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Le Corsaire du Ciel

Lire le chapitre 5: First Blood in the Clouds

La brume du matin s’accrochait aux flancs des nuages comme une promesse de sang. Elias Thorne se tenait à la proue de la *Vagabond*, les mains fermes sur la rambarde de cuivre, scrutant l’horizon où les formes sombres des navires français se dessinaient lentement. Trois vaisseaux de transport, lourds et lents, escortés par un seul corvette de guerre. Une proie presque trop belle.

« Ils ne se doutent de rien, » murmura Sable derrière lui, son œil vissé à la longue-vue. « Le corvette est à tribord, trop loin du convoi. On peut frapper vite. »

Elias secoua la tête. « Trop simple. Les Français ne laissent jamais un convoi aussi vulnérable. Ils ont probablement un chasseur planqué au-dessus des nuages. »

Pip, qui avait grimpé dans le nid de pie, cria : « Capitaine ! Contact au nord-est, altitude supérieure ! Un cutter rapide, il tourne au-dessus du convoi. »

Elias sourit, un sourire froid qui ne lui avait pas quitté le visage depuis qu’il avait donné l’ordre de brancher les moteurs d’éther en surrégime. « Voilà. Le berger et ses moutons. »

« Comment on s’y prend ? » demanda MacReady, qui vérifiait les sangles des ballasts à balles de plomb.

« On ne les attaque pas. On les fait réagir. »

Elias donna une série d’ordres secs. La *Vagabond* prit de l’altitude, se glissant au-dessus de la couche de cumulus comme un fantôme de toile et de métal. Quand ils furent à sept cents mètres au-dessus du convoi, Elias ordonna d’ouvrir les vannes de ballast. Des centaines de kilos de plomb tombèrent dans le vide, et la *Vagabond* plongea soudainement, accélérant jusqu’à une vitesse que sa coque usée supportait à peine. Les haubans vibrèrent comme des cordes de harpe sous tension.

« Qu’est-ce qu’il fait ? » cria Sable, agrippée à son canon. « Il va droit sur eux ! »

Elias ne répondit pas. Il lâcha les commandes au dernier instant, enfonçant le levier de gouvernail à bâbord. La *Vagabond* vira brusquement, frôlant le mât du premier transporteur, et une pluie de toile déchirée pleuvait la poussière de voile dans son sillage. Le convoi explosa en manœuvres frénétiques. Les canons du corvette balayèrent le ciel, mais leurs tirs étaient lents, mal ajustés, visant le vide où la *Vagabond* aurait dû être.

Le cutter français plongea enfin à travers les nuages, toutes voiles dehors, pour encercler la *Vagabond* par tribord. C’était le piège, comme Elias l’avait suspecté. Mais il l’avait attendu.

« Pip ! Now ! » hurla-t-il.

Pip actionna une série de manivelles et un panache de vapeur blanche jaillit des cheminées latérales de la *Vagabond*, enveloppant le navire dans un nuage artificiel. Le chasseur français perdit sa cible, tirant dans le brouillard alors que la *Vagabond* remontait déjà, se glissant entre les deux escorteurs désorientés. Deux sifflets d’obus la frôlèrent, arrachant un morceau de hauban tribord.

« Canonnier ! » cria Elias. « À toi ! »

Sable avait déjà braqué son canon de proue. Elle tira trois fois, des coups rapides, percussifs. Le premier ricocha sur la coque blindée du transporteur central. Les deux autres touchèrent les attaches des voiles stabilisatrices. Le navire français chavira lentement, sa trajectoire se brisant comme un oiseau mort.

« Éperon de proue, pleine vitesse ! » ordonna Elias.

La *Vagabond* traversa la fumée et s’enfonça dans le flanc du transporteur avec un cri de métal déchiré. La coque vibra si fort que MacReady, les dents serrées, dut s’agripper pour ne pas tomber. Elias était déjà sur le pont de commandement, un sabre à la main, criant aux survivants français de se rendre.

Puis ce fut le chaos. Le temps d’un instant — le temps qu’il fallut pour respirer — un petit courier français jaillit des cales du transporteur par une trappe latérale, propulsé par une seringue d’éther compacte. Elias le vit, un éclat sombre et rapide qui filait vers l’est, à une vitesse que même un chasseur de la Royal Navy n’aurait pu égaler.

« Sable ! » cria-t-il. « Abats-le ! »

Mais il était trop tard. Le courier était déjà hors de portée, une flèche noire qui disparut dans la lumière du soleil levant. Avant de se fondre dans le ciel, Elias jura qu’il avait vu — dans un éclair de lucarne — le visage d’un homme en uniforme blanc, un officier au regard calme, presque amusé. Un visage qu’il n’oublierait jamais.

« Capitaine ? » Pip apparut dans l’encadrement de la cale, essoufflée, les mains noires de graisse. « Je crois que j’ai trouvé... c’est là-dedans. »

Elle tenait un coffre de bois sombre, incrusté de laiton, scellé par une plaque d’acier rouillée. Elias l’ouvrit d’un geste sec. À l’intérieur, soigneusement roulés et protégés par une toile cirée, des parchemins épais, détaillés de lignes de vol, de courants d’éther, d’altitudes précises et de points de repère dans le ciel. Une carte de route.

Il la déroula à la hâte, les doigts tremblants. C’était un trajet qu’il ne reconnaissait pas — bien au-delà des zones de guerre connues, vers un secteur que les cartographes officiels marquaient toujours d’un « terra incognita » inquiet. La route traversait des courants instables, zigzaguait entre des tornades de gaz, menait quelque part... où ? Elias n’en avait aucune idée. Mais quelque chose dans le tracé lui sembla étrangement familier.

« Voyez, capitaine, » dit Pip tout bas, en montrant une série de petits symboles dans le coin du parchemin. « Ce sont des balises de passage. Elles correspondent à des marqueurs qu’on utilise pour les caches du syndicat. J’ai déjà vu ce type de codage. »

Elias la regarda, les yeux plissés. « Et comment le savez-vous ? »

Pip baissa la tête, puis releva le menton. « J’étais cartographe de bord, sur un navire d’exploration. Jusqu’à ce que les Français me capturent, il y a deux ans. J’ai passé douze mois dans leurs archives. C’est là que j’ai appris leurs codes. »

« Et vous ne l’avez pas dit à Mira ? »

« Mira ne m’a pas posé la question, » répondit Pip, un sourire bref sur les lèvres.

Elias replia la carte et la remit dans le coffre. « Nous avons ce qu’il nous faut. Cap sur le rendez-vous, tel que le message le dit... sur le vaisseau français lui-même. »

« C’est peut-être un piège, » rappela Sable, essuyant la poudre de ses mains.

« C’est peut-être le plan, » répliqua Elias.

Alors qu’il donnait l’ordre de virer vers le nord-est, un sentiment étrange s’empara de lui. Il repensa au visage de l’officier français dans la lucarne. Un homme qui ne semblait pas surpris. Un homme qui semblait les attendre. Et Elias se demanda, non sans un frisson froid au creux de l’estomac, si ce coup de force était vraiment un coup de chance — ou une pièce de plus dans un échiquier dont il ne voyait encore que quelques cases.