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Le Contrat de Mariage

Lire le chapitre 9: The Secret Code

La chandelle baissait, projetant des ombres dansantes sur les pages jaunies du journal. Eleanor frotta ses yeux fatigués—les chiffres et les lettres dansaient devant elle depuis des heures, refusant de livrer leurs secrets. Le dernier tome de sa mère, celui qui couvrait les mois précédant sa mort, contenait des entrées d'une banalité déconcertante : visites, couture, pluie, thé.

Trop banal. Tandis que les jours précédents décrivaient avec verve les scandales de la haute société, des querelles domestiques, des observations aiguës sur les alliances politiques—ces dernières pages semblaient écrites par une autre femme. Une femme qui savait qu'on la lisait peut-être.

Eleanor se pencha plus près. Le papier était plus épais que celui des autres volumes, légèrement satiné. Une idée germa dans son esprit d'avocate. Elle retourna la page, l'exposant à la lumière rasante de la bougie.

Des marques. À peine visibles, mais présentes—des lettres tracées d'une main pressée sur le verso, comme si on avait écrit avec un stylet sur une plaque de cire, puis recouvert. Eleanor saisit la plume d'oie sur le bureau et, avec précaution, passa la barbe délicate sur la surface. La poudre d'encre adhéra aux sillons invisibles.

« *Ils sauront que vous lisez. Brûlez ceci. Mais d'abord—F. R. doit payer.* »

Eleanor relut les mots trois fois. Ce n'était pas un message complet, juste un fragment—la fin d'une note plus longue dont on avait effacé le contenu. Le journal, d'abord, avait été la lettre elle-même. Sa mère avait dû écrire le message, puis tenter de le faire disparaître sans se résoudre à brûler la page.

Elle parcourut les autres volumes d'une main fébrile, testant chaque page. Rien. Mais dans le dernier, elle trouva d'autres traces au verso de plusieurs pages. Des fragments : « *H. sait. Le pendentif garde la preuve.* » Puis, plus loin : « *Si je disparais, F. R. est l'émissaire du marquis.* » Enfin, presque illisible tant les lettres avaient été écrasées : « *Ma fille—Ashworth n'est pas ton père.* »

Le souffle d'Eleanor se bloqua dans sa poitrine. Elle s'adossa à sa chaise, le journal tremblant entre ses doigts. Ashworth n'était pas son père. Mais alors, qui ? Et quel rapport avec le pendentif que Vane l'avait suppliée—non, *avertie*—de ne plus porter ?

Un cognement retentit à la porte. Eleanor glissa le journal sous la pile de papiers juridiques sur son bureau avant même d'avoir conscience du geste.

« Oui ? »

La porte s'ouvrit sur Polly, un plateau à thé à la main. Le visage du maître d'hôtel restait lisse, les yeux baissés comme il convenait. « Madame avait demandé du thé, il y a quelque temps. Je me suis permis de... »

« Merci, Polly. Posez-le là. »

La servante obéit, mais ses yeux firent brièvement le tour de la pièce avant de se poser sur le bureau. Un regard trop rapide, trop calculateur pour une simple curiosité de domestique.

« Madam a l'air fatiguée. Aurait-elle mal dormi ? »

« J'étudiais des documents immobiliers, Polly. Rien de passionnant. »

« Bien sûr. » Polly hésita, comme si elle pesait ses mots. « Le valet de Lord St. Aldric est venu ce matin, s'enquérir de la santé de madame. Il a laissé ceci. »

Une carte de visite, posée sur le plateau. Eleanor la prit sans se presser, la retournant entre ses doigts. Le recto ne portait que le nom « *Vicomte St. Aldric* » gravé en lettres discrètes. Le verso contenait une seule phrase à la plume fine : « *L'aube vous attend, comme convenu. Je serai patient, mais pas éternel.* »

« Un admirateur de plus », dit Eleanor avec un sourire forcé. « Les nouvelles vont vite dans ce quartier. »

« C'est ce que l'on m'a dit, madame. » Polly ne souriait pas.

Dès que la porte se referma, Eleanor retourna au journal. Elle découpa délicatement les pages les plus prometteuses avec un canif, puis sortit les lettres de sa mère de la boîte où elle les gardait—celles qu'elle avait montrées à Vane, celles qui mentionnaient le pendentif et les secrets de famille. Elle compara les écritures, cherchant des répétitions, des codes.

« F. R. », murmura-t-elle. Frederick ? Francis ? Fitzroy ? Le « émissaire du marquis »—quel marquis ? Lord Whitmore ? Quelqu'un d'autre ?

Elle déplia une lettre que sa mère avait écrite peu avant sa mort, une lettre jamais envoyée, qu'Eleanor avait trouvée dans la doublure d'une robe. Elle l'avait gardée parce que les dernières lignes disaient : « *Quand elle sera prête, dites-lui que le mariage n'était pas un contrat. C'était un piège—pour nous deux. Et que la seule issue est la vérité. La trouvera-t-elle ?* »

Quelqu'un frappa à nouveau. Cette fois, Eleanor identifia le pas avant même la voix.

« Entrez, Vane. »

Il poussa la porte sans invitation, ses bottes claquant sur le parquet. Il portait encore son habit de ville, le col légèrement froissé—il avait dû venir directement de chez lui, sans passer par son club. Ses yeux tombèrent sur le bureau, sur l'amas de papiers, sur les pages découpées du journal.

« Vous ne dormez jamais ? »

« Vous non plus, apparemment. » Elle ne chercha pas à cacher les documents. À ce stade, la dissimulation était inutile—il avait déjà vu les lettres, il connaissait le pendentif, il soupçonnait la moitié de ses secrets.

Vane s'approcha, s'arrêta à deux pas d'elle. « J'ai reçu un mot de Lady Whitmore. Elle me dit que vous cherchez des informations sur votre mère. Et qu'elle vous a parlé de la mienne. »

« Elle est bien informée. »

« Elle l'est toujours. C'est ce qui la rend dangereuse—et précieuse. » Il marqua une pause. « Eleanor... puis-je vous appeler ainsi ? Dans le cadre de notre négociation, nous sommes censés être ennemis. Mais j'ai l'impression que nous cherchons les mêmes réponses. »

Eleanor leva les yeux vers lui. Dans la lumière vacillante, son visage semblait moins anguleux, presque vulnérable. Elle hésita—puis tendit la page découpée.

« Ma mère avait un code. J'en ai trouvé des fragments. Celui-ci parle d'un homme, F. R., qui devait payer une dette d'honneur. Elle l'appelle l'émissaire du marquis. Elle dit que ce n'est pas mon père. »

Vane lut le texte, ses mâchoires se serrant. « Ashworth n'est pas votre père ? »

« Le journal dit que c'est ce qu'elle voulait que je sache. Mais il dit aussi que la preuve est dans le pendentif. » Elle toucha le bijou à son cou d'un geste automatique. « Vous m'avez dit de ne pas le porter. Vous m'avez dit que des hommes mouraient pour ça. Vous saviez. Que savez-vous exactement, Vane ? »

Il posa la page, la lissant du plat de la main. Pendant un long moment, il ne répondit pas—puis il détacha sa cravate et la posa sur le dossier d'une chaise. « Mon oncle, le marquis de Blackwood, collectionne les dettes. Il les achète, les revend, les utilise comme armes. Je crois—non, je *sais*—que votre père avait une dette envers lui. Une dette immense. Votre mariage avec moi était le moyen de l'effacer. »

« Effacer une dette par un mariage ? »

« Le contrat de mariage que votre père a signé—l'original, pas nos révisions—comporte une clause que vous n'avez pas vue. Elle transfère la dette du père au mari. » Vane marqua un temps. « C'est-à-dire à moi. Si nous nous marions, la dette devient mienne. Et si la dette devient mienne, mon oncle perd son emprise sur la famille. »

Eleanor digéra l'information. Son esprit juridique s'emballa, traçant les lignes, cherchant les failles. « Et si je refuse le mariage ? »

« Alors la dette demeure sur la succession Ashworth. Votre beau-père... l'homme que vous appelez père... ne peut pas la payer. Il est ruiné. Vous serez vendue au plus offrant. »

« Dette, mariage, meurtre. » Eleanor se leva, faisant les cent pas. « Tout est lié. Ma mère savait. Elle a laissé des indices—le pendentif, les lettres, ce journal. Elle voulait que quelqu'un trouve la vérité. »

« Et vous croyez que ce quelqu'un est vous. »

« Je crois que ce quelqu'un doit être moi. » Elle se retourna brusquement. « F. R. Qui est-ce ? Réfléchissez. Fitzroy, Frederick, Fraser... »

Vane resta immobile. Puis son expression se durcit. « Francis Rowley. »

Le nom tomba comme une pierre dans une eau calme. Eleanor ne le connaissait pas, mais la façon dont Vane le prononça—avec une colère contenue—lui dit tout.

« Un ami de mon père. Il est mort l'an dernier, dans des circonstances... suspectes. On dit qu'il détenait des documents contre Blackwood. » Vane la regarda, les yeux brillants. « Des documents qui n'ont jamais été retrouvés. On raconte qu'il les avait confiés à une femme, juste avant sa mort. »

Eleanor baissa les yeux vers le pendentif vert qui reposait entre ses seins. La pierre, froide contre sa peau, semblait soudain peser une tonne.

« Je crois que votre mère et Francis Rowley étaient liés », dit Vane doucement. « Et je crois que ce pendentif contient ce que tout le monde cherche. Ma question est simple : voulez-vous savoir ce qu'il renferme ? Parce que si oui, nous devons le faire ouvrir. Et ce faisant, nous déclarerons la guerre à mon oncle. »