu'elle portait.
— Il ne m'a jamais rien dit de tout cela, murmura Elise.
— C'est exactement le problème, n'est-ce pas ? James se pencha légèrement vers elle. Theo a passé sa vie à construire une image irréprochable pour enterrer cette histoire. Chaque interview, chaque apparition publique, chaque rôle — tout était calculé pour prouver qu'il n'était pas son père. Vous ne pouvez pas comprendre ce que cela lui a coûté.
Le silence s'étira entre eux. Elise pensa aux pages du manuscrit de Theo, qu'elle avait lues en secret. À ce personnage qui portait tant de blessures invisibles. Elle avait cru que c'était de la fiction. C'était une confession.
— Si vous le blessez, dit James avec une calme étrange, je ne vous laisserai pas faire. Peu importe ce que dit votre contrat.
— Je... je ne vais pas lui faire de mal. Je vous le promets.
Les mots sortirent avant qu'elle ait pu les peser. James la scruta, comme s'il cherchait à déceler un mensonge. Puis il hocha lentement la tête.
— Bien. Parce qu'il y a quelque chose d'autre que vous devez savoir. Le silence de ce soir est heureux. La presse est de bonne humeur parce que le film a bien démarré. Mais si la rumeur de votre relation artificielle se confirme, ce sera un scandale d'un nouveau genre. Les médias feront des parallèles avec la fraude de notre père. "Le fils du menteur dans une mise en scène mensongère" — c'est le genre de titre qu'ils adoreront.
Le cœur d'Elise se serra. Vasseur avait dit la même chose, avec des mots différents. Elle regarda James droit dans les yeux.
— Personne ne saura rien. Le contrat restera confidentiel. C'est une promesse.
— Une promesse que vous pouvez tenir ? demanda James. Je connais vos agents, Elise. Je connais les pressions du métier. Et je connais Marcel Vasseur. Il n'attend pas.
— Vous êtes au courant de la proposition ?
— Tout le monde dans cette pièce est au courant de la proposition, Elise. James indiqua d'un geste le reste de la salle, où des conversations polies se poursuivaient autour des buffets. Vasseur n'est pas subtil. Sa présence ici, ce soir, en dit long.
Elise chercha instinctivement Vasseur du regard. Il était là, près de la scène, en conversation avec une actrice de second plan. Mais ses yeux étaient fixés sur elle. Il leva son verre en un toast silencieux.
— Il a le regard d'un homme qui a l'habitude d'obtenir ce qu'il veut, murmura James. Et il veut plus que votre présence dans son film.
— Je pensais que vous vouliez protéger Theo, pas me faire peur.
— C'est exactement la même chose. Si vous acceptez l'offre de Vasseur, vous n'aurez pas seulement abandonné Theo. Vous aurez détruit la seule chose qui lui reste — sa crédibilité. Et s'il se retrouve abattu, il pourrait bien se demander pourquoi il vaut la peine de continuer. Après notre père, ce doute n'est jamais très loin.
Elise sentit une onde de froid traverser son corps. Les yeux de James ne mentaient pas. Il ne bluffait pas.
— Je gère mes engagements, dit-elle d'une voix plus ferme qu'elle ne se sentait. Je n'ai pas répondu à Vasseur. Je ne vous dois aucune explication.
James sourit, un sourire fatigué qui lui donna soudain l'air plus vieux que son frère.
— Non, en effet. Mais si vous tenez à votre promesse, vous trouverez un moyen de vous sortir de ce piège sans utiliser Theo comme bouclier. Et vous trouverez un moyen de garder D'Ambert loin de lui.
Elise tressaillit. Le nom de D'Ambert jaillissait de la bouche de James comme une flèche.
— D'Ambert ? Je... je ne comprends pas de quoi vous parlez.
— Ne me prenez pas pour un imbécile, Elise. James soutint son regard. Je sais que vous l'avez rencontré il y a quelques semaines. Les avocats de Theo surveillent ses communications depuis qu'il vous a menacé. Ils m'ont tenu au courant, mais Theo ne sait rien.
— Il est donc votre informateur.
— Je le surveille parce que je crains qu'il ne retombe dans ses vieux démons. James se pencha encore plus près. D'Ambert est une ordure qui a déjà fait chanter la moitié de l'industrie. S'il vous tient, il tiendra Theo. Il trouvera un moyen.
— Je dois y aller.
Elise posa le verre sur le rebord de la fenêtre. Ses mains tremblaient légèrement. Elle avait prévu de rencontrer D'Ambert demain, de gérer seule la menace. Mais James venait de transformer cette rencontre en un champ de mines où une seule erreur pourrait faire exploser la vie de Theo.
— Une dernière chose, dit James derrière elle. Si vous décidez de rencontrer D'Ambert demain, ne soyez pas naïve. Il ne vient jamais seul.
Elise se retourna. James la dévisageait avec une expression indéchiffrable.
— Comment savez-vous que la rencontre est prévue demain ?
— Parce que D'Ambert a envoyé un message à l'avocat de Theo, dit James. Il a offert de vendre les messages compromettants à la presse pour une somme modique. Mais il a ajouté un délai — vingt-quatre heures pour accepter ou refuser.
La pièce sembla tourner autour d'Elise. D'Ambert avait déjà fait une offre à l'équipe de Theo. Les messages qu'il avait envoyés au studio. Le silence.
— Theo ne sait pas ? demanda-t-elle.
— Il ne sait rien. James sortit un téléphone de sa poche. Mais vous, vous savez maintenant. Que comptez-vous faire, Elise ?
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.