Le Contrat de Mariage
Lire le chapitre 25: The Seduction Clause
Les rideaux de la calèche murmuraient contre le vent pendant que la voiture s'engageait dans la longue allée de gravier. Eleanor regardait défiler les fenêtres éclairées de la demeure de Lord Ashworth, son oncle par alliance, et elle serra les lèvres. Une invitation à dîner, une simple formalité de politesse, mais elle connaissait trop bien la manière dont son oncle maniait les formalités pour en faire des pièges.
— Vous semblez préoccupée, ma chère, dit Vane depuis le siège en face d'elle.
Elle tourna la tête. Il était adossé aux coussins de velours, les jambes croisées, son sourire en coin parfaitement en place. Il portait un frac sombre qui accentuait la pâleur de ses traits anguleux. Il était trop à son aise, trop maître de lui. Cela la mettait en garde.
— Je me demande simplement ce que mon oncle espère obtenir en nous conviant tous les deux à sa table, répondit-elle.
— Votre fortune, votre influence, ou simplement le plaisir de vous voir vous agiter.
— Vous êtes d'une franchise déconcertante.
— Je croyais que vous appréciiez la franchise, madame. C'est vous qui m'avez appris à apprécier les clauses claires.
Eleanor ne put réprimer un sourire. Trois semaines de leur essai, trois semaines d'évaluations et de défis, et il avait appris à parler sa langue. C'était presque dangereux, cette facilité avec laquelle il s'adaptait à elle.
— Quoi que mon oncle veuille, dit-elle, je ne lui dois rien. Mes dettes ont été payées par votre famille, pas par la sienne.
— Et vous ne m'en avez jamais remercié, fit Vane, la voix soudain plus douce.
— Je n'ai pas demandé qu'elles soient payées.
— Non. Mais vous auriez dû les payer vous-même et je vous en aurais empêchée.
Elle le regarda, cherchant la moquerie dans ses yeux. Il n'y en avait pas.
— Pourquoi me dites-vous cela maintenant ? demanda-t-elle.
— Parce que dans dix minutes, nous allons affronter votre oncle, qui ignore tout de nos arrangements, et que je veux que vous vous souveniez que j'ai choisi votre liberté plutôt que le silence de votre famille.
Eleanor détourna le regard. La note de Vane, glissée dans le tiroir de son secrétaire à côté des papiers de son futur cabinet, lui sembla soudain brûler dans sa poitrine.
La voiture s'arrêta. Un laquais ouvrit la porte.
—
Le dîner fut exquis. Les conversations, moins.
L'oncle Ashworth, un homme au visage rougeaud et aux manières obséquieuses, les accueillit avec des sourires si larges qu'ils en étaient douloureux. Il parla de la pluie, des moissons, des mines du nord. Il parla des dettes de son cousin, le père d'Eleanor, avec une compassion si bien jouée qu'elle en aurait ri si la situation n'avait été si sinistre.
— Naturellement, dit-il en reposant son verre de porto, cette affaire de mariage a beaucoup fait jaser. Mais je suis ravi de voir que vous vous êtes entendus. Une union solide est une union financière, n'est-ce pas ?
— Une union fondée sur la confiance, corrigea Vane d'un ton léger.
— Ah, oui, la confiance. Une denrée si rare.
L'oncle s'essuya les lèvres avec sa serviette, puis se tourna vers Eleanor avec un air de conspirateur.
— Ma chère nièce, j'ai entendu dire que vous aviez des projets pour un certain... établissement à Londres ?
Eleanor haussa un sourcil.
— Je ne vois pas de quoi vous parlez, mon oncle.
— Oh, vous savez, ces choses-là finissent toujours par se savoir. Le mariage, c'est une affaire de compromis. Vous ne pouvez pas prétendre garder tous vos atouts.
Vane posa sa main sur la table, à côté de son verre.
— Lord Ashworth, dit-il, je pense que ma future épouse a pleinement le droit de gérer ses propres affaires.
— Bien sûr, bien sûr. Mais il y a une bienséance, une hiérsance à respecter. Une femme mariée ne peut pas simplement... disparaître à sa guise.
Eleanor sentit la colère monter. Elle était une avocate, elle avait passé des années à rédiger des contrats de mariage, à défaire les nœuds que les hommes tissaient avec la vie des femmes. Et ce petit homme replet, assis en face d'elle, osait lui dicter les termes de sa propre existence ?
— Mon oncle, dit-elle d'une voix douce, je vous suis très reconnaissante de votre sollicitude. Mais je vous assure que le duc et moi sommes parfaitement en mesure de convenir de nos propres arrangements.
— Des arrangements. Oui, vous en avez toujours eu, n'est-ce pas, Eleanor ? Des arrangements avec votre notaire, des arrangements avec vos créanciers...
— C'est assez, dit Vane.
L'oncle se tut. Le silence s'étira, lourd, comme une corde tendue entre eux.
— Venez, ma chère, dit Vane en se levant. Il est tard.
L'oncle se leva aussi, empressé, soudain anxieux.
— Je ne voulais pas vous offenser, Votre Grâce. Je voulais simplement... protéger ma nièce.
— Votre nièce n'a pas besoin de protection, dit Eleanor en se levant à son tour. Mais je vous remercie pour ce dîner, mon oncle. Il m'a rappelé quelque chose d'important.
— Quoi donc ? demanda-t-il, méfiant.
— Le prix de l'indépendance. Et ceux qui voudraient la vendre.
Elle se tourna vers Vane et lui prit le bras. Ensemble, ils quittèrent la salle à manger, laissant l'oncle planté parmi les assiettes à moitié vides, le visage rouge de confusion et de colère.
—
Dans la calèche, la lune dessinait les ombres des arbres sur les vitres. Eleanor se laissa retomber contre les coussins, le cœur battant.
— Cet homme est un vautour, dit-elle.
— Un vautour très prévisible, répondit Vane. Il a senti que vous aviez des projets et il veut sa part.
— Il n'aura rien. L'argent de mon père est le seul que je compte utiliser, et il ne touchera pas à mes plans pour l'orphelinat.
— J'en donnerais ma parole.
Elle le regarda. Dans la pénombre, ses traits étaient à moitié effacés, mais sa voix était grave, sans trace d'ironie.
— Pourquoi faites-vous cela ? demanda-t-elle.
— Faire quoi ?
— Me soutenir face à votre propre rang. Votre propre famille vous montrerait du doigt si elle savait que vous laissez votre femme vous échapper.
— Vous ne m'échappez pas, madame. Nous avons un contrat.
— Et pourtant, vous acceptez mes demandes sans broncher. Vous laissez ma fortune à ma main. Vous me défendez devant les vautours.
Il se pencha en avant, soudain plus proche. Elle sentit le parfum de son eau de Cologne, ambre et vétiver, et une chaleur lui monta aux joues.
— Peut-être, dit-il d'une voix plus basse, que je cherche à gagner autre chose que votre signature.
Le cœur d'Eleanor fit un bond.
— Ne me dites pas que vous essayez de me séduire, Vane. Vous avez promis une évaluation par semaine, pas des manœuvres.
— Et pourtant, le contrat ne dit rien sur la séduction. Il dit seulement que je dois vous convaincre, chaque semaine, de continuer.
— Une omission fort commode.
— Je l'assume.
Il lui prit la main. Ses doigts étaient frais, secs, assurés. Il la retourna, paume vers le ciel, et traça une ligne au centre.
— Vous négociez si bien, Eleanor. Vous analysez chaque clause, chaque mot, chaque omission. Mais il y a une chose que vous n'avez jamais su inclure dans vos contrats.
— Laquelle ?
— Le désir. On ne peut pas le légaliser. On peut seulement le laisser être.
Elle retira sa main.
— Vous jouez un jeu dangereux, monsieur.
— Je le sais. Mais j'ai appris de la meilleure : vous.
Le reste du trajet se fit dans un silence chargé. Quand la voiture s'arrêta devant sa résidence, Eleanor posa la main sur la poignée, puis se retourna vers lui.
— Vous pensez avoir gagné une manche, dit-elle. Mais l'essai n'est pas terminé.
— Je n'ai jamais pensé avoir gagné quoi que ce soit, madame. Je pense seulement que j'ai trouvé une adversaire qui me vaut.
Elle hésita, puis sortit de la voiture. Au moment où elle atteignait la porte, elle se retourna. Il était toujours à la fenêtre, silhouette statique dans la pénombre.
— Vane ! appela-t-elle.
— Oui ?
— Une résidence séparée. À Londres.
Silence.
— Vous voulez une résidence séparée de la mienne pour votre cabinet ? demanda-t-il.
— Plus que ça. Une clause : si je gagne l'essai, j'aurai le droit de vivre à ma propre résidence pendant six mois de l'année. Vous pourrez me rendre visite, mais je serai chez moi.
Il resta dans l'ombre, si immobile qu'elle crut un instant qu'il ne répondrait pas.
— Accordé, dit-il enfin. Mais à une condition.
— Laquelle ?
— Vous devez demander cette clause en face, à voix haute, devant moi. Pas dans un document. Ici. Maintenant.
Eleanor sentit le piège. Ses mâchoires se serrèrent. Elle aurait pu refuser, monter dans sa chambre, rédiger les termes seule dans la solitude de son bureau. Mais elle savait que ce serait une fuite. Et elle avait juré de ne plus jamais fuir.
— Très bien. Je demande cette clause, dit-elle d'une voix claire. Une résidence séparée à Londres, à ma disposition, pour six mois de l'année, quoi qu'il arrive dans notre mariage que nous avons convenu, si je gagne l'essai.
— Et pourquoi voulez-vous cela ? demanda-t-il, sans bouger.
— Parce que c'est la seule façon pour moi de rester moi-même, répondit-elle, surprise par la franchise de sa propre voix. Parce que si je vis dans votre ombre, je deviendrai une autre femme, et je ne la reconnaîtrai pas.
Un long silence.
— Accordé, dit-il enfin.
Il lui tendit la main à travers la fenêtre. Elle hésita, puis la prit. Sa poigne était ferme, chaude, incroyablement vivante.
— Et si vous perdez, madame ? demanda-t-il, la voix à peine audible.
— Si je perds, je serai votre épouse. Dans tous les termes du contrat.
— Et cette résidence ?
— Elle ne sera pas à moi. Elle sera à vous.
Il sourit, l'expression presque tendre, presque blessée.
— Je vous conseille alors de gagner, Eleanor. Parce que cette résidence, je vous la donnerai de toute façon. Mais je préfère que vous la gagniez.
Elle retira sa main avant que le battement de son cœur ne devienne trop fort.
— À demain, monsieur. Pour l'évaluation.
— À demain, madame. Et bonne chance pour votre oncle. Il n'en a pas fini avec vous.
— Ni moi avec lui, répondit-elle avant de pousser la porte et de disparaître à l'intérieur.
Dans le hall, elle resta un long moment contre la porte fermée, le cœur en désordre, la main encore brûlante du contact de ses doigts. Il avait accepté. Sans condition. Sans marchander. Et elle ne savait pas si c'était une victoire ou une trahison de ses propres défenses.
Elle sortit la note de Vane du tiroir de son secrétaire, la relut une fois, puis la replaça, délicatement, entre deux feuilles du contrat qu'elle avait elle-même rédigé.
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