LE DERNIER ESSAI
Lire le chapitre 8: Sans capitaine
Bédarieux arriva avec un pack énorme et la certitude de réduire Saint-Aurèle à sa mêlée.
Lucas regardait depuis la tribune, assis avec sa femme et ses enfants. Marc nomma Baptiste Rey, talonneur de vingt-trois ans, capitaine du jour. Baptiste vomit avant l'échauffement.
— Le leadership te va bien, dit Yannis.
— Ferme-la.
À la mi-temps, Saint-Aurèle était mené 17-6. Leur mêlée reculait, les mauls de Bédarieux semblaient impossibles à stopper.
Marc entra dans le vestiaire.
— Parfait.
Les joueurs le regardèrent comme s'il avait perdu la raison.
— Maintenant on sait exactement ce qui se passe quand notre plan ne fonctionne pas. On arrête de lutter contre leur force. On les fait courir. Deux passes avant contact. Yannis, joue derrière eux, pas devant eux.
Puis il regarda le jeune ouvreur.
— Tu veux qu'un match t'appartienne ? Prends celui-là. Mais pas avec des miracles. Avec des décisions.
La deuxième période fut la meilleure de la saison.
Yannis utilisa le jeu au pied derrière les ailiers lourds de Bédarieux. Baptiste vola une touche. Mathieu Cazals, remplaçant de Lucas au centre, plaqua tout ce qui passait.
À quatre minutes de la fin : 20-19 pour Bédarieux.
Saint-Aurèle obtint une pénalité à quarante-trois mètres, près de la ligne de touche.
Yannis regarda Marc.
Marc ne fit aucun signe.
Le joueur indiqua les poteaux.
Le stade se tut.
Marc pensa au ticket de pari et à la pénalité ratée d'Étienne Fabre.
Yannis prit son élan. Pied d'appui stable. Frappe nette.
22-20.
Ils tinrent jusqu'au bout.
Dans le clubhouse, Jean trouva Marc.
— Tu viens de créer un problème.
— On a gagné.
— Justement. Maret est parti à la mi-temps. Vautrin aussi.
Le téléphone de Marc vibra.
TU AS CHANGÉ LE SCÉNARIO.
Puis :
ÇA A COÛTÉ DE L'ARGENT À DES GENS.
Marc répondit pour la première fois :
QUI ÊTES-VOUS ?
Réponse immédiate :
QUELQU'UN QUI SAIT QU'UN CLUB A BESOIN D'ARGENT.
Marc écrivit :
ET LES JOUEURS ?
LES JOUEURS AUSSI.
Un dernier message arriva.
DEMANDE À LUCAS COMBIEN VAUT SA MAISON.
Marc sortit.
Lucas se tenait seul près de son utilitaire. En voyant l'écran, son visage changea. La colère disparut.
Il eut peur.
— Pas ici, dit-il.
Ils se retrouvèrent vingt minutes plus tard au cimetière, au-dessus de la ville. Lucas resta près de la tombe de son père.
— Tu crois que c'est un groupe organisé comme dans un film, dit-il. Ça ne marche pas comme ça. Maret prête. Kovač récupère. D'autres posent les paris. Des gens vendent des informations. Des joueurs parlent. Certains prennent de l'argent. Personne ne fait de réunion avec écrit « complot » sur la porte.
— Comment tu le sais ?
Lucas regarda les toits en contrebas.
— Mon frère a essayé de se tuer avant qu'on obtienne le prêt. Maret nous a sauvés. Deux semaines après, les services ont commencé.
— Informations ?
— Au début.
— Puis les écarts.
Lucas ferma les yeux.
— Lundi. À l'atelier. Je te dirai tout.
Il partit.
Marc resta au cimetière. La tombe de son père était deux rangées plus loin.
Il posa une main sur la pierre.
— Tu aurais adoré avoir raison, murmura-t-il.
Le mistral passa dans les cyprès.
— Ne prends pas la grosse tête.