LE DERNIER ESSAI
Lire le chapitre 11: Ce que possède le club
Jean donna finalement à Marc l'accès complet aux comptes.
Le budget annuel annonçait plus de six cent mille euros. Le compte courant disponible n'en montrait qu'un peu plus de quatre mille.
— Comment on passe de six cent mille à quatre mille ? demanda Marc.
— Le budget raconte ce qui devrait arriver. La trésorerie raconte ce qui est arrivé.
Les dossiers révélaient des retards de sponsors, des remboursements payés par des sociétés partenaires, des loyers pris en charge hors du circuit normal, des factures aux descriptions floues.
Une ligne attira l'attention de Marc : trente mille euros versés par le club à Orbe Loisirs pour « partenariat de performance ».
La date était deux jours après le match contre Vallon où Étienne avait raté sa pénalité.
— Qu'est-ce que c'est ?
Jean regarda l'écran.
— Je ne sais plus.
— Mauvaise réponse.
— Peut-être des honoraires de mise en relation avec des sponsors.
— Pour trente mille euros ?
— On bricolait.
Marc referma l'ordinateur.
— Claire doit voir ça.
— Non.
— Jean.
— Non. Ce sont les comptes du club. Si elle publie et que les sponsors suspendent leurs paiements, tu sais qui prend le choc ? Pas Vautrin. Pas Maret. Le kiné. Le chauffeur. L'éducateur. La femme de ménage.
Le piège apparut exactement comme Claire l'avait annoncé : la vérité menaçait d'abord ceux qui avaient le moins participé aux décisions.
— Je ne lui donne rien pour l'instant, dit Marc. Mais je garde l'accès.
Jean accepta à contrecœur.
Dans l'après-midi, Yannis frappa à la porte.
— Béziers m'a appelé.
Marc sourit.
— Et ?
— Ils veulent que je vienne trois semaines après la saison.
— Très bien.
Yannis ne semblait pas heureux.
— Un agent m'a appelé aussi. Laurent Dumas. Il dit qu'il peut garantir que Béziers me prendra si je signe avec lui.
— Personne ne garantit ça.
— Il propose cinq mille euros à la signature.
— Avant d'avoir gagné quoi que ce soit ?
— Oui.
— Ce n'est pas une prime. C'est un hameçon.
Yannis baissa la voix.
— Mes parents pourraient utiliser l'argent.
Marc reconnut immédiatement le mécanisme.
Il demanda le numéro. Claire remonta jusqu'à une agence de Montpellier dont un associé silencieux avait des liens administratifs avec Meridian Sports Advisory.
Le réseau cherchait déjà le joueur suivant.
Le soir, Marc convoqua tout le groupe.
— Aucun agent sans vérification. Aucune avance liée à un sponsor. Pas d'information médicale ou tactique donnée à l'extérieur. Pas de téléphone offert, pas de voyage « gratuit », rien.
Rémi leva la main.
— Et le cassoulet de ma mère ?
— Exemption spéciale.
Les joueurs rirent.
Marc les regarda ensuite un à un.
— Si quelqu'un a déjà franchi une de ces limites, venez me voir avant qu'une autre personne décide que votre silence lui appartient.
Personne ne bougea.
Lucas fixa le sol.
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