LE DERNIER ESSAI
Lire le chapitre 13: Carton rouge
En novembre, Saint-Aurèle monta à la quatrième place.
Le succès rendit tout plus dangereux. Les tribunes se remplirent, Vautrin parla de « renouveau collectif », de nouveaux panneaux publicitaires apparurent autour du terrain.
Puis Rémi Vidal frappa un adversaire.
À Lodève, à la soixante-dixième minute, une mêlée confuse se forma après un plaquage. Rémi se releva, contourna deux joueurs et donna un coup de poing au demi de mêlée adverse.
Carton rouge immédiat.
Saint-Aurèle perdit 28-20.
Le lundi, Marc convoqua Rémi.
— Pourquoi ?
— Il m'a insulté.
— Qu'est-ce qu'il a dit ?
— Des trucs.
— Quels trucs ?
Rémi regarda le sol.
Marc posa son téléphone sur le bureau. Claire avait trouvé de fortes mises, avant le match, sur un marché offshore concernant un carton en seconde période.
Rémi pâlit.
— Je ne savais pas pour les paris.
— Alors explique.
Il commença à pleurer.
— Ils avaient une vidéo. Moi, de la cocaïne, à une soirée à Montpellier. Ils menaçaient de l'envoyer à mon patron, à mon ex, à l'avocate pour la garde.
— Qui ?
— Un type de Kovač.
— Et il t'a demandé un rouge ?
— Un carton après la pause. Il a dit : « Fais quelque chose qu'on ne puisse pas discuter. » Je pensais… une suspension. Personne de vraiment blessé.
— Tu lui as cassé le nez.
Rémi ferma les yeux.
Ils firent venir Jean et Lucas. Pour la première fois, Lucas raconta une partie de son histoire devant un autre joueur.
Jean resta assis sans bouger.
— Combien ? demanda-t-il.
— On ne sait pas, répondit Marc.
Jean se tourna vers Rémi.
— Tu vas voir la police.
Rémi paniqua.
— Ils verront la vidéo. La garde de ma fille…
— Ils te font chanter !
— Le juge verra quand même la cocaïne !
Marc intervint.
— On prend un avocat d'abord.
Ils contactèrent Maître Sophie Lemaire, avocate à Toulouse spécialisée en droit du sport. Elle écouta les faits et leur donna trois instructions.
— Conservez tout. Ne confrontez pas Kovač. Et arrêtez de croire que le club peut gérer ça seul.
— Si on signale, demanda Jean, qu'est-ce qui arrive sportivement ?
— Enquête. Suspensions provisoires. Éventuelles sanctions sur des résultats si la manipulation est établie. Le club peut lui-même être sanctionné pour défaut de contrôle, selon les faits.
Jean ferma les yeux.
La vérité avait encore un prix.
Marc accompagna ensuite Rémi à Lodève pour présenter des excuses à Nicolas Reynaud, le joueur blessé. Nicolas avait les deux yeux encore marqués.
Rémi parla mal, mais il parla.
— Je t'ai frappé. Tu n'avais rien fait qui méritait ça.
— Pourquoi moi ? demanda Nicolas.
— Je ne peux pas tout expliquer maintenant.
— Pratique.
— Oui.
Rémi lui tendit une enveloppe pour compenser les journées de travail perdues. Le père de Nicolas refusa d'abord. Nicolas prit finalement l'enveloppe.
— Si tu dois, tu paies. C'est le principe. Mais je ne te pardonne pas.
— Je sais.
Sur la route du retour, Rémi murmura :
— Je croyais qu'une excuse faisait du bien.
— À qui ?
— À celui qui s'excuse.
— Alors ce n'est pas une excuse. C'est un médicament.
Rémi regarda les vignes nues.
Les conséquences ne rendaient pas la vérité plus dangereuse.
Elles la rendaient réelle.
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