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Le Fantôme dans le Fil

Lire le chapitre 10: Aftermath: The Fallout

Le corps de Hayes était déjà parti quand Hartley atteignit la salle des transmissions. Il ne restait qu'une flaque sombre là où le corps avait reposé, et l'odeur fade du désinfectant que les hommes de Morrison avaient généreusement répandu, comme pour effacer la honte plutôt que le sang.

Le sergent Pike se tenait devant la porte, les mains croisées dans le dos, le visage fermé. Il salua brièvement.

— Le major Morrison a ordonné la mise sous scellés de la zone, capitaine. Personne n'entre sans son autorisation écrite.

— Où est-il ?

— Dans son bureau, capitaine.

Hartley acquiesça et tourna les talons. Ses bottes claquaient sur le béton du corridor souterrain, chaque pas lui rappelant la conversation qu'il avait eue avec Hayes quarante-huit heures plus tôt — une simple vérification administrative, un échange anodin sur les procédures de codage. Hayes avait ri de quelque chose, une blague sur les sandwichs de la cantine. Rien n'avait laissé présager ce qui allait suivre.

Le bureau de Morrison était au bout du couloir, une porte en chêne massif dépareillée dans cet univers de béton et de tôle. Hartley frappa. La voix de Morrison lui parvint, étouffée :

— Entrez.

Morrison était assis derrière son bureau, les mains à plat sur une liasse de papiers. Il avait l'air fatigué — des cernes violets sous les yeux, la mâchoire serrée. Mais il y avait autre chose dans son regard quand Hartley entra. Un éclat de satisfaction mal dissimulée. Non, corrigea aussitôt Hartley. Tu projettes. Tu cherches des coupables partout, maintenant. C'est exactement ce que le tueur veut.

— Hartley. Asseyez-vous.

Il obéit, s'installant sur la chaise rigide en face du bureau. Morrison le fixa pendant un long moment avant de parler.

— Nous avons un homme mort dans votre périmètre. Étranglé. Maquillé en suicide. Et votre journal de bord des patrouilles est incomplet sur la période critique.

Hartley ne broncha pas. Il avait déjà anticipé cette attaque.

— La patrouille de minuit a été allongée de quarante minutes en raison de la maintenance du générateur numéro deux. Le sergent Pike a validé l'ajustement. Le rapport est sur votre bureau, troisième feuille du liasse.

Morrison regarda les papiers, les feuilleta avec un air de doute exagéré. Il trouva le rapport, le lut rapidement.

— Pike aurait dû m'en parler directement.

— Il avait mes instructions.

Le major pinça les lèvres. Pendant un instant, il sembla vouloir pousser plus loin l'affrontement, mais il changea d'avis — ou bien il obtint ce qu'il voulait.

— Vous comprenez que je dois ouvrir une enquête officielle, dit-il. Londres va envoyer quelqu'un. Vous serez interrogé, votre équipe sera interrogée, les procédures seront passées au crible. C'est une opération délicate, Hartley. Un tunnel secret. Des morts suspectes. Vous avez fait entrer un officier est-allemand dans l'équation — ne le niez pas, je le sais.

Hartley garda son visage neutre. Morrison savait pour Brandt. Bien sûr qu'il savait. La question était : depuis quand, et par quel canal.

— Brandt était une source, dit-il. Je l'avais autorisée par Londres.

— Londres qui vous a coupé les vivres sur cette source, si je ne m'abuse.

— Les circonstances ont changé.

Le major Morrison se pencha en avant, les coudes sur la table, les doigts croisés.

— Les circonstances ont changé, répéta-t-il lentement. C'est une formule pratique, Hartley. On pourrait l'appliquer à beaucoup de choses. Au fait que vous ayez interviewé votre équipe sans me consulter. Au fait que vous ayez fait circuler des plans modifiés sans mon aval. Au fait que votre homme soit mort parce que — si on en croit le rapport préliminaire — il a été laissé seul dans un secteur que vous deviez sécuriser.

Les mots flottèrent entre eux. Hartley sentit la colère monter, une chaleur familière dans la poitrine. Il la ravala avec effort.

— Hayes a été tué parce que le meurtrier connaissait nos procédures mieux que nos patrouilles, dit-il. Parce qu'il savait que l'équipe de maintenance passait à minuit moins dix, que le sergent Pike faisait sa ronde à minuit trente, et que le secteur Écho restait aveugle entre deux. C'est ce que vous devriez chercher, major. Pas des boucs émissaires.

Morrison se rejeta en arrière, un sourire mince aux lèvres.

— Vous croyez que je cherche un bouc émissaire ?

— Je crois que vous cherchez une explication qui ne vous implique pas.

Le silence s'étira. Morrison ouvrit un tiroir, en sortit une pipe qu'il se mit à bourrer avec une lenteur calculée. Il ne l'alluma pas. Il la garda entre ses doigts comme une arme.

— J'ai perdu des hommes, dit-il finalement. À la guerre, et après. Si vous pensez que je traite la mort de ce garçon comme une formalité administrative, vous vous trompez lourdement.

Il y avait quelque chose de sincère dans sa voix, mais Hartley ne savait plus faire confiance à son instinct. Brandt lui avait dit qu'il était utilisé. Que le système entier était contre lui. Que le message qu'il cherchait était dans les blancs, pas dans les mots.

Il changea d'approche.

— Où est Finch ?

— Finch est à Londres.

— Sur quelle autorisation ?

La pipe s'immobilisa dans la main de Morrison.

— Il a demandé un congé urgent. Raisons familiales. Le commandant adjoint à l'état-major a validé. Pourquoi cette question ?

— Il est parti sans m'en parler, sans passer par la chaîne de commandement habituelle de l'opération. Vous ne trouvez pas cela étrange ?

— Finch est un officier de liaison. Son rôle est de faire le pont entre nous et Londres. Si le commandement souhaite le rappeler, ce n'est pas à nous de le questionner.

Hartley eut envie de lui rappeler qu'ils étaient en état d'urgence, que Finch était le seul officier au courant des câbles opérationnels, que sa disparition laissait un vide dangereux. Mais il vit le mur. Morrison ne changerait pas de position — et peut-être ne le pouvait-il pas s'il s'agissait d'un ordre venu d'au-dessus.

Il se leva.

— Je vais rédiger mon rapport sur Hayes.

— Faites. Je l'attends d'ici demain matin.

Hartley fût à la porte quand Morrison ajouta :

— Encore une chose. J'ai trouvé votre montre.

Hartley se retourna. Morrison tenait sa montre — une Hamilton en acier — entre deux doigts, la faisant osciller légèrement.

— Elle était dans la salle de codage, dit Morrison. Sous le pupitre numéro quatre. Comment a-t-elle pu arriver là ?

Hartley regarda la montre. C'était bien la sienne. Celle qu'il avait perdue deux jours plus tôt, ou plutôt qu'on lui avait prise. Il l'avait laissée sur sa table de chevet en se couchant. Le lendemain matin, elle avait disparu.

— Où était Hayes posté quand il a été attaqué ?

Morrison fronça les sourcils.

— Le pupitre numéro quatre.

Le silence retomba. Morrison posa la montre sur le bureau, comme si elle était contaminée.

— Vous voulez prétendre que vous ne savez pas comment elle est arrivée là ?

— Je l'ai perdue avant la mort de Hayes. Je ne savais pas où elle était.

— C'est commode.

— C'est la vérité.

Morrison le fixa pendant un long moment, puis il poussa un soupir.

— Je vais la garder comme pièce à conviction pour l'enquête.

Hartley s'y attendait. Il sortit sans ajouter un mot.

La salle des transmissions était déserte quand il y retourna, après avoir rédigé son rapport dans son bureau. Les machines à chiffrer tournaient dans un ronronnement continu, leurs voyants clignotant dans l'obscurité. Il s'assit au pupitre numéro quatre — celui où Hayes était mort — et il tira la chaise vers lui. Elle était propre. Les hommes de Morrison avaient fait du bon travail.

Il ferma les yeux et essaya de reconstituer la scène. Hayes était ici, travaillant sur les transmissions de nuit. Quelqu'un était entré. Hayes n'avait pas donné l'alerte, n'avait pas appelé. Soit il connaissait la personne, soit elle était entrée avec une autorisation qui ne lui avait pas semblé suspecte. Les deux options étaient également inquiètes.

Il ouvrit les yeux. Son regard tomba sur le sol, près de la plinthe. Une petite éclaboussure, sombre, presque invisible contre le béton. Il sortit un mouchoir et s'accroupit, essuya rapidement. Quand il le ramena à la lumière, il vit une trace brunâtre. Le sang de Hayes ? Ou autre chose ?

Il replia le mouchoir et le mit dans sa poche.

— Capitaine ?

Hartley se retourna. Le caporal Whitaker se tenait dans l'encadrement de la porte, son visage jeune et nerveux dans la lumière bleutée des machines.

— On me dit que le major a ordonné une enquête.

— C'est le cas.

Whitaker hésita. Il regarda derrière lui dans le couloir, puis fit un pas dans la pièce.

— Capitaine, je voulais vous dire... à propos de mon frère. Le sergent Marshall du bureau des affectations m'a posé des questions. Il disait que quelqu'un avait signalé une anomalie dans mon dossier.

Hartley garda son visage neutre.

— Quelqu'un ?

— Je ne sais pas. Il a dit qu'il suivait une piste. Je ne sais pas d'où ça vient.

La mâchoire de Whitaker tremblait légèrement. Il semblait sincèrement effrayé. Mais Hartley se souvint de la carte de visite, du message dans sa chambre, de la précision avec laquelle le système l'avait guidé vers Whitaker.

Peut-être que c'était exactement le but. Le désigner comme seul coupable, pour que le vrai système continue de tourner.

— Ne vous inquiétez pas, dit Hartley. Nous allons clarifier cela.

Whitaker le remercia d'un signe de tête et disparut. Hartley resta seul dans la salle des transmissions, le mouchoir dans sa poche, la montre de Morrison gravée dans sa mémoire.

Il se souvint de ce que Brandt lui avait dit dans l'entrepôt, juste avant de sortir, quand il avait laissé le passeport sur la table :

*Tu creuses. Tu creuses si profond que tu ne vois plus la surface.*

*La taupe n'est pas une personne, Hartley. C'est un système. Et tu en fais partie.*

Il tourna la montre dans sa pensée. Quelqu'un l'avait prise dans sa chambre. Quelqu'un l'avait déposée près du corps de Hayes. Quelqu'un voulait qu'il la retrouve — ou bien voulait que Morrison la retrouve. Quelqu'un voulait qu'il doute de Whitaker, ou qu'il doute de Morrison, ou qu'il doute de lui-même.

Une chose devenait claire. Le jeu avait changé. Le tueur avait éliminé Hayes parce que Hayes avait vu quelque chose. Et maintenant, il laissait des indices — des indices trop parfaits, trop évidents, conçus pour le diriger vers une conclusion.

Hartley éteignit les lumières de la salle des transmissions. Dans l'obscurité, les voyants des machines continuaient leur lueur patiente, codant et décodant dans un langage que lui seul pouvait entendre.

Il gravit l'escalier vers la surface. La nuit berlinoise l'attendait, froide et indéchiffrable, pleine d'échos et de mensonges.