LE DERNIER ESSAI
Lire le chapitre 15: L'offre
En janvier, Béziers confirma à Yannis une période d'essai de trois semaines après la saison.
Ce n'était pas un contrat. C'était une porte.
Le vestiaire applaudit quand Marc l'annonça.
Yannis sourit vingt secondes puis redevint sombre.
— Dumas a rappelé.
— L'agent ?
— Il dit que Béziers m'a invité parce qu'il a poussé mon dossier.
— Appelle Béziers.
— Je vais avoir l'air difficile.
— Tu auras l'air adulte.
Ils téléphonèrent ensemble. Le responsable du recrutement n'avait jamais entendu parler de Laurent Dumas.
Yannis devint livide.
— Donc il ment.
— Oui.
— Pourquoi moi ?
— Parce que quelqu'un pense que tu peux valoir assez pour être possédé tôt.
Le même week-end, Saint-Aurèle jouait contre Gruissan. Le match devait être diffusé sur une plateforme régionale, ce qui augmentait le nombre de marchés proposés par les sites de paris.
Marc décida de modifier la composition au dernier moment. Yannis, annoncé à l'ouverture, passa premier centre ; Julien Marty démarra en dix. Seuls Jean et les deux joueurs étaient prévenus.
Claire surveillait les cotes depuis la Gazette.
Trente minutes avant le coup d'envoi, elle envoya :
LES COTES SUR LES POINTS DE YANNIS ONT BOUGÉ AVANT L'ANNONCE OFFICIELLE.
Quelqu'un avait transmis la composition initiale.
Dans le vestiaire, Marc regarda vingt-trois joueurs et quatre membres du staff. Il sentit la suspicion se lever en lui et la repoussa.
Ils perdirent 17-14 sous une pluie constante.
Après le match, Marc ferma la porte.
— Quelqu'un à l'extérieur savait que Yannis devait jouer dix avant que la composition soit publique.
Un pilier leva la main.
— Ma copine savait.
Un autre avait envoyé la feuille à son frère. Le kiné avait discuté des blessures dans le couloir. Une photo publiée au petit déjeuner montrait le tableau tactique en arrière-plan.
La fuite n'était pas une personne.
C'était une culture.
— On n'est pas professionnels, dit Marc. Ça ne rend pas notre information sans valeur. Ça veut seulement dire qu'on ne vous a jamais appris qu'elle en avait.
Lucas se leva.
— Dis-leur le reste.
Marc se figea.
— Lucas.
— Dis-leur.
Puis il comprit qu'il ne voulait plus attendre.
Lucas raconta lui-même la dette, Kovač, les écarts, les pénalités, les remises sur le prêt.
Quand il termina, le silence dura une seconde.
Puis le vestiaire explosa.
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