La première visite difficile de Camille fut celle de monsieur Garnier.
Veuf depuis un an, il vivait seul. Sa fille était installée au Québec. Les voisins ne l’avaient pas vu depuis quatre jours.
— Tout va bien ! cria-t-il derrière la porte.
— Qu’est-ce que vous avez mangé ce matin ?
Silence.
— Du café.
— Ce n’est pas un petit déjeuner.
— En France, ça peut l’être.
Camille s’assit dans l’escalier, loin de la porte.
— Je peux laisser des courses et partir. Vous n’avez pas besoin de m’ouvrir.
— Je ne veux pas de charité.
— Moi non plus. Appelons ça des courses avancées.
— Je ne peux pas vous rembourser maintenant.
— Alors, quand tout sera fini, vous offrirez un café à quelqu’un.
Le verrou tourna enfin.
Monsieur Garnier était beaucoup plus maigre qu’elle ne l’imaginait.
Elle posa du pain, du lait, des oranges et de la soupe entre eux.
— Mon mari dit que les systèmes tiennent parce que des gens ordinaires font des choses ordinaires correctement.
Monsieur Garnier regarda les sacs.
— Votre mari a l’air pénible.
— Vous n’imaginez pas.
Il sourit.
C’était déjà beaucoup.
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