Le Corsaire du Ciel
Lire le chapitre 12: Turn of the Tides
La mer de brume s’écarta comme un rideau déchiré. L’île se dressa devant eux, sombre et ruisselante, ses falaises de basalte hérissées d’antennes rouillées et de paraboles de cuivre. Le *Vagabond*, ses réparations sommaires encore frémissantes sous l’étoffe de voilure rapiécée, glissa dans la crique naturelle. Là, dans l’eau noire et calme, la goélette de recherche attendait.
MacReady siffla doucement entre ses dents. « Elle est belle. Trop belle. »
Elias hocha la tête. La coque de la *Linnet* était intacte, ses huniers serrés, pas une égratignure sur son gaillard d’arrière. Personne à son bord, pas une âme sur le pont. Les grappins volèrent, mordirent le bois, et le silence ne fut brisé que par le grincement des cordages.
« Pip, tu restes ici avec Sable », ordonna Elias, la main sur son pistolet. « MacReady, je te veux à mes côtés. Les autres, couvrez-nous depuis le bastingage. »
Ils sautèrent sur le pont de la *Linnet*. Bois humide, odeur de poudre et de thé froid. La cabine de recherche était ouverte, ses cartes éparpillées dans un désordre étudié, ses instruments de navigation cassés volontairement. Elias ramassa un sextant fendu. Un piège. Il le sut avant même d’entendre le cliquetis métallique qui monta de la cale.
Les panneaux s’ouvrirent dans un grincement unanime. Des canons jaillirent, leurs gueules de fonte braquées sur le flanc exposé du *Vagabond*, à moins de trente mètres. Un homme en manteau bleu marine monta l’échelle de coupée, les mains dans le dos, un sourire mince aux lèvres.
« Capitaine Thorne. Enfin. Nous vous attendions depuis si longtemps. »
Le piège était parfait. Elias compta les mâts derrière l’île — trois, dépassant à peine des nuages. Le navire français, un vaisseau de ligne de la nouvelle génération, s’était caché dans la couche de brume, ancré derrière la pointe rocheuse.
« Vous êtes en infraction, monsieur », dit le Français, l’accent tranchant. « Piraterie. Espionnage. Trahison contre Sa Majesté Louis-Philippe. »
« Je ne me bats pas pour sa majesté », répondit Elias.
Le Français rit. « Non. Vous vous battez pour une dette que vous ne pouvez pas rembourser. Je sais tout de vous, capitaine. Le syndicat. La chronomètre. La météore. Et j’ai ordre — de très haute autorité — de vous prendre vif. »
Elias recula vers le bastingage, calculant malgré tout : dix secondes pour rejoindre le pont du *Vagabond*, quatre pour que MacReady lance le décollage d’urgence. C’était serré. C’était impossible.
Le canon tira sans avertissement.
Le boulet traversa l’air en sifflant — puis explosa contre la coque du *Vagabond* dans un éclair orange. L’obus à fragmentation ouvrit le flanc tribord dans un geyser d’échardes et de ferraille. Les cris de l’équipage résonnèrent à travers la crique. Un deuxième coup partit, emportant le grand mât, qui s’abattit dans une avalanche de vergues et de toile déchirée.
« Non ! » hurla Elias.
Il sauta sur le *Vagabond* en flammes. La fumée noire lui brûla les yeux ; il trouva Sable accroupie derrière un baril, Pip accroché au bastingage, le visage gris. MacReady tirait au canon de chasse vers la *Linnet*, où les marins français se précipitaient en ordre de bataille.
« Décollage ! Maintenant ! » beugla Elias.
Le maître de manœuvre lança les ordres, les ballonnets partiellement dégonflés se gonflèrent dans un soupir d’hydraulique poussif. Le *Vagabond* tangua, ses moteurs crachant dans la fumée, et commença à s’élever dans une ascension poussive et désespérée.
Mais les obus continuaient de tomber. Un troisième perfora la poupe. Un quatrième arracha le gouvernail.
Elias était à la barre, ses jointures blanches, lorsque le choc le projeta en avant. Un grappin français s’était planté dans la lisse de bâbord, et une dizaine d’hommes s’élançaient du mât incliné de la *Linnet* pour atterrir sur le pont du *Vagabond* agonisant.
La dernière image qu’Elias garda, avant que la crosse d’un mousquet ne s’abatte sur sa nuque, fut MacReady qui tirait son dernier homme à bout portant, puis disparaissait sous une vague de crosses et d’acier.
Quand il reprit connaissance, il était à genoux sur le pont de la *Linnet*, les mains liées dans le dos. Autour de lui, ses hommes capturés — ceux qui avaient survécu — formaient un cercle muet. Le *Vagabond* gisait sur l’île, immense carcasse fumante, sa coque éventrée comme un poisson mort sur une plage.
L’officier français s’accroupit devant lui, le visage à quelques centimètres du sien.
« Ne vous inquiétez pas, capitaine. Votre équipage sera bien traité. Nous avons besoin d’eux — vivants. Comme appât, vous comprenez. Au cas où vos… amis du syndicat voudraient tenter une récupération. »
Il se releva, jeta un regard vers l’horizon gris. « Quant à vous… il y a quelqu’un à Paris qui a très hâte de faire votre connaissance. Vous et votre précieuse chronomètre. »
Elias ferma les yeux. Dans sa poche, contre sa cuisse, le poids rassurant de l’objet de metal froid s’avérait toujours présent. Pip l’avait glissée là, juste avant les grappins. Ses liens. Son silence.
Son seul atout restant.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.