LE DERNIER ESSAI
Lire le chapitre 14: La table d'hiver
À Noël, Saint-Aurèle était troisième.
La boulangerie vendait des galettes bleues et blanches, les vitrines portaient des écharpes du club, et la mairie organisa un dîner où Vautrin annonça que la montée « ouvrirait un nouveau cycle d'investissement ».
Marc fut placé à côté de Claire.
— Tu portes mal la chemise, dit-elle.
— Tu avais parié sur le survêtement ?
Ils se regardèrent.
— Mauvaise blague, reconnut-elle.
— Très mauvaise.
Ils passaient désormais presque tous les jours ensemble sous prétexte d'enquête. Aucun des deux n'avait pris la peine de donner un autre nom à la chose.
Après le repas, Vautrin fit signe à Marc de le suivre dans un couloir.
— Maret me dit que tu rends les sponsors nerveux.
— Tant mieux.
— Tu confonds nervosité et vertu ?
Marc prit une décision.
— Des joueurs sont poussés à influencer des écarts de score. Certains sont menacés.
Le visage de Vautrin changea franchement.
— Quoi ?
Marc l'observa. La surprise semblait réelle.
— Tu ne savais pas ?
— Pas ça. Tu as des preuves ?
— Oui.
— Police ?
— Pas encore.
Le maire jura à voix basse.
— Si des matchs sont manipulés, je veux que ça cesse.
— Discrètement ?
Vautrin hésita.
— Si possible.
— Pourquoi ?
— Parce qu'on négocie quarante emplois sur le projet de la papeterie.
Marc eut un rire sans joie.
— Tout est toujours trop important pour la vérité.
Vautrin se rapprocha.
— Toi, tu réponds d'une feuille de match. Moi, de huit mille habitants.
— Et ça rend quoi propre ?
— Rien. C'est précisément ce que tu ne comprends pas.
Marc réalisa alors que le maire pouvait être compromis sans être impliqué dans les paris. Les intérêts pouvaient se rejoindre sans que les crimes soient identiques.
Le lendemain de Noël, il déjeuna chez sa mère. Colette Delmas lui servit assez de nourriture pour plusieurs familles.
— Papa avait des carnets sur le club, dit-il.
— Ton père gardait les reçus des vis achetées en 1989.
— Il avait raison sur Vautrin ?
Colette soupira.
— Ton père comprenait les règles. Alain comprend les gens. Les hommes qui comprennent les règles se méfient toujours de ceux qui comprennent les gens.
— Lequel avait raison ?
— Les deux. C'est pour ça qu'ils s'énervaient.
Elle servit le café.
— Henri croyait parfois que refuser l'aide le rendait indépendant. Souvent, ça nous rendait seulement plus fatigués.
Marc se raidit.
— Il protégeait le club.
— Je ne parle pas du club.
Elle posa sa main sur la sienne.
— Tu es revenu parce que tu voulais être utile. Fais attention à ne pas confondre être utile et être aimé.
Le soir, Marc passa devant le stade fermé. Un enfant frappait un ballon contre un mur, seul, en visant une ligne peinte.
Il ratait davantage qu'il ne réussissait.
Personne ne le payait. Aucun écran n'affichait une cote. Aucun élu ne regardait.
Il continuait parce que le prochain ballon pouvait passer entre deux poteaux imaginaires.
Marc se souvint que le jeu avait existé avant que les adultes lui demandent de porter tout le reste.
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