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LE DERNIER ESSAI

Lire le chapitre 9: Dette

L'atelier Vernet Frères se trouvait dans une zone industrielle voisine de l'ancienne papeterie. Lucas ouvrit à Marc avant l'arrivée des ouvriers.

Dans le bureau, devis impayés, dessins d'enfants et photo de l'équipe championne en 2014 partageaient les murs.

— Commence au début, dit Marc.

Lucas parla du prêt. Soixante-cinq mille euros au départ, devenus près de quatre-vingt-dix avec frais et prolongations.

Puis des cinq cents euros offerts pour une information sur une blessure. Des renseignements donnés sur les compositions. Des « remises » sur les intérêts après certains matchs.

— Quand est-ce que ça a commencé à toucher les résultats ?

— L'année dernière.

— Combien de matchs ?

— Quatre.

Le mot tomba entre eux.

— Tu as perdu volontairement ?

— Jamais.

— Ce n'est pas ce que je demande.

Lucas serra les poings.

— Écart inférieur à sept. Une pénalité donnée avant la mi-temps. Garder un total de points sous une limite. Des choses comme ça.

— Des choses comme ça.

— Tu crois que je ne sais pas ce que j'ai fait ?

Marc se leva.

— Combien d'autres ?

— Étienne. Rémi une fois peut-être. Je ne sais pas.

— Jean ?

— Non.

— Vautrin ?

— Je ne sais pas.

— Kovač ?

— C'est lui qui me parlait.

Lucas ouvrit un tiroir et sortit un téléphone bon marché.

Les messages étaient presque codés.

GARDE LA TEMPÉRATURE BASSE AVANT LA PAUSE.

PAS PLUS DE +6.

LE 13 PEUT EN DONNER UNE.

Lucas portait le 13.

Sur les relevés de prêt, certaines pénalités disparaissaient après les matchs concernés : cinq cents, mille, parfois trois mille euros.

— C'est une preuve, dit Marc.

— C'est aussi la fin de mon entreprise si ça sort.

— Peut-être.

— Ma maison est en garantie.

— Je sais.

— Élodie et les enfants n'ont rien fait.

— Je sais.

Lucas frappa du poing sur la table.

— Alors arrête de me regarder comme si j'avais vendu une pénalité pour m'acheter une voiture !

Marc répondit froidement :

— Tu as trahi ton équipe pour garder le toit de tes enfants. Le motif explique. Il n'efface pas.

Lucas resta debout, essoufflé.

— Rien n'efface, dit-il enfin.

Il raconta qu'il avait refusé une manipulation lors d'un derby. Le lendemain, Kovač avait posé une copie de l'acte de propriété de sa maison sur le bureau, sans prononcer de menace.

— Pourquoi tu as continué à jouer ? demanda Marc.

Lucas leva les yeux.

— Parce que le rugby était le seul endroit où j'avais encore l'impression d'être moi.

Cette réponse atteignit Marc de plein fouet.

Il connaissait cette dépendance. Après sa blessure, il s'était accroché au rugby bien après que le corps eut donné son verdict, simplement parce qu'il ignorait qui il serait sans lui.

— Donne-moi le téléphone.

Lucas hésita.

— Si je te le donne, il n'y a plus de retour.

— Il n'y en a déjà plus.

Lucas le posa dans sa main.

— Ma vie est là-dedans.

Marc referma les doigts sur le plastique.

— Non. La partie qu'ils utilisent.