LE DERNIER ESSAI
Lire le chapitre 18: Faire tourner la boîte
Le fonds d'urgence commença avec une boîte à biscuits.
Madame Coste entra dans le bureau de Jean un mardi matin avec mille huit cent quarante-six euros en espèces et chèques.
— Vous n'avez pas le droit de disparaître avant moi, dit-elle.
— Madame, c'est beaucoup trop.
— J'économisais pour une croisière. Je déteste les bateaux.
En une semaine, l'association de supporters lança une collecte publique. Claire imposa, presque par la menace, la publication des sommes reçues et des dépenses. Un expert-comptable local se proposa bénévolement. La boulangerie donna un euro par pain bleu vendu. Des agriculteurs fournirent la nourriture des jours de match. Des anciens joueurs organisèrent un dîner.
Les sommes semblaient ridicules face au budget.
Ensemble, elles devinrent une résistance.
Marc renonça à son indemnité d'entraîneur jusqu'à la fin de la saison. Jean l'apprit et l'insulta pendant cinq minutes.
— Tu as aussi besoin d'argent.
— J'ai de l'épargne.
— Ce n'est pas le sujet.
— Ce mois-ci, si.
La collecte changea aussi les rapports de pouvoir.
Un retraité donnait vingt euros puis demandait les comptes. Trois adolescents avaient gagné cent trente euros en lavant des voitures et voulaient savoir pourquoi le poste « restauration » était si élevé. Un viticulteur qui offrait le repas d'après-match voulait comprendre les locations de véhicules.
Jean s'énervait.
— Tout le monde croit que vingt euros achètent un audit !
Marc répondit :
— On vient de passer six mois à découvrir ce qui se passe quand une seule personne croit que quatre-vingt-dix mille euros achètent le silence.
Jean jura.
Deux semaines plus tard, il publiait une feuille budgétaire mensuelle dans le clubhouse.
Claire trouva trois erreurs d'addition.
— Le journalisme est cruel, dit Jean.
— La comptabilité l'est davantage.
Sur le terrain, la crise simplifia les choses.
Saint-Aurèle gagna trois matchs de suite.
Sans Lucas et Rémi, les plus jeunes prirent davantage de responsabilités. Baptiste apprit à parler moins et décider plus tôt. Mathieu organisa la défense. Yannis cessa de chercher le geste qui ferait venir un recruteur et commença à contrôler le territoire.
Après une victoire 26-12, le recruteur de Béziers vint trouver Marc.
— Il a changé.
— En mieux ?
— Moins spectaculaire.
Marc sourit.
— Donc en beaucoup mieux.
Au même moment, Claire avançait sur le dossier Orbe Avenir. Les sociétés avaient acheté, sur cinq ans, des terrains autour de la papeterie à bas prix. Des changements de zonage avaient ensuite augmenté leur valeur. Le beau-frère de Vautrin avait détenu des parts avant de les céder dans des conditions très favorables.
— Illégal ? demanda Marc.
— Peut-être conflit d'intérêts. Peut-être usage d'informations privilégiées. Peut-être seulement très laid.
— Lien avec les matchs ?
— Aucun lien direct. Mais regarde les intérêts : Vautrin a besoin d'un club performant pour justifier le projet sportif. Maret a besoin du projet pour valoriser les terrains. Meridian a besoin d'un accès à un club et à ses informations. Personne n'a nécessairement conçu la machine. Chacun pousse la pièce qui le paie.
Marc resta tard à la Gazette. Ils mangèrent une pizza au milieu des dossiers.
À onze heures, Claire dit :
— Tu sais que tu n'es pas obligé de tout sauver.
— Quoi ?
— Le club. La ville. Lucas. Yannis. La mémoire de ton père. Choisis moins de choses impossibles.
Marc la regarda.
— Je suis revenu pour avoir un seul travail.
— Mauvaise organisation.
Ils rirent.
Puis il l'embrassa.
Ce n'était pas raisonnable.
Pour une fois, Marc ne chercha pas à corriger.
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