LE DERNIER ESSAI
Lire le chapitre 16: Le vote du vestiaire
Baptiste fut le premier à pousser Lucas contre un casier.
— Tu nous as vendus ?
— Baptiste…
— Tu nous as vendus ?
Rémi s'interposa, encore suspendu, et reçut lui-même une bousculade. Deux avants se levèrent. Yannis frappa le mur du poing. Mathieu Cazals resta assis, les yeux rouges, comme si le vestiaire venait de changer de forme autour de lui.
Marc laissa trente secondes au chaos.
Puis il monta sur un banc.
— Ça suffit !
La voix qu'il avait utilisée dans les stades professionnels revint sans effort. Tout le monde s'arrêta.
— Le prochain qui frappe quelqu'un sort avec Lucas.
Baptiste se tourna vers lui.
— Pourquoi il est encore là ?
— Parce qu'il vient de vous le dire.
— Deux ans après !
— Oui.
— Il nous a fait perdre des matchs !
— Oui.
Baptiste eut un mouvement de recul devant la franchise.
Yannis regarda Marc.
— Toi, tu savais ?
Le silence devint plus lourd.
— Depuis septembre, répondit Marc. Pas tout. Mais assez.
— Et tu l'as fait jouer.
— Oui.
— Pourquoi ?
— Parce que je pensais qu'il fallait obtenir des preuves, protéger sa famille et empêcher le réseau de comprendre qu'on enquêtait.
— Donc tu as décidé pour nous.
Marc encaissa.
— Oui.
— Tu nous parles de confiance depuis quatre mois et tu caches ça ?
— Oui.
Yannis détourna le regard.
Jean, au fond du vestiaire, prit la parole.
— Je savais pour la dette de Lucas. Pas pour les matchs.
Baptiste éclata d'un rire sec.
— C'est censé nous rassurer ?
— Non. C'est censé être vrai.
Cette phrase calma quelque chose.
Marc descendit du banc et écrivit trois options sur le tableau.
1. LUCAS QUITTE LE GROUPE ET ON SIGNALE TOUT.
2. LUCAS RESTE À L'ÉCART DE LA SÉLECTION, COOPÈRE AVEC L'AVOCATE ET LES ENQUÊTEURS, ET ON ACCOMPAGNE LE PROCESSUS.
3. ON FAIT COMME SI RIEN NE S'ÉTAIT PASSÉ.
Il raya immédiatement la troisième.
— Celle-là n'existe plus.
Ils discutèrent presque deux heures.
Les révélations sortirent par petites vagues. Un joueur avait reçu des paris gratuits d'un employé de Maret. Un autre avait transmis la composition des moins de dix-huit ans à un habitué du café en échange de trois cents euros, sans comprendre qu'elle alimentait des marchés. Un préparateur avait parlé de la blessure d'un joueur dans un bar. Personne ne s'était vu comme une pièce d'un système.
C'était précisément ainsi que le système avait grandi.
— On vote, proposa Yannis.
— Sur quoi ? demanda Baptiste.
— Sur le fait que Lucas reste avec nous pendant qu'il coopère. Pas sur le pardon. C'est pas pareil.
Marc observa le jeune ouvreur. Quelques mois plus tôt, Yannis voulait qu'un match entier lui appartienne. Maintenant, il essayait de distinguer justice, colère et équipe.
Les joueurs écrivirent leur choix sur des morceaux de papier.
Quinze pour que Lucas reste dans le groupe sans jouer.
Sept contre.
Un bulletin blanc.
Lucas regarda les papiers.
— Je n'en mérite pas quinze.
Baptiste répondit :
— Alors ne nous les fais pas regretter.
Le lendemain, Maître Lemaire organisa un rendez-vous à Toulouse avec des enquêteurs spécialisés dans l'intégrité sportive et des policiers judiciaires. Lucas et Rémi acceptèrent de s'y rendre.
Avant le départ, Yannis resta après l'entraînement.
— Tu nous as fait voter parce que tu ne savais pas quoi faire, c'est ça ?
Marc ne chercha pas à sauver son autorité.
— Oui.
— Je pensais qu'un entraîneur devait savoir.
— Les mauvais entraîneurs ont besoin que les joueurs le croient.
— Et les bons ?
— Ils doivent savoir quelles décisions leur appartiennent.
— Celle-là ne t'appartenait pas ?
— Mettre Lucas titulaire, oui. Décider seul s'il pouvait encore partager votre vestiaire après ce qu'il avait fait, non.
Yannis fit rouler un ballon sous sa semelle.
— Je le déteste encore un peu.
— Normal.
— Et j'ai pitié de lui.
— Normal aussi.
— Les deux peuvent rester ?
— Oui.
— C'est mal fichu, être adulte.
Marc sourit.
— Tu vas améliorer le système.
— C'est ce que votre génération dit quand elle est fatiguée.
À Toulouse, avant d'entrer dans les locaux des enquêteurs, Rémi vomit dans une jardinière.
Lucas le regarda.
— Le leadership te va bien.
Rémi leva les yeux et, malgré tout, éclata de rire.
Ils entrèrent ensemble.
Marc comprit que la solidarité n'effaçait pas la faute. Elle empêchait seulement la honte de devenir une cellule où chacun pouvait être manipulé seul.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.