LE DERNIER ESSAI
Lire le chapitre 17: L'enquête
Le premier entretien dura quatre heures. Le second trois.
Les enquêteurs copièrent les téléphones, récupérèrent les relevés d'Orbe Crédit, demandèrent les comptes du club et ordonnèrent à chacun de ne rien commenter publiquement.
Quarante-huit heures plus tard, l'existence de l'enquête était dans la presse régionale.
SOUPÇONS DE MATCHS MANIPULÉS À SAINT-AURÈLE.
À midi, des journalistes nationaux appelaient.
À treize heures, Alain Vautrin tenait une conférence de presse devant la mairie.
— Tolérance zéro pour toute atteinte à l'intégrité sportive, déclara-t-il face aux caméras.
Claire regardait la retransmission depuis la Gazette.
— Il savait qu'on cherchait depuis des mois, dit-elle. Et maintenant il a l'air de découvrir le péché.
Marc était assis en face d'elle.
— Il savait qu'il y avait quelque chose. Pas nécessairement quoi.
— Tu le défends ?
— Non. J'essaie d'être précis.
— Très mauvaise habitude pour un entraîneur.
Elle lui montra la nouvelle version de son article. Les liens financiers entre Meridian, Orbe Loisirs et plusieurs structures locales étaient documentés. Les informations protégées par l'enquête n'y figuraient pas.
— Il me faut une citation de toi, dit-elle.
— Sur quoi ?
— Sur la manière dont le club dépend des sponsors.
Marc hésita moins longtemps qu'il ne l'aurait fait un mois plus tôt.
— Écris : « Un club qui ne peut survivre qu'en abandonnant le contrôle de ses joueurs n'est pas soutenu. Il est acheté morceau par morceau. »
Claire le regarda.
— Tu es sûr ?
— Non.
— Bien.
L'article parut le lendemain.
Maret menaça d'une procédure en diffamation. Vautrin accusa le journal de « confondre relations économiques et accusations pénales ». Orbe Loisirs suspendit ses engagements « en attente de clarification ».
En deux jours, le club perdit soixante-douze mille euros de revenus prévus.
Jean convoqua Marc.
— On ne paie pas tout le monde le mois prochain.
— Combien manque-t-il ?
— Quarante et un mille, entre remboursements, staff, transport, médical.
— La subvention municipale ?
— Gelée jusqu'à examen par la commission des finances.
Marc comprit immédiatement.
Il se rendit à la mairie sans rendez-vous.
Vautrin le reçut.
— Tu as gelé la subvention.
— La commission l'a fait.
— Tu contrôles la commission.
— J'ignorais disposer de pouvoirs aussi étendus.
— Arrête.
Le maire se leva.
— Tu as accusé publiquement des sponsors d'acheter des joueurs. L'opposition demande maintenant un audit d'Orbe Avenir. Des investisseurs suspendent le projet de la papeterie. Quarante emplois sont menacés.
— Peut-être que le projet mérite un audit.
— C'est facile d'être courageux avec le chômage des autres.
La phrase atteignit Marc parce qu'elle contenait quelque chose de vrai.
— Libère la subvention.
— Pas pendant une enquête sur les comptes du club.
— Tu finances ces comptes depuis des années.
— Et maintenant j'ai une obligation envers les contribuables.
Marc eut presque envie d'applaudir la manœuvre.
— Tu nous punis.
— Je me protège, répondit Vautrin. Au moins, je ne prétends pas autre chose.
Le soir, malgré la pluie, l'équipe s'entraîna.
À la fin, Marc annonça la situation financière.
— Les remboursements peuvent être retardés. Le staff peut être réduit. Personne ne sera jugé s'il ne peut pas continuer dans ces conditions.
Léo Garnier leva la main.
— On joue dimanche ?
— Oui.
— Alors dimanche d'abord. Faillite lundi.
Le vestiaire éclata de rire.
Ce n'était pas une solution.
Mais le rire empêcha la peur de devenir le seul langage disponible.
Deux jours plus tard, Émile Laurent, chargé de l'intégrité auprès de la fédération, vint parler aux joueurs.
Il écrivit quatre mots au tableau :
INFORMATION. SERVICE. DETTE. HONTE.
— Ce sont les portes habituelles, expliqua-t-il. Pas les valises de billets.
Il parla des paris gratuits, des avances d'agents, des dettes de sponsors, des informations médicales, du chantage, de la possibilité de manipuler un carton ou une marge sans contrôler tout le match.
— La manipulation partielle est efficace parce que le joueur peut continuer à se dire que le reste du match est réel.
Rémi baissa les yeux.
Laurent ajouta :
— Le reste peut effectivement être réel. Ça ne rend pas votre choix moins faux.
Après la réunion, Yannis demanda :
— Les clubs pros sont plus propres ?
— Ils ont de meilleurs contrôles. Aussi de plus gros marchés, davantage d'argent et des gens plus sophistiqués pour contourner les contrôles.
— Donc il n'existe pas d'endroit propre ?
Laurent sourit.
— La propreté n'est pas un endroit. C'est de l'entretien.
Marc nota la phrase.
Elle allait finir par définir toute sa saison.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.