Le Corsaire du Ciel
Lire le chapitre 34: The Final Battle
La pluie de fer avait commencé. Le pont du *Vanquisher* tremblait sous les impacts des canons français, mais Elias n'avait d'yeux que pour le dôme de verre et d'acier au centre du navire amiral du syndicat. Là, sous une cloche de cristal armé, trônait le météore — masse sombre et pulsante, veines de lumière bleue parcourant sa surface comme un cœur mécanique.
Grey se tenait à la barre, le visage barré d'un sourire mauvais. À ses côtés, Isaac Ash, la main posée sur le pistolet à sa ceinture, et derrière eux, un homme qu'Elias n'avait jamais vu : cheveux blancs, long manteau noir, les yeux d'un prédateur patient. Le chef du syndicat. Le véritable architecte de tout.
« Capitaine Thorne, dit l'homme d'une voix douce, presque paternelle. Vous nous apportez la dernière pièce du puzzle. Quelle courtoisie. »
Elias sentit le poids du module de contrôle contre sa poitrine. Sable et MacReady étaient derrière lui, armes levées, mais ils étaient trois contre une centaine. Les hommes du syndicat bordaient les passerelles, mousquets et pistolets braqués.
« Vous croyez que je suis venu pour négocier ? » Elias cracha. La pluie cinglait son visage, mêlée à la sueur et au sang séché.
Ash fit un pas en avant. « Vous êtes venu pour mourir, Thorne. Vous auriez dû rendre ce module quand vous en aviez l'occasion. »
« Le module. » Elias sortit l'objet de sa veste. Le métal gravé luisait sous l'éclair qui déchira le ciel. « Celui-ci ? »
Il le lança. Non pas vers eux, mais vers le météore.
Ash poussa un cri, Grey jura — mais trop tard. Le module traversa le champ de force du dôme comme un couteau dans de la soie, s'enfonçant dans la masse sombre de la pierre céleste. Un silence suivit, celui qui précède la fin du monde.
Puis le ciel hurla.
Des éclairs blancs zébrèrent la voûte, l'atmosphère se compressa dans un grondement sourd. Le vent se leva, non pas une brise, mais un cyclone né de nulle part, dont l'œil était le météore. La tempête — celle-là même que le dispositif était censé contrôler — déferla sur le *Vanquisher* comme une vague géante.
Des cordages se rompirent. Des voiles explosèrent en lambeaux. Le navire se coucha sur bâbord, et dans la confusion, Elias bondit.
Il atteignit Ash avant que quiconque ne puisse réagir. Leurs épées se rencontrèrent dans un éclat d'acier — pas d'acier, mais du métal chantant, forgé par ses ancêtres, méthode ancienne des postes du Grand-Horizon. Le choc résonna jusqu'aux os.
« Vous auriez pu être un grand homme, Thorne ! » hurla Ash, la bave aux lèvres. « J'ai tout fait pour vous ! »
Elias ne répondit pas. Parole gaspillée. Sa lame fila, basse, Ash parry, riposta — haut, Elias esquiva d'un souffle. Le pont glissait sous leurs pieds, la tempête menaçait d'emporter leur souffle même.
Autour d'eux, le chaos. Grey, abandonnant la barre, tira dans la mêlée — une balle siffla près de l'oreille d'Elias, une autre trouva la hanche de Sable qui poussa un cri étouffé mais tint bon. MacReady avait jeté une gaffe, désarmant un officier, se battant au corps à corps contre trois matelots du syndicat.
Ash attaqua par une feinte, visant les côtes. Elias se décala — trop lentement. La lame d'Ash trouva son flanc, un trait chaud qui coula le long de sa chemise. Il grogna, mais sa botte bascula le genou d'Ash, qui s'effondra.
Le visage d'Ash se tordit de rage. « Vous êtes fini, Thorne. Le météore est à nous ! Le syndicat sera le nouveau maître des cieux ! »
Elias plaqua sa main sur la gorge d'Ash, le clouant contre le mât. « Le syndicat, dit-il d'une voix rauque, n'a jamais compté pour moi. »
Sa lame s'abattit.
Ash mourut sans un mot. Les yeux vitreux, le corps lourd contre les planches. La pluie lava son visage, emportant le dernier mensonge du syndicat. Elias s'agenouilla, une seconde, le souffle coupé par la blessure. Mais le météore pulsait plus fort. Le dôme se fissurait.
Le vieil homme au manteau noir — le leader — se tenait à la poupe, les mains sur le module qu'un serviteur avait récupéré. « Un beau sacrifice, Thorne. Mais votre module fonctionne sans vous. »
Il tournait une molette, et Elias comprit. Le météore n'était pas une arme — c'était une mine. Le module pouvait surcharger la pierre, déclencher une explosion qui atomiserait tout dans un rayon de trois lieues. Le syndicat emporterait ses ennemis avec lui.
« MacReady ! Sable ! » hurla Elias. « Au canot ! »
Grey grimpa sur la dunette, brandissant un fusil. « Personne ne quitte ce navire ! »
Un craquement colossal ébranla le *Vanquisher*. La tempête, alimentée par le météore, avait trouvé la faille d'un mât. Le grand mât s'abattit dans un gémissement de métal, entraînant voiles et haubans. Grey tourna la tête, une seconde trop tard — le mât le frappa, le catapulta par-dessus bord. Son cri se perdit dans le vent. Le navire, lui, se fissurait, ses écoutes rompues, sa coque gémissant comme un agonisant.
Le vieil homme continuait. Il pressait le module, mais — quelque chose. Un résidu de code, une sécurité qu'Elias avait introduite. Le module refusait la pleine charge.
« Qu'avez-vous fait ? » rugit-il.
Elias, main sur son flanc, se redressa. « J'ai changé le code. Vous ne pouvez plus surcharger. Mais, attention — en revanche, la tempête devient indomptable. »
Le météore pulsa, puis explosivit en un éclair blanc. Non pas en explosion destructrice, mais en éruption — un tourbillon continu de vents féroces. Il ne resterait rien du *Vanquisher* dans quelques minutes. Le vieil homme fut arraché de la poupe et disparut dans les rafales.
Elias se traîna vers le bastingage. En contrebas, sur l'eau, l'embarcation rougeoyait — MacReady, un bras en écharpe, tendait la main. Sable, blessé aux hanches, hissait Elias à bord. Derrière eux, le *Vanquisher* se tordit comme une mourante entre les griffes du ciel.
Elias s'effondra sur les planches du canot, le visage tourné vers l'ouragan qui dévorait les restes d'une guerre qu'il n'avait jamais demandée. Les étoiles — invisibles depuis des mois — commençaient à pointer à travers les déchirures du nuage qui se dissipait.
« Capitaine ? » murmura Sable.
Elias ne répondit pas. Il regarda l'horizon, là où l'Angleterre — et son nom — attendait.
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