LE DERNIER ESSAI
Lire le chapitre 4: Sept points
Le premier match se joua à Pézenas-Bastide. Saint-Aurèle arriva dans deux minibus et plusieurs voitures parce que le car du club n'avait pas passé le contrôle technique.
Les locaux marquèrent rapidement. Yannis répondit par deux pénalités puis tenta, depuis ses vingt-deux mètres, un coup de pied croisé qui faillit offrir un essai à l'adversaire.
À la mi-temps : 10-9.
Marc entra dans le vestiaire.
— Arrêtez de résoudre chaque problème seuls. Lucas, commande la défense. Yannis, choisis le terrain avant de choisir ton geste. Et le prochain qui donne une pénalité après le coup de sifflet rentre à pied.
Ils gagnèrent 23-16.
L'essai décisif fut exactement le genre de séquence que Marc aimait : une touche volée, trois charges courtes, Lucas qui nettoya deux défenseurs, Yannis qui joua à plat et Léo Garnier qui traversa.
Au parking, Marc vit Lucas parler avec un homme aux lunettes miroir. L'homme lui remit quelque chose. Lucas le glissa dans sa poche.
— Qui c'est ? demanda Marc.
— Un ami.
— Nom ?
— Tu contrôles aussi mes fréquentations ?
— Quand elles ressemblent à des types qui récupèrent des dettes, oui.
Lucas s'arrêta.
— Fais attention, Marc. Tu regardes trois vidéos et tu crois comprendre cette ville.
L'homme monta dans une Mercedes grise.
Le téléphone de Marc vibra.
Photo du score : 23-16.
Puis :
BEAU DÉBUT. SEPT POINTS EXACTEMENT.
Un autre message suivit :
NE CONFONDS PAS COÏNCIDENCE ET CONTRÔLE.
Puis :
NI CONTRÔLE ET COÏNCIDENCE.
Dans le minibus, Marc montra les messages à Jean.
Le président perdit son sourire.
— Tu en as parlé à quelqu'un ?
— Claire.
— Bon Dieu.
— Elle enquêtait déjà.
Jean regarda la route.
— Si ce sont des abrutis, ne leur réponds pas. Si ce ne sont pas des abrutis, découvre qui se tient derrière la porte avant de l'enfoncer.
— Tu sais quelque chose ?
— Je sais qu'il y a trois ans, le club était à quarante mille euros de disparaître.
— Et ?
— Quelqu'un a fait en sorte que ça n'arrive pas.
Le lundi, Marc fit une longue séance vidéo. Il montra d'abord la victoire comme un entraîneur, puis posa une question.
— Qui savait qu'on pouvait parier sur notre écart de points ?
Quatre mains se levèrent.
— Qui parie ?
Silence.
— Je ne suis pas la police. Mais à partir de maintenant : pas de paris sur une compétition liée au club, pas d'informations médicales, pas de compositions données à l'extérieur.
Lucas demanda :
— Tu t'attends à quoi ?
— À ce que quelqu'un comprenne que nos informations ont de la valeur.
— Paranoïaque.
Marc le regarda.
— La paranoïa, c'est penser que tout le monde est contre toi. La gestion du risque, c'est recevoir le score exact avant d'avoir demandé qui parie dessus.
Le vestiaire se tut.
Après la réunion, Lucas resta seul.
— Tu as vraiment reçu ça ?
— Oui.
— Efface.
— Pourquoi ?
— Parce que si tu réponds, tu entres dans leur jeu.
— Conseil d'expérience ?
Lucas serra la mâchoire.
— Conseil de quelqu'un qui vit ici.
Il partit.
Sur l'écran, Marc avait laissé une image arrêtée de Lucas protégeant parfaitement un ballon au sol.
Un geste loyal.
Une image impeccable.
Il apprenait que la contradiction n'était pas une preuve d'innocence.