Lumen Reads

Le Faiseur de Récits

Lire le chapitre 5: The Fete Committee

La salle paroissiale sentait le thé froid et la cire d’abeille. Martha s’était glissée sur une chaise en plastique au fond de la rangée, près de la fenêtre qui donnait sur le cimetière, et elle avait sorti son carnet — moins pour prendre des notes que pour avoir l’air occupée. Barbara Whitcombe, la trésorière de la fête, trônait derrière une table pliante couverte de listes et de rubans adhésifs.

« Le stand de confitures, c’est moi qui m’en occupe, évidemment. Les tombolas, c’est Derek. La pêche aux canards, Marjorie, mais elle a son dos, donc on la mettra sur les billets. »

Martha écoutait d’une oreille. De l’autre, elle observait.

Six personnes présentes. Barbara, volubile et impatiente, qui distribuait les tâches comme des cartes à jouer. Derek, un homme massif aux mains calleuses, affalé sur sa chaise avec l’air de vouloir être ailleurs. Marjorie, une septuagénaire aux cheveux bleutés, qui tricotait en hochant la tête à tout ce que disait Barbara. Et deux autres, des jumeaux d’une cinquantaine d’années, qui semblaient n’être là que pour le biscuit.

Barbara sortit son téléphone pour consulter un document. Martha la regarda faire. Le téléphone était rose, avec une coque à paillettes. Barbara le posa sur la table, à côté de la liste, puis le laissa là pour fouiller dans son grand sac en cuir.

« Et pour le vin d’honneur, il faudra que je parle au père McLaughlin. »

Martha nota quelque chose dans son carnet. Elle écrivit : *Vin d’honneur.*

Puis elle posa sa question, comme on lance une pierre dans une mare tranquille :

« Barbara, vous étiez où, mardi dernier, à l’heure du déjeuner ? »

Le silence tomba. Le tricot de Marjorie s’arrêta. Derek tourna la tête vers Martha avec un intérêt nouveau.

Barbara sourit, trop vite, trop large. « Moi ? Chez moi. Je préparais la liste des fournisseurs pour la fête. Pourquoi ? »

« Curiosité, répondit Martha. J’ai entendu dire que la police interrogeait tout le monde au sujet de la pauvre Prudence. »

« La police m’a déjà parlé, si c’est ce que vous voulez savoir. Je leur ai dit exactement la même chose. J’étais seule chez moi, je préparais mes papiers. Personne ne peut le confirmer, mais personne ne peut le nier non plus. »

Elle eut un petit rire, comme si l’idée même d’être suspecte était absurde.

Martha hocha la tête. Elle regarda le téléphone rose posé sur la table. Elle regarda le sac en cuir, grand ouvert, d’où Barbara venait de retirer ses lunettes.

Puis elle regarda Barbara elle-même, et quelque chose cliqua.

« Vous avez un autre téléphone ? » demanda Martha.

Barbara cligna des yeux. « Pardon ? »

« Vous étiez chez vous, seule, à préparer des listes. Mais quand vous avez cherché le document tout à l’heure, vous avez pris votre téléphone dans votre sac. Rose, coque pailletée. » Martha inclina la tête. « Pourtant, tout à l’heure, quand vous êtes arrivée, vous teniez ce même téléphone à la main. Vous l’avez posé sur la table avant de vous asseoir. »

Silence.

Marjorie leva les yeux de son tricot.

Derek se pencha en avant.

Barbara éclata de rire. « C’est un vieux truc. Je garde toujours un téléphone de secours dans mon sac. Celui-ci, c’est celui de ma fille, elle me l’a prêté parce que le mien était en charge. »

« Ah. Le mien. » Martha sourit. « Et ce téléphone-là, le vôtre, il était en charge chez vous. »

« Oui. C’est ce que je viens de dire. »

« Donc, mardi midi, si vous étiez seule chez vous avec votre téléphone en charge, et que la police vous a appelée pour vous poser des questions sur Prudence… » Martha laissa la phrase en suspens. « Vous leur avez répondu sur votre téléphone fixe ? »

Barbara hésita une fraction de seconde. « Je ne me souviens plus. Peut-être. »

« La police vous a appelée sur votre mobile, dit Martha sans hausser le ton. Ils m’ont montré les relevés. Vous avez parlé pendant onze minutes, mardi à 13 h 04, depuis votre ligne mobile. » C’était faux, mais Barbara ne pouvait pas le savoir. « Or votre mobile, celui qui a reçu l’appel, était posé sur votre table de cuisine — est-ce qu’il n’était pas en charge, justement ? »

Barbara devint pâle.

« Je dois y aller », dit-elle.

Elle se leva, attrapa son sac, attrapa le téléphone rose. Mais dans sa hâte, elle renversa la liste des fournisseurs. Des feuilles s’éparpillèrent sur le sol.

Tout le monde se baissa pour l’aider, sauf Martha, qui resta assise. Elle regarda Barbara ramasser ses papiers avec des gestes nerveux, presque convulsifs. Puis Barbara sortit en trombe, sans dire au revoir.

Derek se redressa, une feuille à la main. « Eh ben. On dirait que vous avez trouvé un truc, Martha. »

« Je ne sais pas quoi, répondit-elle honnêtement. Je ne sais pas encore. »

La réunion se termina sans elle. Martha sortit dans l’air frais de la fin d’après-midi, traversa la place du village, et se dirigea vers la Taureau Rouge. Gerald lui avait envoyé trois messages depuis la veille. Le dernier était simple : *Viens. C’est plus important que le manuscrit.*

Elle poussa la porte du pub. Gerald était assis près de la cheminée éteinte, devant une pinte à moitié vide. Il leva la tête quand elle entra, et quelque chose dans son expression fit que Martha ralentit.

« Qu’est-ce qui se passe ? » demanda-t-elle.

Gerald désigna la chaise en face de lui. « Assieds-toi, Martha. »

Elle obéit.

« Le manuscrit de Blenkinsop, dit-il à voix basse. Ceux que j’ai cités dedans. Les noms que j’ai reconnus. » Il hésita. « Ce n’étaient pas seulement des personnages. J’ai fait des recherches, hier soir, sur les registres paroissiaux. »

« Et puis ? »

« Prudence Ellison, celle que tu as trouvée dans les bois. Elle est née en 1912. » Il laissa les mots tomber. « Tout comme la femme sur la photo que tu m’a montrée. Mais ce n’est pas un hasard, Martha. La première Prudence Ellison est morte en 1923, à onze ans. Noyée dans la rivière. On a parlé d’accident. »

Martha sentit un frisson lui parcourir la nuque. « On a parlé d’accident. »

« Exactement. » Gerald se pencha en avant, la voix presque un murmure. « Et ça ne s’arrête pas là. En 1957, une autre Prudence Ellison, cousine éloignée, est morte à vingt-trois ans. Chute dans un escalier. Accident. Et en 1984 — celle dont ton manuscrit parle, la première Prudence adultère, est morte à soixante-dix ans d’une "chute domestique". »

Martha écoutait, les mains serrées autour du rebord de la table.

« Une Prudence tous les soixante-dix ans environ, murmura-t-elle. Dans cette famille, on se transmet le prénom comme un flambeau. Et avec lui… »

« … la malédiction », compléta Gerald.

Martha pensa aux boutons dorés, au tin bleu, à la lettre cryptique avec l'inscription "Ellison, 1884". Elle pensa à la fenêtre allumée de son cottage, la nuit précédente.

« Il faut que je voie les registres, dit-elle. Tous les registres. »

Gerald hocha la tête. « Je peux te faire entrer dans les archives de l’église ce soir. Le père McLaughlin est de mes amis. »

Martha se leva brusquement. « Allons-y. »

« Maintenant ? »

« Maintenant, Gerald. Avant que quelqu’un d’autre ne décide que je mérite, moi aussi, un accident. »

Gerald vida sa pinte d’un trait et se leva à son tour. Dehors, l’ombre avait envahi la place du village. Martha jeta un coup d’œil vers son cottage, au bout de la rue. La fenêtre du salon était sombre.

Mais elle aurait juré avoir vu une silhouette bouger derrière les rideaux.