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Le Dernier Point

Lire le chapitre 8: The Disappearance

L’annexe sentait la poussière et le bois pourri, un odeur que Lise connaissait trop bien maintenant. Elle avait déjà fouillé les murs, les planches du plancher, le faux tiroir de l’établi. Rien. Le journal de son père reposait dans la poche intérieure de sa robe, contre sa poitrine, comme un cœur supplémentaire qui battait trop vite.

Elle s’accroupit près de la cheminée éteinte, les doigts courant sur les briques irrégulières. Jean-Luc attendait dehors, sur le quai, assez loin pour ne pas être vu avec elle. Il avait promis de siffler deux fois s’il voyait des patrouilles.

Sa main trouva une brique plus lâche que les autres. Elle tira.

Un déclic. Un pan du manteau de cheminée pivota sur un gond invisible, révélant une cavité sombre.

Lise retint son souffle. Elle sortit le journal, le posa sur ses genoux, et plongea la main dans l’ouverture. Ses doigts rencontrèrent du papier, plusieurs feuilles pliées, puis du métal froid. Une petite boîte en fer-blanc.

Elle la sortit. Le couvercle résista, puis céda avec un grincement.

Des lettres. Une liasse de lettres, ficelées d’un ruban rouge fané. L’écriture était féminine, délicate, penchée vers la droite. Lise dénoua le ruban. La première lettre commençait par « Mon Pierre adoré ».

Sa mère.

Elle n’eut pas le temps de lire davantage. Un craquement. Pas celui d’une planche qui travaille. Celui d’une semelle sur le bois, derrière elle.

Lise tourna la tête. Deux ombres se découpaient dans l’embrasure de la porte, sombres contre la lumière jaune du soir. Deux hommes. Bonnets rouges. Carabines à la main.

Le plus grand sourit, découvrant des dents gâtées. « On savait qu’on finirait par te trouver, la couturière. On nous a dit que t’y viendrais. Le journal. Donne-le. »

Le journal. Pas les lettres. Le journal.

Lise se releva lentement, les lettres encore dans une main, l’autre main serrant le journal contre sa poitrine. Le cœur cognant si fort qu’elle l’entendait dans ses oreilles.

« J’ai rien d’un journal. Je… je suis venue chercher du tissu. Des patrons. » Sa voix était plus ferme qu’elle ne se sentait.

Le deuxième homme, plus petit, plus nerveux, fit un pas en avant, le canon de sa carabine pointé vers le sol. « Assez de mensonges. Pierre Marchand a caché des documents. On sait qu’il avait un repaire ici. Fouille-la. »

Le grand avança. Lise recula, buta contre la table de l’établi. Les lettres de sa mère tombaient de sa main, éparpillées sur le sol. Elle n’osait pas baisser les yeux pour les ramasser. Le journal pesait une tonne contre sa poitrine.

« Lâche-le et tu t’en sors vivante », grogna le grand en tendant la main.

Lise jeta un regard vers la porte. Les deux hommes la bloquaient. L’unique fenêtre, haute, étroite, donnait sur une cour intérieure. Une grille de fer forgé la barrait. Pas d’issue.

Sauf le toit. L’échelle de corde. Le père de Lise l’avait toujours gardée dans un coffre sous la table, roulée serrée, prête à servir en cas de fuite.

Elle n’avait pas le temps d’ouvrir le coffre.

Le petit homme nerveux leva sa carabine. « Je tire, moi. J’ai pas besoin de la voir entière. »

Lise fit un mouvement de côté, s’accroupissant comme pour attraper quelque chose sur le sol, et souleva le journal comme un bouclier dérisoire.

Le petit homme tira.

La balle passa au-dessus de sa tête, fracassant une cruche sur l’étagère derrière elle. Les éclats de terre cuite volèrent. Lise poussa un cri, plus de surprise que de douleur – un éclat l’avait entaillée à la tempe.

« Arrête, idiot ! cria le grand. Le journal ! On a besoin du journal intact ! »

Le petit homme jura, abaissa son arme.

Mais Lise avait déjà compris la seule chose à faire. Elle arracha la chaîne de son cou et lança le médaillon – celui que Jean-Luc lui avait rendu, avec le dé en laiton à l’intérieur – vers l’angle le plus sombre de la pièce. Le métal tinta sur la pierre.

Les deux hommes se tournèrent instinctivement.

Lise bondit vers la table, empoigna une boîte de fils métalliques et la projeta contre le mur. Un bruit de ferraille. Elle se jeta de côté au moment où le grand homme se retournait, arme levée.

Son épaule heurta la charpente derrière la cheminée. Une planche céda. Lise eut à peine le temps de penser *encore les cachettes* avant qu’un pan du mur intérieur ne pivote, la projetant dans un espace encore plus sombre, un réduit étroit qui sentait le moisi.

Sa main s’y agrippa. Elle était dans un passage secret, juste assez large pour une personne. Il menait à la cave, puis, si sa mémoire d’enfance était bonne, à un soupirail sur la ruelle derrière.

Mais elle tenait toujours le journal. Et les lettres étaient restées par terre. Et le dé – avec la clé à l’intérieur – était dans le médaillon qu’elle venait de lancer pour détourner leur attention.

Le cœur de Lise se serra. La clé. La clé du coffre n°7. Elle ne pouvait pas la perdre. Elle ne pouvait pas la laisser aux mains des sans-culottes.

Les deux hommes hurlaient dans l’atelier, déplaçant les meubles, cherchant l’entrée du passage. Leurs bottes martelaient le plancher au-dessus d’elle.

Lise n’avait pas le choix. Elle aurait pu fuir, rejoindre Jean-Luc, perdre la clé que son père avait cachée pour elle – et perdre toute chance de comprendre les pages manquantes.

Mais si elle revenait, ils la prendraient. Et ils prendraient le journal.

Elle inspira un grand coup. Puis elle fit la seule chose raisonnable : elle se coucha dans le passage, cala le journal sous son ventre, et se mit à ramper vers la cave, à tâtons, le cœur cognant, chaque frottement de sa robe sur la pierre lui semblant aussi bruyant qu’un coup de canon.

Derrière elle, le plancher gémit. Le grand homme avait trouvé la planche. Il tirait sur le panneau.

Lise atteignit l’escalier de la cave. Elle le descendit à l’aveugle, une main sur le mur, l’autre serrant le journal. Ses pieds trouvèrent la terre battue. L’odeur de pommes pourries. Les tonneaux vides.

Et là, en haut, un carré de lumière grise : le soupirail.

Elle courut – trois enjambées, quatre – et se jeta contre la grille. Verrouillée de l’intérieur. La rouille. Elle tordit le loquet des deux mains, un cri étranglé dans la gorge. Le métal céda dans un grincement. La grille s’ouvrit vers l’extérieur.

Lise se glissa dans l’ouverture, atterrit rudement dans la ruelle boueuse, et se mit à courir.

Elle ne s’arrêta qu’au coin du quai, appuyée contre la pierre d’un immeuble, haletante, le journal toujours serré contre elle comme un enfant. Elle mouilla son pouce, chercha la page de notes – la liste des noms que son père avait dressée, ceux qu’il accusait de trahison envers la Révolution, ceux qui le feraient libérer s’il pouvait prouver leurs crimes.

Sa main s’immobilisa.

Il manquait une page. Une page entière, arrachée net à la suture. Il ne restait qu’une frange de papier dentelé.

La page des noms.

Lise la relut, le cœur bondissant. Elle avait eu le journal pendant la fuite. Personne n’avait pu le toucher. À moins que… le coup de feu. L’éclat de cruche. Le journal l’avait-il protégée de l’éclat ? Était-elle tombée sur une arête de pierre en rampant dans le passage ?

Non. Ce n’était pas un accroc. Une page arrachée avec soin. Une lame fine. Quelqu’un l’avait déjà retirée.

Quelqu’un qui savait où était le journal avant qu’elle ne le trouve.

La voix de Maître Dumas lui revint : *« Robespierre avance vite. Il ne vous laissera pas le temps. »*

Mais ce n’était pas Robespierre.

C’était quelqu’un qui avait été dans l’annexe avant elle. Quelqu’un qui avait lu le journal, pris la page des noms, et laissé le reste pour qu’on le trouve. Un piège. Un piège pour l’obliger à venir.

Et elle était tombée dedans.

« Lise ! »

Elle sursauta. Jean-Luc courait vers elle le long du quai, pâle, les cheveux en bataille. « J’ai entendu un coup de feu ! Tu es blessée ? »

Elle secoua la tête, incapable de parler. Puis elle lui tendit le journal, ouvert à la page mutilée.

Jean-Luc regarda, et son visage se durcit. « Les noms. Il nous manque les noms. »

« Ce n’est pas tout », murmura Lise, sortant une lame de sa poche – une lame qu’elle avait trouvée dans le passage, tombée près du panneau pivotant. Un scalpel, fin, précis. Du genre de ceux qu’on utilise dans les salles de chirurgie de l’Hôtel-Dieu.

Mais c’était une autre inscription, gravée sur le manche de bois, qui fit chavirer l’estomac de Lise.

*À mon fils, J.-B. D.*

J.-B. D. Jean-Baptiste Darcelle.

Le député Darcelle lui-même. Celui qui lui avait donné le laissez-passer.

« Jean-Luc », dit Lise, s’entendant parler comme dans un puits, « je crois qu’on n’aurait jamais dû lui faire confiance. »