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Le Faiseur de Récits

Lire le chapitre 6: A Dog's Nose

La pluie avait cessé pendant la nuit, laissant le jardin d'Edna dans cet état de fraîcheur mouillée que Martha commençait à associer aux matins du Cotswolds. Elle était à genoux près du massif de lavande — laissé à l'abandon depuis des mois, certes, mais elle s'était dit que c'était un bon point de départ pour s'approprier les lieux — quand le chien arriva.

Pas un aboiement. Pas un avertissement. Juste une masse brune et fougueuse qui jaillit de la haie comme une balle de canon, traversa la pelouse en trois bonds, et planta son museau humide directement dans la terre meuble que Martha venait de retourner.

« Eh ! »

L'animal — un labrador, crut-elle, avec une tache blanche irrégulière sur le poitrail — leva la tête, la langue pendante, puis retourna à sa fouille avec une détermination qui aurait fait honneur à un archéologue de métier.

Martha se releva, épousseta ses genoux. « Tu n'es pas du quartier, toi. »

Le chien gratta. Renifla. Puis il s'arrêta, la tête inclinée, et entreprit de creuser avec sérieux à un endroit précis, à environ un mètre de la bordure de buis qui séparait son jardin des bois.

« Qu'est-ce que tu as trouvé, mon garçon ? »

Elle s'approcha prudemment. Les pattes du chien projetaient de la terre humide dans toutes les directions, et quelque chose — un tissu, sombre — commençait à émerger de la tranchée improvisée.

— Jasper ! Jasper, ici tout de suite !

La voix venait du sentier, au-delà de la haie. Une voix d'homme, légèrement essoufflée, avec cette tonalité d'autorité mêlée d'embarras que Martha reconnaissait bien — celle d'un propriétaire habitué à ce que son chien fasse exactement le contraire de ce qu'on lui demande.

— Il est là, cria Martha. Dans mon jardin. Il a trouvé quelque chose.

Un homme d'une cinquantaine d'années apparut dans l'ouverture de la haie, les cheveux grisonnants en bataille, une veste de tweed jetée négligemment sur un pull en laine. Il portait une sacoche en cuir usé.

— Je suis désolé, dit-il en haletant légèrement. Jasper a un flair... particulier pour les choses enterrées. Nous avons un terrain d'entraînement à la clinique, mais il ne comprend pas toujours la différence entre un os factice et...

Il s'arrêta net. Le chien, ayant terminé son excavation, s'était assis sur son arrière-train, la tête fièrement dressée, tenant dans sa gueule un foulard de soie maculé de terre.

De sang, rectifia Martha mentalement.

Son œil de correctrice — celui qui ne laissait rien passer — remarqua immédiatement les détails. La soie avait été de couleur ivoire, ou peut-être crème. La tache brune qui courait le long de la longueur du tissu n'était pas de la boue uniforme ; elle était plus sombre au centre, plus claire aux bords, avec cette irrégularité caractéristique qui ne trompe personne ayant un jour travaillé sur un manuscrit criminel.

— Lâche ça, mon vieux.

Jasper obéit à contrecœur, déposant le foulard sur la terre retournée comme s'il s'agissait d'un trophée de chasse.

L'homme s'accroupit. Il ne toucha pas le tissu — bon réflexe, songea Martha — mais il l'examina avec attention. Puis il leva les yeux vers elle.

— Vous êtes Martha Pemberton, dit-il. Ce n'est pas difficile à deviner — tout le village parle de vous depuis la... découverte.

— Et vous êtes...

— James Thorne. Vétérinaire. Clinic de la Colline Verte, sur la route de Stratford. Votre tante était une de mes meilleures clientes.

Sa voix se fit plus douce. « Edna avait un chat. Un vieux matou nommé Wordsworth. Je l'ai endormi il y a deux mois, à sa demande. Elle est restée avec lui jusqu'à la fin. Elle disait toujours qu'une mort digne était la dernière chose qu'on pouvait offrir à un être qu'on aime. »

Martha sentit un pincement. Elle n'avait pas connu sa tante aussi bien qu'elle l'aurait souhaité — c'était toute la raison de sa présence ici, cette culpabilité douce-amère d'avoir laissé s'éloigner les gens qu'elle aimait.

— Elle avait raison, dit-elle simplement.

James se releva, indiquant le foulard du menton. « Vous avez un sac en papier ? Ou un grand Tupperware ? Il faut préserver les preuves au mieux. »

— Vous croyez que c'est lié ? À la jeune femme ?

— Je crois que c'est un foulard de femme, enterré dans un bois à dix mètres de là où l'on a retrouvé Prudence Ellison, et que Jasper — son flair est infaillible, je vous assure — a été suffisamment perturbé pour creuser un trou de trente centimètres. Ce n'est peut-être rien. Mais si c'est quelque chose, il faut le préserver correctement.

Martha entra dans la maison, en ressortit avec un sachet en papier kraft et une paire de gants en caoutchouc — elle avait gardé une boîte de gants de jardinage dans l'entrée justement au cas où elle s'attaquerait au lierre. Elle revint, s'accroupit avec prudence, et souleva le foulard d'une main ferme.

La terre s'en détacha en fines particules sombres. La soie était fine, de bonne qualité. Un motif discret de feuilles de vigne enfilait le bord, brodé à la main.

— Regardez les bords, dit Martha.

James se pencha. « Une déchirure. Propre. Comme si quelqu'un l'avait tirée. »

— Ou étranglée avait glissé sur sa langue, mais elle ne le dit pas encore.

Elle retourna délicatement le tissu. Près de l'extrémité effilochée — l'extrémité la plus sombre, là où le sang, si c'était du sang, s'était accumulé — deux initiales étaient brodées dans un fil doré encore luisant malgré la terre.

P. E.

Martha sentit son cœur s'emballer d'une façon qui n'avait rien d'une retraitée en quête de paix. P. E. Prudence Ellison. Un monogramme que le temps n'avait pas effacé.

— C'est son foulard, dit James à voix basse, comme s'il craignait que les bois ne les écoutent. Elle l'a porté cette nuit-là. Quelqu'un l'a enterré ici. Dans votre jardin. Votre tante...

— Ma tante est morte il y a trois mois, dit Martha. Elle ne pouvait pas...

Elle s'arrêta. Une idée venait de germer, inconfortable, logique. Les ficelles de l'intrigue, comme elle le disait toujours à ses auteurs — chaque détail devait servir l'histoire, ou bien il fallait le couper.

— Ou alors, dit-elle lentement, quelqu'un a enterré ce foulard ici parce que ma tante n'était plus là pour protester. Quelle meilleure cachette qu'un jardin appartenant à une vieille dame morte, dont l'herbe pousse en paix ?

James la dévisagea un instant. Puis il sourit — un sourire franc, sans apprêt, qui creusait des ridules au coin de ses yeux.

— Vous pensez comme une enquêtrice, Martha Pemberton.

— Je pense comme une correctrice. Dans un bon manuscrit, une scène de jardin comme celle-ci aurait besoin de justification. Dans un mauvais, l'auteur oublie qu'un jardin se voit, s'observe, se remarque. L'herbe fraîchement retournée aurait attiré l'attention de n'importe qui.

— Mais pas d'un passant pressé, dit James. Pas au mois de mars, quand les jardins se travaillent de toute façon. Vous arrivez au printemps — tout le monde creuse, plante, retourne. Une parcelle fraîchement remuée n'attire personne.

Martha leva les yeux vers les bois, au-delà de la haie. Les arbres encore nus laissaient filtrer la lumière du matin à travers leurs branches enchevêtrées.

— C'est ce qu'ils ont pensé, murmura-t-elle.

James se redressa, examina le foulard dans le sac avec un sérieux professionnel. « Je connais un laboratoire indépendant à Cheltenham qui fait des analyses ADN pour les cabinets vétérinaires — pedigree, paternité, ce genre de choses. Ils peuvent détecter des traces de sang humain, confirmer si c'est bien le sien. La police serait obligée d'en tenir compte, si la chaîne de preuves est propre. »

— Pourquoi feriez-vous ça ? demanda Martha. Vous ne me connaissez pas. Vous ne la connaissiez pas vraiment, je suppose.

James caressa la tête de Jasper, qui haletait de contentement, conscient d'avoir accompli quelque chose d'important.

— Prudence Ellison venait de temps en temps à la clinique. Pas pour ses animaux — elle n'en avait pas. Mais elle m'apportait des provisions. De la confiture faite maison, des légumes de son père. Elle disait que j'avais l'air de mal manger.

Pas une petite vieille comme sur les Furies, songea Martha.

— Quand j'ai vu les fleurs, ce matin-là — la disparition des fleurs paraît absurde, j'étais occupé avec un cheval qui s'était coupé la jambe — ici, on la surnommait la fille aux fleurs, parce qu'elle les offrait à tout le monde, comme Edna le faisait.

Martha se sentit soudain très fatiguée, malgré cette accalmie.

— Puis son père, dit James. Il ne viendra plus jamais. Et il y a quelque chose de bizarre dans cette affaire, Martha. Je suis vétérinaire, pas détective. Mais j'ai grandi ici. Je sais quand quelqu'un ment.

Il désigna le sac d'un geste. « Je connais un laboratoire indépendant à Cheltenham — ils font les tests ADN pour les vétérinaires, pedigree, santé, ce genre de choses. Si on leur demande plus, ils peuvent ajuster leur analyse. Et je serai là, si vous avez besoin de creuser plus loin. »

Allons bon. Martha sentit une petite protestation — un vieux réflexe de solitaire, peut-être, ou le poids du travail qu'elle voulait fuir. Mais les faits parlaient plus fort : un foulard, un monogramme, un chien qui avait fait ce que ni la police ni les habitants n'avaient fait — trouver un début de scène.

— Ce foulard, dit-elle. On va le faire analyser, d'accord. Mais il y a plus important encore : l'endroit où Jasper l'a trouvé. L'herbe était retournée de façon régulière, en carré, à environ un mètre du buis. Ce n'est pas une cachette improvisée. C'est quelqu'un qui a pris son temps.

James plia le sachet avec soin, le rangea dans sa sacoche. « Vous voulez que j'appelle Chen ? »

— Pas encore, dit Martha. Je veux d'abord voir autre chose.

Elle se retourna vers la maison. Sa fenêtre de la cuisine, au premier étage, miroitait sous le soleil matinal.

— La personne qui était dans ma maison hier soir. Ils ont pris quelque chose, je crois — mais je ne sais pas quoi. Et je veux bien savoir pourquoi ils ont enterré un foulard de la jeune morte dans un jardin qui ne craint rien, à une époque où mon jardinier — s'il y en avait un — n'existe pas. On va commencer par là. Vous êtes partant ?

James sourit, soupira, et regarda Jasper, qui commençait à gratter la terre à un autre endroit, la queue frétillante.

— D'après mon assistant, je n'ai rien de prévu avant midi. Et il semble que mon enquêteur personnel ait un nouveau lieu d'excavation en tête.

À midi, la fenêtre de la cuisine au premier étage — la seule non verrouillée qu'ils pouvaient atteindre depuis le mur d'enceinte — laissait entrevoir une lettre écornée sur le plancher. Martha monta par l'échelle de James, examina la pièce d'un coup d'œil : rien ne semblait manqué. Sauf un détail, qu'elle constata, glacée :

Le tiroir du secrétaire — fermé ce matin, elle l'avait laissé ouvert en partant chercher les gants.

L'ouvrait lentement, découvrant le fond vide à côté du cahier de recettes d'Edna, un exemplaire du catéchisme et deux stylos.

— Ils ont pris la photographie, dit-elle dans le silence. La photographie de 1912, celle du compartiment secret que je n'ai montrée à personne sauf à Gerald et à moi-même.

James passa la tête dans l'embrasure.

— Donc, la personne qui savait où vous l'aviez trouvée... était dans la pièce quand vous l'avez découverte. Ou vous suivait de très près.

Il y eut un long silence, puis Martha redressa les épaules.

« Gerald, dit-elle vivement. Gerald m'a envoyé un message hier soir — il voulait me voir au Taureau Rouge. L'avait-il déjà su pour la photo ? Et qui d'autre, au pub, écoute les conversations des vieux correcteurs ? »

Elle redescendit l'échelle sans un regard en arrière, entendant presque la voix d'Edna lui souffler : *Dans un bon manuscrit, on ne montre jamais toutes ses cartes. Et on ne laisse jamais la personne qui lit par-dessus votre épaule devenir votre confident.*