LE DERNIER ESSAI
Lire le chapitre 7: L'écart
Saint-Aurèle gagna son deuxième match de douze points et perdit le troisième de trois.
La défaite contre Union Salanque dérangea Marc par sa forme.
À quatorze minutes de la fin, Saint-Aurèle menait 18-10. Lucas offrit une pénalité absurde en retenant un joueur au sol alors que son équipe avait déjà récupéré le ballon. Deux minutes plus tard, Rémi Vidal prit un carton jaune pour une entrée latérale dans un maul. Salanque revint et gagna 21-18.
Dans le vestiaire, Marc attendit que tout le monde soit assis.
— Lucas, pourquoi tu as retenu le joueur ?
— Il ralentissait le ballon.
— Le ballon était chez nous.
Lucas leva les yeux.
— Tu m'accuses de quoi ?
— Je te demande pourquoi tu as fait un geste qui n'avait aucun sens sportif.
Le capitaine se leva et s'approcha.
— Tu crois que parce que ton nom est passé à la télé, tu comprends mieux le rugby que nous ?
— Non.
— Alors quoi ?
— Je crois que tu as pris une décision qu'un capitaine ne prend pas sans raison.
Lucas le poussa.
Marc ne bougea pas.
— Tu ne joueras pas dimanche prochain.
Le vestiaire se figea.
— Tu plaisantes ?
— Non.
Jean intervint :
— Marc…
— Non.
Lucas partit en claquant la porte.
À minuit, un message arriva.
MAUVAISE DÉFAITE. BON CHIFFRE.
Claire avait déjà vérifié. Une forte activité avait eu lieu sur un marché clandestin : victoire de Salanque de un à cinq points.
Le lendemain à sept heures, Jean se présenta chez Marc.
— Tu ne peux pas laisser Lucas hors du groupe.
— Je peux.
— Il organise toute la défense.
— Quelqu'un d'autre apprendra.
Jean finit par céder.
— Son entreprise doit quatre-vingt-dix mille euros à une société de Maret.
Marc resta immobile.
— Comment ?
— Son frère a investi juste avant l'effondrement du bâtiment. La banque n'a pas refinancé. Maret a prêté.
— Et tu savais ?
— Je savais pour la dette. Pas pour le reste.
— Quel reste ?
Jean ne répondit pas.
Marc ouvrit la porte.
— Lucas reste écarté.
— Et si des sponsors partent avec lui ?
— Alors on découvrira ce que le club coûte sans eux.
— Et si la réponse, c'est sa mort ?
Marc regarda la vieille photo de son père dans le salon.
— Alors au moins on saura ce qui est mort.