Le premier chauffeur de La Ligne de Belrive à mourir s’appelait Karim Saïd.
Il avait cinquante-sept ans et roulait surtout la nuit. Sa femme travaillait le jour dans un supermarché et ils s’occupaient ensemble de sa belle-mère âgée.
Karim développa des symptômes, fut hospitalisé, puis transféré en réanimation.
Il mourut douze jours plus tard.
Le groupe de messagerie se transforma en mur de souvenirs.
Une infirmière raconta qu’il avait attendu quarante minutes un soir sans jamais se plaindre. Un autre soignant se souvenait des bonbons emballés qu’il gardait dans la voiture. Marc ne publia rien avant tard dans la nuit.
Puis il écrivit :
Demain, de midi à 12 h 10. Où que vous soyez, moteur coupé.
Le lendemain, des dizaines de voitures bénévoles s’arrêtèrent dans toute la ville.
Julien coupa le contact près du CHU.
Camille resta immobile dans la cuisine du centre social, les mains sur un carton de conserves.
À 12 h 10, les moteurs redémarrèrent.
Le travail reprit.
Le deuil en temps de crise ressemblait à cela : dix minutes, puis quelqu’un avait besoin de vous.
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