Le Corsaire du Ciel
Lire le chapitre 31: The Vengeance of Ash
L'obscurité du puits d'ascenseur sentait le métal brûlé et la fumée. Les câbles de secours grincèrent sous le poids de la cabine, et Elias poussa un juron en voyant le compteur d'altitude s'emballer. La chute vers les entrailles de Bastion du Levant promettait une fin rapide, mais pas douce.
— MacReady ! hurla-t-il en martelant la porte bloquée. T'es encore avec moi, vieux loup ?
Une toux rauque lui répondit depuis l'autre extrémité de la cabine. MacReady était affalé contre Sable, un filet de sang séché au coin de la bouche, mais ses yeux — ces yeux de marin qui avaient vu brûler mille horizons — restaient ouverts et vifs.
— Elle nous a joués, la garce. Une vraie partition de concert.
Elias arracha le panneau de contrôle arrière, révélant un enchevêtrement de fils et de valve de régulation. Dieux de la mer et du ciel, quelqu'un avait saboté le régulateur de descente. Amelia n'avait pas seulement appuyé sur un bouton — elle avait préparé ce piège depuis le début.
— On descend trop vite pour survivre à l'impact, dit Sable. Elle avait une main sur sa blessure à l'épaule, la voix serrée mais ferme. Il faut…
Le cri d'un aéronef en plongée coupa sa phrase. Un grondement sourd, différent des moteurs français — plus lourd, plus rageur. Elias colla son oreille contre la paroi métallique.
— Un navire de ligne. Dans le hangar central.
— Les renforts ? demanda MacReady.
— Non. Les renforts français n'ouvriraient pas le feu sur la forteresse.
Des explosions successives ébranlèrent la structure. Trois, puis cinq. Des impacts d'obus bien placés, méthodiques, qui déchiraient les défenses extérieures du bastion avant même que les artilleurs n'aient le temps de riposter. Elias connaissait ce type de pilotage. Cette façon de venir sur une forteresse en crabe, en présentant le flanc le plus étroit, en transformant une approche impossible en cible mouvante.
La cabine s'arrêta brusquement dans un choc qui faillit les jeter au sol. Le sabot avait été conçu pour les amener à un niveau précis — pas pour les tuer. Le seul niveau où ça avait encore un sens.
Le hangar de maintenance. Celui qui donnait directement sur les salles d'armement.
Elias défonça la porte avec le pied de biche de MacReady. L'aube grise filtrait à travers les verrières brisées, révélant un spectacle de fin du monde.
Le *Brume d'Acier* — le chasseur français qui les avait interceptés, celui-là même dont l'officier avait prononcé son nom avec trop de familiarité — était amarré à la plateforme d'assaut, mais il n'était plus sous contrôle français. Ses sabords étaient grands ouverts, ses canons couverts d'un pavillon qu'Elias connaissait trop bien : deux ailes noires croisées sur un champ écarlate.
Le pavillon d'Isaac Ash.
— Nom de Dieu, souffla MacReady en reconnaissant lui aussi les couleurs. Le Corbeau.
Ash avait suivi Elias depuis le début. Il n'était pas venu pour une rançon ni pour un duel — il était venu pour le météore. La seule chose qui pouvait justifier qu'un renégat aussi prudent que lui s'expose contre une forteresse entière.
— Va pour le contrôleur de météore, dit Elias. On prend ce qu'on peut, et on dégage.
Sable hocha la tête, la mâchoire serrée, et tira une longue lame de sa ceinture. MacReady rechargea plus lentement, mais avec une précision que son âge démentait.
Ils traversèrent les corridors de maintenance en silence. Les bruits du combat leur servaient de couverture : tirs croisés, explosions, et au-dessus de tout, les détonations régulières du *Brume d'Acier* qui pilonnait les positions françaises. Ash avait amené un équipage complet, formé, discipliné. Mon Dieu, il avait transformé un chasseur en cuirassé de poche.
Leurs pas les menèrent à la chambre du météore. La porte blindée était grande ouverte, les corps de soldats français encore chauds sur le sol. Et au centre — la plateforme de levage qui contenait le météore était vide.
Mais les débris au sol parlaient encore. Un couvercle de blindage arraché, laissant voir un cœur mécanique complexe — des engrenages, des cristaux, des circuits d'énergie enchevêtrés. Amelia avait emporté la pierre, mais pas le temps de prendre l'ensemble du mécanisme de contrôle.
Elias se jeta sur le système. Ses doigts trouvèrent vite les connexions principales, les verrous magnétiques, l'unité de commandement. Il arracha un module de navigation gravitationnelle — un objet dans sa main, massif comme un petit canon, encore chaud d'avoir été désactivé. Assez important pour être vital. Trop lourd pour qu'Amelia ait eu le temps de l'emporter avec elle.
— C'est le cœur du contrôle, dit-il. Sans ça, elle a une pierre inerte. Elle peut la revendre, mais pas l'utiliser pour briser les routes commerciales.
— Et Ash ? demanda Sable. Il la trouvera.
— Ou elle le trouvera.
La réponse d'Elias fut presque coupée par un hurlement. Il y eut un bruit de chute, un cri s'étranglant dans la gorge — puis une silhouette entra dans la pièce. Grande, droite, vêtue d'un long manteau de cuir noir. Un capuchon relevé, la moitié du visage dans l'ombre, mais la démarche reconnaissable entre mille — cette façon de marcher comme s'il possédait tous les cieux qu'il survolait.
Ash.
— Capitaine Thorne, dit-il avec un accent qu'Elias ne put situer. Le serpent qui m'avait précédé dans ce nid de vipères. J'avais un pari avec moi-même que vous surviveriez jusqu'ici.
Il était seul, mais sa main était posée sur le pommeau d'une arme de poing à vapeur. Et dans l'autre main, un petit objet brillant — une boussole de navigation au cadran retourné, qui pulsait d'une lueur rouge sang.
La boussole pointait vers le module qu'Elias tenait.
— Posez ça, et je vous laisse partir avec votre équipage. Amelia vient de découvrir que le ciel est peuplé de corbeaux — je lui ai pris le météore pendant qu'elle négociait avec mes hommes. Il ne reste que cet organe de contrôle pour qu'elle sente ce que c'est que de perdre un rêve.
Elias serra le module contre sa poitrine. La machine était lourde, précieuse, mais surtout — c'était la seule carte qu'il avait en main.
— Vous travaillez pour le syndicat, dit-il. C'est ça ?
Le rire d'Ash fut bref, sans joie.
— Le syndicat est une mule bâtée. Je travaille pour moi-même, comme toujours. Mais je comprends que vous deviez poser des questions en attendant que vos tireurs se placent.
La porte secondaire de la chambre explosa soudain. Une section entière de cloisons fut arrachée — et Amelia parut dans un nuage de fumée, pistolet à la main, ses cheveux défaits sur le visage, la pierre rouge dans le bras replié contre son corps.
— Voilà le trio complet, dit Ash, semblant s'amuser pour la première fois.
Le temps d'un éclair au ralenti, Elias évalua la situation. Amelia avait le météore. Ash avait les hommes et le navire. Lui avait le module — la seule chose qui pouvait faire fonctionner la météorite. Un équilibre de pouvoir instable où il était à la fois le plus faible et le plus nécessaire.
Il avait un avantage que les deux autres ignoraient : il connaissait mieux l'art de la piraterie qu'eux-mêmes.
— Sable ! cria-t-il en lancant le module vers elle. Ramenez-le au *Vengeur* ! MacReady, couvrez-la !
Il bondit.
Non pas vers Amelia, comme elle s'y attendait — mais vers Ash, en pleine charge frontale. Ash tourna maladroitement sa boussole, surpris par l'attaque suicidaire. La confusion dans ses yeux valait tout l'or du monde.
Elias ne voulait pas le capturer. Il voulait juste briser ce cadran — cette antenne de localisation qui permettrait à Ash de suivre le module jusqu'à leur vaisseau. Son poing s'abattit sur le boîtier de cuivre, qui éclata dans un cri de métal déchiré.
— Vous ! rugit Ash, en dégainant son pistolet-poing.
Le tir d'Amelia le manqua de peu, envoyant un éclat dans le mur où il avait passé. Elle avait utilisé sa diversion pour tirer — mais elle visait Ash, pas lui. Une alliance de circonstance qui ne durerait pas trois secondes.
MacReady et Sable étaient déjà sortis par la brèche secondaire, le module entre eux.
— Amelia ! hurla Elias en la regardant droit dans les yeux. Si tu veux que ton météore serve un jour, sache que je garde la clé de sa cage.
Il pivota et plongea dans la fumée, sous un tir de réplique d'Ash, avant que quiconque ne puisse comprendre qu'il venait de déstabiliser un équilibre déjà précaire.
Derrière lui, il entendit les deux cris simultanés de rage, puis le bruit d'un duel au pistolet. Trois puissances en guerre sur les ruines d'une forteresse française, chacun avec sa part du puzzle céleste.
Il fallait qu'il rejoigne son navire avant qu'elles ne comprennent ce qu'il savait déjà : que le module n'était pas seulement la clé du contrôle météo — c'était aussi une carte d'identité gravitationnelle. Et que cette carte portait les sceaux des chantiers navals de New Hawke, du conseil de la Manche, et — le plus important — un code de sécurité privé que seule une personne au monde connaissait.
« Voss, murmura-t-il en courant. Tu m'as envoyé chercher cette pierre, mais tu as oublié de me dire pourquoi. »
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