Le Contrat de Mariage
Lire le chapitre 34: A Promise Kept
La pluie battait les vitres du cabinet de Vane quand Eleanor franchit le seuil, ses jupes trempées jusqu'aux ourlets. Il leva les yeux de son bureau, surpris, mais ne fit aucun commentaire sur son état. Il posa simplement la plume qu'il tenait.
« Vous devriez être chez vous, à vous reposer. La nuit a été longue.
— J'avais besoin de vérifier quelque chose. »
Elle tira de son réticule un parchemin froissé, le déplia sur le bureau entre eux. C'était leur contrat de mariage, la copie qu'elle avait conservée. Ses doigts coururent sur les clauses, s'arrêtant sur la troisième page.
« Vous vous souvenez de ce que vous m'avez dit, le jour où nous avons signé ? Que certaines clauses étaient absurdes et que vous ne les honoreriez jamais.
— Je m'en souviens parfaitement. La clause sept, n'est-ce pas ? Celle qui exige que le mari accompagne son épouse à chaque réunion de famille, même celles qu'elle préférerait fuir. »
Eleanor hocha la tête, surprise qu'il s'en souvienne avec une telle précision. Elle avait pensé qu'il avait oublié, ou qu'il avait simplement classé ces engagements comme des formalités sans importance.
« Ma tante Agatha m'a écrit ce matin. Elle m'apprend que ma mère avait une sœur — une femme que l'on m'a toujours présentée comme disparue en Inde. Elle vit à Bath, elle est âgée, et elle souhaite me rencontrer avant de mourir. »
Vane se redressa lentement. « Bath. C'est à trois jours de route.
— Quatre, par ce temps. Les routes seront impraticables.
— Vous voulez que je vous accompagne. »
Ce n'était pas une question. Eleanor soutint son regard. « Je veux que vous honoriez la clause sept. Si vous estimez que notre engagement est toujours valable.
— Il l'est. »
Il se leva, contourna le bureau, et s'arrêta devant elle. Son visage portait encore les marques de la nuit — la fatigue sous les yeux, la tension dans la mâchoire. Mais sa voix était ferme.
« Le contrat n'a pas été rompu, Eleanor. Il a été suspendu, à votre demande. Vous m'avez dit que vous aviez besoin de temps. Je vous l'ai accordé. Mais chaque clause que j'ai signée, je la tiens. Même celles que je trouvais ridicules à l'époque. »
Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais il leva une main.
« Une heure. Donnez-moi une heure pour faire préparer la calèche et régler mes affaires. Ensuite, nous partons pour Bath. »
Il se dirigea vers la porte, puis s'arrêta. « Et Eleanor — la clause neuf. Celle qui stipule que le mari doit assurer la sécurité de son épouse en toutes circonstances. Je l'ai honorée hier soir, quand j'ai tiré sur cet homme. Je l'honorerai encore sur la route. Vous n'avez rien à craindre. »
Il sortit avant qu'elle puisse répondre.
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La calèche cahotait sur les routes détrempées depuis trois heures quand Eleanor se tourna vers lui. La pluie avait cessé, remplacée par un ciel gris et bas qui semblait presser sur la campagne anglaise.
« Pourquoi faites-vous cela ? »
Vane tourna la page du livre qu'il ne lisait pas vraiment. « Faire quoi ?
— Honorer le contrat. Toutes ces clauses — c'était un artifice juridique, une façade pour nous donner le temps de nous connaître. Personne n'attendait de vous que vous les preniez au pied de la lettre. Surtout pas après ce que nous avons découvert. »
Il reposa le livre sur la banquette, la regardant avec une intensité qui lui fit baisser les yeux.
« Vous m'avez demandé, la nuit dernière, si je pouvais porter mon nom sans être écrasé par le poids de mon père. Vous m'avez dit que je n'étais pas coupable par héritage. »
Il s'interrompit, laissant le silence s'étirer.
« Je ne sais pas si je vous crois encore. Mais je sais une chose : dans toute ma vie, personne ne m'a jamais demandé d'être meilleur que ce que j'étais. Mon père me voyait comme une extension de lui-même. Mes maîtres me voyaient comme un élève prometteur. Le monde me voit comme un titre et une fortune.
« Vous, vous m'avez vu comme quelqu'un capable de tenir sa parole. Et vous l'avez exigé. »
Eleanor sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine. Dans sa vie d'avant — celle où elle s'appelait Ava Chen et passait ses nuits sur des dossiers de divorces acrimonieux — elle avait appris à ne jamais croire les promesses des hommes. Les mots étaient bon marché. Les contrats, eux, avaient une valeur.
Mais Vane ne se contentait pas de promettre. Il agissait.
« Vous auriez pu rester à Londres. La saison bat son plein. Lord Marchmont organise une chasse demain — vous y étiez invité.
— Lord Marchmont peut chasser sans moi. Ma tante Agatha, elle, ne rajeunit pas. »
Il y eut un moment de silence, puis Eleanor sortit le contrat de sa poche. Elle le déplia, parcourut les clauses, et s'arrêta sur la quatorze.
« Celle-ci, dit-elle en la montrant du doigt. Celle qui stipule que le mari doit partager toutes ses connaissances juridiques avec son épouse, sans réserve, comme s'ils étaient associés. Je croyais que vous l'aviez refusée. »
Vane sourit — le premier sourire franc qu'elle voyait sur son visage depuis le bal. « Je l'ai refusée parce que je la trouvais insultante. Vous étiez déjà plus compétente que la moitié des avocats que je connais. Une clause de ce genre, dans un contrat qui vous liait à moi, semblait vous réduire à une élève. »
Il se pencha, prenant le parchemin. « Mais puis-je vous dire quelque chose, Eleanor ? Depuis que je vous connais, j'ai appris plus sur la loi que pendant dix ans de pratique. Vous pensez en stratège, pas en paperassier. Vous cherchez la faille, pas la procédure. »
Il lui rendit le document. « Si vous voulez que je vous enseigne ce que je sais, je le ferai. Mais je pense que nous savons tous les deux qui serait le maître, dans cette association. »
Eleanor sentit le rouge lui monter aux joues. Ce n'était pas une déclaration d'amour — pas encore. Mais c'était un aveu, d'une certaine manière. Une reconnaissance que son esprit avait une valeur à ses yeux.
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La nuit tombait quand ils atteignirent l'auberge de Cirencester, à mi-chemin de Bath. Vane descendit, tendit la main pour aider Eleanor à sortir, puis la laissa passer devant lui dans la salle commune.
Elle l'entendit donner des instructions au propriétaire : deux chambres, un repas, son cocher devait être nourri et logé. Des détails simples, pratiques — les marques d'un homme habitué à penser aux autres.
Pendant qu'il réglait la note, Eleanor s'assit près du feu, les mains tendues vers les flammes. Quelque chose dans son cœur avait changé. Elle ne savait pas exactement quand — peut-être quand il avait accepté ce voyage sans hésiter, quand il avait parlé d'elle comme d'une associée égale, quand il avait dit qu'il n'était pas sûr de croire qu'il était innocent, mais qu'il choisissait d'honorer sa parole malgré tout.
C'était là, la différence entre les hommes qu'elle avait connus et celui-ci. Les autres promettaient ce qu'ils pensaient que les femmes voulaient entendre. Vane promettait ce qu'il était prêt à tenir, même quand c'était difficile, même quand c'était douloureux.
Il revint vers elle, deux verres de brandy à la main. Il lui en tendit un.
« À quoi buvons-nous ? demanda-t-elle.
— À la clause onze. Celle qui stipule que les parties s'engagent à se dire la vérité, même quand elle est inconfortable. »
Eleanor trinqua — mais quelque chose dans ses mots lui fit dresser l'oreille. La clause onze. Elle relut mentalement le contrat. Il y avait une clause onze, oui — mais le texte exact stipulait : « Les parties s'engagent à ne pas dissimuler d'information substantielle pouvant affecter la validité du présent contrat. »
Vane but une gorgée, les yeux fixés sur les flammes. « Vous m'avez dit, au bal, que vous n'étiez pas Eleanor Ashworth. Que l'héritière est morte il y a huit mois. »
Eleanor sentit son pouls s'accélérer.
« Oui.
— Et vous m'avez dit que vous étiez une avocate, d'un autre temps, d'un autre monde. Que vous aviez pris sa place d'une manière que je ne comprendrais pas même si vous me l'expliquiez. »
Il reposa son verre. « J'ai accepté cela. Je vous ai crue parce que vous n'aviez aucune raison de mentir. Mais il y a une chose que vous ne m'avez jamais dite, Eleanor. »
La salle commune semblait soudain trop silencieuse. Les autres voyageurs mangeaient à leurs tables, indifférents, mais Eleanor sentait le poids du moment.
« Quoi ?
— Comment vous êtes arrivée ici. »
La question qu'elle redoutait. Celle qu'elle avait repoussée depuis des semaines, enfouie sous les contrats, les stratégies, les duels et les révélations. Elle n'avait pas de réponse pour lui — pas une qu'il pourrait croire. Pas une qui ne ferait pas vaciller l'équilibre précaire qu'ils avaient construit.
Mais il avait honoré ses clauses. Il avait tenu sa parole. Et elle lui avait promis la vérité, dans un contrat qu'elle avait elle-même rédigé.
Eleanor prit une longue inspiration. « Ce sera long. Et vous ne me croirez peut-être pas.
— Essayez toujours. »
Elle leva son verre, contempla le liquide ambré, et commença.
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