LE DERNIER ESSAI
Lire le chapitre 19: Semaine électorale
Claire publia son enquête sur les terrains dix jours avant les élections municipales.
Vautrin parla d'une « opération politiquement synchronisée contre le développement ». Hélène Vidal, directrice du collège et principale candidate d'opposition, demanda un audit indépendant. Gérard Maret appela ses avocats.
Saint-Aurèle, elle, se disputa.
Au marché, les discussions commençaient devant les olives et terminaient sur Orbe Avenir. Au Café du Pont, certains accusaient Claire de faire fuir les emplois. D'autres demandaient depuis quand une ville devait remercier des investisseurs pour le droit de ne pas connaître leurs comptes.
Quelqu'un écrivit TRAÎTRES sur le rideau métallique de la Gazette. Quelqu'un d'autre nettoya l'inscription avant l'ouverture.
Marc interdit les journalistes à l'entraînement après qu'une chaîne locale demanda à Yannis s'il soutenait le maire.
— Dictateur, dit Claire.
— Gouvernement efficace.
Le vendredi, Serge Kovač fut arrêté près de Montpellier.
Les enquêteurs évoquèrent extorsion, blanchiment, activité de paris illégale et tentative de manipulation de compétitions dans plusieurs sports régionaux. Saint-Aurèle n'était qu'une partie du dossier.
Maret fut entendu mais non placé en garde à vue.
Lucas appela Marc.
— C'est fini ?
— Non.
— Ça ressemble à une fin.
— Parce que tu attendais qu'un visage disparaisse. Le système est plus grand qu'un visage.
Lucas resta silencieux.
— L'avocate dit que je peux être poursuivi.
Marc s'assit.
— Pour participation aux manipulations ?
— Oui.
— Tu le savais.
— Savoir n'est pas pareil quand quelqu'un prononce le mot prison.
Marc allait proposer de venir, mais Lucas l'arrêta.
— Reste avec l'équipe. Vous avez le match dimanche.
Ce match décidait de l'accès aux barrages de montée. Saint-Aurèle avait besoin d'un point au classement. Sète Maritime devait gagner.
La pluie transforma la pelouse en boue liquide. Plus de deux mille personnes entouraient le terrain.
À la mi-temps, Sète menait 13-0.
Les joueurs regardaient Marc comme s'ils attendaient une explication plus grande que le match.
Il refusa.
— Vous n'avez pas à sauver Saint-Aurèle aujourd'hui. Vous n'avez pas à sauver le club, prouver que Claire a raison, que Vautrin a tort ou que Lucas mérite quoi que ce soit. Vous avez quarante minutes de rugby.
Il désigna la porte.
— Quarante minutes, c'est assez petit pour être honnête.
Sète marqua d'abord une pénalité : 16-0.
Puis Saint-Aurèle avança.
16-3.
16-10 après un essai de maul.
16-13.
Deux minutes à jouer. Sète dégagea loin. Yannis reçut dans ses vingt-deux.
Le jeu raisonnable était de trouver la touche.
Il relança.
Marc ouvrit la bouche pour hurler, puis se tut.
Yannis élimina un défenseur, servit Léo, passa derrière lui, récupéra, puis trouva Mathieu d'un coup de pied transversal.
Mathieu marqua dans le coin.
18-16.
La transformation se trouvait exactement du côté où Marc avait corrigé pendant des mois son pied d'appui.
Yannis posa le ballon.
Il frappa.
20-16.
Coup de sifflet final.
Barrages.
Yannis se retourna vers Marc et désigna son pied gauche.
Marc éclata de rire.
Le soir, Alain Vautrin perdit les élections de cent quatre-vingt-trois voix.
Dans certaines rues, on ouvrit des bouteilles.
Dans d'autres, on parla de catastrophe.
Saint-Aurèle n'était pas soudainement unie.
Elle avait seulement cessé de raconter la même histoire à tout le monde.
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