Le Corsaire du Ciel
Lire le chapitre 26: The Two-Faced Guide
Le soleil se levait à peine sur le détroit de Gibraltar quand Elias Thorne fit monter Amelia sur le pont de la *Vagabonde II*. Elle portait les habits qu'elle avait gardés de son temps à bord, comme si rien n'avait changé. Il remarqua que ses mains tremblaient légèrement — soit de peur, soit de froid — mais son regard restait fixe, mesurant chaque visage qui la dévisageait.
« Écoutez-moi, tout le monde. » Elias haussa la voix pour couvrir le claquement des voiles qu'on hissait. « Mademoiselle Amelia est à bord sous ma responsabilité. Elle prétend connaître la position exacte de la forteresse du Levant et l'emplacement de la météorite. Durant cette traversée, elle est notre guide, pas notre prisonnière. »
Saumur cracha par-dessus le bastingage. « Et si elle nous mène droit dans un piège ? »
« Alors nous saurons où trouver sa tête. » Elias n'avait pas souri en disant cela, et personne ne rit.
Amelia s'inclina avec une grâce ironique. « Touchant accueil. Je m'attendais à des menottes. »
« Elles sont dans ma cabine si vous les préférez. » Elias se tourna vers Édouard, son second. « Tu la surveilles. Pas un geste, pas un regard, pas une respiration qui ne me soit pas rapporté. »
Édouard acquiesça d'un signe de tête discret. Amelia feignit de ne pas remarquer.
Pendant quatre jours, la *Vagabonde II* fila vers l'est, glissant entre les patrouilles britanniques comme une ombre grise. Amelia connaissait les routes, les horaires, les zones de silence radio. Quand un cotre anglais croisa leur route au large de Majorque, elle indiqua à Léonie exactement quand couper le moteur et combien de temps rester immobile, en laissant dériver le navire avec le courant pour que l'ombre des voiles se confonde avec la houle.
« Huit minutes », murmura-t-elle, penchée sur la carte. « Ils balaient cette zone avec une lunette de visée toutes les vingt. Après huit, on remonte plein nord-est, on passe sous leur proue pendant qu'ils regardent vers le sud. »
MacReady, qui ricanait d'habitude de tout ce qui portait une jupe, resta silencieux. Il vérifia les poulies, regarda Amelia travailler, puis s'approcha d'Elias à la barre.
« Elle est bonne, capitaine. Trop bonne, peut-être. »
« Je l'ai remarqué. »
L'inquiétude d'Elias grandissait un peu plus à chaque manœuvre réussie. *Elle sait trop de choses.* Ce n'était pas une simple connaissance des cartes, c'était une intimité avec le dispositif de défense français des côtes espagnoles — comme si elle avait personnellement contribué à le mettre en place.
La troisième nuit, Elias s'approcha d'elle alors qu'elle observait les étoiles, assise sur un baril de cordage.
« Vous ne dormez pas ? »
« Le sommeil est une faiblesse en compagnie douteuse. » Elle ne se retourna pas. « Je sais que vous me faites surveiller par trois personnes. Édouard depuis le gaillard, Léonie depuis la cabine radio, et Saumur depuis le poste de quart. C'est presque complimentant. »
« Vous me donnez des raisons de me méfier. »
« Les meilleurs agents se donnent toujours des raisons d'être suspectés. Ça leur permet de contrôler où leurs ennemis regardent. » Elle se tourna enfin, son visage pâle dans la lumière lunaire. « Posez-vous une question, capitaine. Si j'avais voulu vous perdre, vous seriez déjà au fond de la Méditerranée. J'ai eu quatre jours pour vous conduire dans une embuscade. Pourquoi attendre ? »
« Parce que vous attendez que nous soyons plus près du Levant. Une embuscade n'a d'intérêt que si la cible ne peut pas s'échapper. »
Elle sourit, sans joie. « Réponse d'officier ». Elle se leva, s'approcha de lui. Leurs visages étaient proches. « Voici la vraie question, alors. Pourquoi vous ai-je choisi, vous, pour détruire ce que mes supérieurs cherchent à créer ? »
C'était la première fois qu'elle posait cette question ouvertement. Elias resta de marbre. « Parce que j'avais un navire et une dette envers le syndicat. C'est tout ce que je représentais. »
« Non. » Elle secoua la tête. « J'ai mené des dizaines d'officiers à leur perte en leur racontant ce qu'ils voulaient entendre. Vous êtes différent. Vous ne voulez pas entendre ce que je dis — vous voulez simplement que vos ennemis soient vaincus. C'est de la naïveté, capitaine. La bonne sorte de naïveté. » Elle recula. « Au point du jour, nous atteindrons le Cap des Trois-Croix. Après, la forteresse se cache dans une crique à deux heures de voile. Je vous suggère que votre équipage dorme bien ce soir. »
Elias la regarda retourner vers l'échelle qui menait aux cabines. Quelque chose dans sa façon de dire « votre équipage » lui serra la gorge.
À l'aube, Saumur vint le trouver, les mâchoires serrées. « Capitaine, j'ai besoin de vous parler. »
« Qu'est-ce que c'est ? »
« J'ai fouillé ses affaires. Dans la doublure de son manteau, j'ai trouvé ça. » Il tendit un bout de papier replié. Elias le déplia. C'était un ordre de mission signé de la main de l'amiral Ducos, commandant le Levant, ordonnant au lieutenant Amelia Rousseau d'escorter un convoi de charges expérimentales à destination de Toulon, daté d'il y a six semaines.
Le sol se déroba sous les pieds d'Elias. Il relut deux fois, cherchant une faille, un délai, une signature douteuse. Tout était en règle.
« Elle est toujours officier actif », murmura Saumur. « Et elle nous mène droit sur sa propre forteresse. Capitaine... elle vous joue depuis le début. »
Elias replia soigneusement le papier. Son cœur battait un métronome irrégulier. Derrière lui, il entendait les pas d'Amelia monter sur le pont, la voix fraîche et claire qui donnait ses ordres à Édouard pour les manœuvres d'approche.
Elle parlait à son équipage. Sa voix était posée, précise, comme celle de quelqu'un qui connaît le chemin par cœur.
Il se retourna vers elle. Elle le vit regarder le papier dans sa main. Elle savait. Dans ses yeux, quelque chose vacilla — pas l'embarras d'être démasquée, mais autre chose. Quelque chose qui ressemblait presque à de la gratitude.
« Vous aviez trouvé la lettre », dit-elle simplement, assez bas pour que Saumur n'entende pas. « Je me demandais combien de temps il vous faudrait. »
Elias la dévisagea, sentant le poids du secret lui couper le souffle. S'il donnait l'ordre à son équipage maintenant, ils pourraient encore faire demi-tour. Éviter la forteresse. Réessayer autrement.
Mais la lettre prouvait autre chose aussi. Amelia était toujours officier français. Et pourtant elle les menait vers la forteresse où elle savait qu'Elias et ses hommes étaient décidés à la détruire — pas pour livrer aux Anglais, mais pour empêcher que la météorite ne tombe entre des mains extrémistes. Sauf que rien ne prouvait que la météorite était effectivement entre les mains de fanatiques. Tout ce qu'elle avait raconté depuis des jours pouvait n'être qu'un tissu de mensonges tissés pour les faire entrer dans un piège.
« Vous aviez raison », dit-il, la voix presque sans timbre. « Je suis naïf. Mais pas au point de ne pas vérifier vos mensonges avant de vous laisser nous guider dans ma tombe. »
Il tourna la lettre vers elle. Sur le verso, de l'encre fraîche, une écriture différente, féminine — la main de Léonie — avait transcrit une série de coordonnées et une note technique qui ne pouvaient provenir que d'un appareil radio acquis par le syndicat, quelques jours plus tôt.
« La lettre date de six semaines », poursuivit Elias. « Mais Léonie l'a comparée aux procès-verbaux qu'elle a interceptés pendant notre séjour à Lisbonne. Les charges expérimentales que vous deviez escorter ne sont jamais arrivées à Toulon. Et l'officier Rousseau a été porté disparu en action le jour même où vous m'avez accosté à Amsterdam. » Il replia le papier et le glissa dans sa poche. « Vous êtes déserteuse, Amelia. Vous avez volé cette lettre à votre propre amiral pour pouvoir la produire si quelqu'un vous démasquait. C'est ça ? »
Le silence entre eux dura assez pour que le grincement de la coque paraisse assourdissant. Amelia détourna les yeux quelques secondes — deux, trois — puis les releva, et cette fois quelque chose s'était brisé dans son regard de verre.
« J'ai tué mon amiral pour obtenir cette lettre », dit-elle d'une voix blanche, si basse qu'Elias dut se pencher pour l'entendre. « Il s'appelait Ducos. C'était mon père. »
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