Henri appelait Julien tous les soirs, qu’il ait besoin d’une voiture ou non.
— Combien d’heures aujourd’hui ?
— Dix.
— Trop.
— Je vais bien.
— Mangez des légumes.
— J’ai mangé des chips.
— Une pomme de terre frite ne devient pas un légume par miracle.
— Dictateur.
— Ancien proviseur. C’est proche.
Henri vivait seul. Son fils, Nicolas, enchaînait les gardes au CHU. Sa belle-fille, Amina, travaillait dans le service des maladies infectieuses. Leur fille de neuf ans était chez une tante hors de la zone fermée.
Henri avait un cancer et un appartement silencieux.
Pourtant, il se plaignait rarement.
Un soir, Julien lui demanda comment il faisait.
— Comment je fais quoi ?
— Pour ne pas avoir peur.
Henri se tut.
— J’ai peur.
Julien ne s’attendait pas à cette réponse.
— Le courage n’est pas un caractère. Les gens courageux paniquent. Les gens peureux peuvent être utiles. Il suffit de ne pas demander l’autorisation à la peur.
Julien répéta la phrase à Camille.
Elle l’écrivit sur un post-it sous leur consigne dans l’entrée.
RENTRE À LA MAISON.
La peur n’a pas le droit de vote.
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