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Le Coursier à Bicyclette

Lire le chapitre 2: The Dead Drop on Rue de Sèvres

La vitrine du *Café des Lilas* était encore éteinte à cette heure. Luc posa le pied à terre, son vélo tintant doucement contre le trottoir. Il jeta un coup d'œil dans le rétroviseur improvisé fixé à son guidon — la rue était vide. Son poursuivant avait renoncé deux carrefours plus tôt, ou bien il était plus patient que la plupart.

Il poussa la porte. Le rideau de perles cliqueta derrière lui. Robert, le patron, essuyait un verre derrière son comptoir d'un geste mécanique, comme s'il répétait un rite que l'occupation n'avait pas réussi à briser.

— Tu viens tôt, dit Robert sans lever les yeux.

— Les livraisons commencent tôt.

Robert posa le verre. Il fixa Luc de ses yeux las, puis glissa un regard vers la rue. Personne. Il se pencha par-dessus le comptoir, voix basse :

— Tes clients habituels n'ont pas dormi chez eux cette nuit.

Luc sentit son dos se raidir. Il prit un air détaché, commanda un café qu'il savait imbuvable.

— Lesquels ?

— Le petit et son frère. Berthe aussi. Elle avait une course prévue hier soir. Jamais arrivée.

Trois agents de son réseau. Une seule nuit. Les Allemands ne frappaient pas au hasard — ils frappaient après une fuite, et cette fuite commençait à avoir un visage.

— Marcel est au courant ? demanda Luc.

— Marcel n'est plus joignable par les canaux habituels.

Luc reposa sa tasse sans boire. Sa main tremblait légèrement, mais il la glissa sous le comptoir avant que Robert ne la remarque. Il sortit une pièce de deux francs et la fit tourner entre ses doigts. Le signal convenu : *surface propre, acheteur en danger*. Il marqua un temps, puis demanda :

— La femme, Berthe — elle avait quelque chose sur elle ?

Robert haussa un sourcil. Il connaissait le protocole. On ne posait pas de questions sur les cargaisons. Mais ses yeux trahirent ce que sa bouche refusait de dire : Berthe transportait le dernier rapport avant son contact au café de la rue de Sèvres. Le microfilm que Luc portait toujours dans son aiguillette risquait d'être compromis par ricochet.

Il vida son café d'un trait. Un goût de chicorée amère lui colla à la langue.

— Je vais faire un tour, dit-il.

— Fais gagner ta course, répondit Robert, une serviette tachée sur l'épaule.

Luc sortit, remonta sur son vélo, et pédala d'abord dans la direction opposée à sa destination réelle. Une vieille habitude : jamais une ligne droite vers un point sensible. Il traversa la Seine par le pont de la Concorde, frôlant les barricades en béton qu'un détachement allemand alignait au bord de l'eau. Le soldat qui le regarda passer ne vit qu'un livreur fatigué, son béret bas sur les yeux, des gamelles attachées à son porte-bagages.

Sous l'une de ces gamelles, dans une cavité qu'il avait creusée lui-même dans la selle de cuir, dormait le microfilm. Une pellicule de quelques centimètres. Des noms, des adresses, des codes. La vie et la mort de douze personnes, peut-être davantage.

Il arriva rue de Sèvres à neuf heures quarante. Le café mentionné par Robert — *Le Relais du Coin* — était ouvert, mais son contact attitré n'était pas à sa table habituelle. Rien. Pas de journal plié au coin gauche. Pas de pipe calée dans la soucoupe. Le protocole l'obligeait à repartir immédiatement. Un agent qui traîne devant une planque morte est un agent mort.

Luc ne repartit pas.

Il tourna autour du pâté de maisons une fois, deux fois. Les traces de pneus sur le trotard racontaient une camionnette arrêtée trop longtemps devant l'épicerie voisine, à l'heure où l'épicerie était fermée. Une boutique achetée récemment par un homme à la voix douce qui portait trop bien la gabardine pour un civil. La Gestapo avait installé une planque de surveillance, probablement dès la nuit dernière, probablement informée avant même que Berthe ne manque son rendez-vous.

Luc freina doucement. Il fallait un autre plan. Marcel ne viendrait plus ici. Mais il y avait un autre endroit.

Le square de la rue de Sèvres, petit parc de quartier, était presque désert. Une mère poussait un landau, un vieux monsieur lisait un journal plié qui ne correspondait pas à son âge. Luc s'arrêta à l'entrée, pédale contre le trottoir. Derrière sa roue arrière, un trou entre deux pavés. Le vieux monsieur déplia son journal pour tourner la page. Ce geste révélait une manchette — *Le Matin*, collaborationniste, daté de la semaine précédente. Un signal d'alerte. Même le square était devenu dangereux.

Luc respira lentement. Le pancarte métallique des toilettes publiques claquait dans le vent, par intermittence. Il y avait un conduit d'aération derrière le massif de rhododendrons, bouché par des feuilles mortes. Personne ne le nettoyait jamais, sauf Luc, lors de ses tournées matinales du mardi.

Il jeta un regard autour de lui. Le vieux monsieur était absorbé par un article sur les vertus de la collaboration industrielle. La mère poussait son landau vers la sortie est. Luc pedala lentement vers le massif, fit semblant de rattacher sa lacet, et laissa tomber dans le conduit un étui de cuir de la taille d'une boîte d'allumettes.

Puis un bruit. Le raclement caractéristique de semelles ferrées sur les grilles du square. Une patrouille allemande, trois soldats en tenue grise, l'officier lisant un calepin tout en marchant. Ils ne regardaient personne en particulier, mais leurs yeux balayaient le parc avec l'habitude de ceux qui cherchent des anomalies.

La mère avait disparu. Le vieux monsieur pliait son journal avec une lenteur exagérée.

Luc remonta sur son vélo. Pédaler vite attirerait l'attention. Pédaler lentement, avec nonchalance, avec l'agacement d'un livreur dont la route est encombrée de militaires, c'était naturel. Il sifflota — une chanson populaire, pas trop allemande, pas trop résistante. Une gamine sur un tricycle le croisa, et il la salua d'un geste de la main, un simple artisan rentrant du travail.

Alors qu'il passait à trois mètres de la patrouille, l'officier leva la tête. Luc rencontra son regard. Un vert pâle, presque transparent. L'officier fit un pas vers lui.

— *Sie dort!*

Luc s'arrêta. Son cœur cognait contre ses côtes, mais il garda le visage légèrement agacé, celui d'un homme pressé par sa journée.

— *Monsieur?*

L'officier approcha et désigna son porte-bagages.

— *Der Korb. Wa ist da drin?*

Le panier contenait trois baguettes rassis, un paquet ficelé de la boucherie et des outils enveloppés dans un chiffon graisseux. Luc ouvrit la bouche pour répondre, mais son regard dériva malgré lui vers son vélo. Vers sa selle. L'officier suivit la direction du regard.

Luc posa le pied à terre. Il souleva un pain, puis l'autre, d'un geste théâtral.

— *Les livraisons du matin, monsieur. Pain, un gigot pour l'état-major de l'hôtel Lutetia. Vous voulez voir?*

Il prononça *Lutetia* avec l'emphase de ceux qui savent ce qui est bon pour eux. L'officier marqua une pause. Puis un sourire mince étira ses lèvres.

— *Gut. Passez.*

Luc monta sur son vélo et s'éloigna. Il ne pédala ni plus vite ni plus lentement. Au premier coin, il s'arrêta le temps de reprendre son souffle et retira son béret, essuyant la sueur de son front comme si le soleil était la seule cause.

Le microfilm était en sécurité dans le square. Rompre le contact avait laissé le réseau dans le noir, mais le message serait retrouvé par le balayeur du mardi — un vieil homme du réseau qui nettoyait les feuilles mortes du même conduit depuis deux ans.

Au moment où il tournait vers sa boutique, il vit quelque chose qu'il n'attendait pas : un vélo garé devant sa porte, une machine anglaise, hors de prix, que personne dans ce quartier ne pouvait s'offrir. Et une silhouette féminine, appuyée contre le mur de sa boutique, en manteau bleu, un paquet sous le bras.

Luc ralentit. Elle tourna la tête vers lui. Ses yeux étaient sombres et elle souriait d'une manière qui ne touchait pas ses yeux.

— Monsieur Moreau ? demanda-t-elle d'une voix douce.

Luc ne connaissait pas cette voix. Mais elle portait son nom. Et sur le paquet qu'elle tenait, à moitié cachée par le ruban, une petite croix était dessinée au crayon — un signal qu'il n'avait jamais vu, que personne ne lui avait jamais montré, et que son instinct lui disait que quelque chose était irrémédiablement faussé.