Le Dernier Trajet Avant Laube
Lire le chapitre 13: — LES JOURS SANS NOM
Très vite, les jours perdirent leur nom.
Mardi, samedi, Noël, jour férié : tout se transforma en horaires de garde, livraisons, appels, courbes et messages reçus à trois heures du matin.
Camille apprit à frapper aux portes sans entrer. À repérer les personnes qui disaient « je vais bien » alors qu’elles n’avaient plus rien dans le frigo. À écouter sans promettre ce qu’elle ne pouvait pas tenir.
Sophie eut enfin un appel vidéo avec son mari et son fils hospitalisés. Elle se maquilla avant.
— Je ne veux pas qu’ils me voient détruite, dit-elle.
Camille comprit très bien.
Julien transporta un médecin retraité rappelé au CHU, qui faisait auparavant deux heures de vélo par jour faute de transports. Il conduisit deux infirmiers mariés qui travaillaient sur des horaires opposés pour pouvoir parler chacun leur tour à leurs enfants restés chez les grands-parents.
Il transporta aussi une agente d’entretien qui s’excusa de « prendre la place d’un médecin ».
— Sans vous, l’hôpital ferme aussi, répondit Julien.
Henri aurait approuvé.
À l’appartement, Julien et Camille se croisaient parfois plus qu’ils ne se voyaient.
Des mots restaient sur la table.
Soupe au frigo. Fais-la chauffer vraiment.
Ta mère a appelé.
Je t’aime. Et achète des oignons si l’humanité en produit encore.
Un soir, Julien trouva Camille endormie sur le canapé, encore en manteau, une liste à la main.
Il posa une couverture sur elle et resta assis par terre dix minutes.
Dix minutes sans rien faire.
C’était devenu un luxe.
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