Le Fantôme dans le Fil
Lire le chapitre 11: The Second Note
La lumière du petit matin rampait sous le volet mal ajusté quand Hartley sentit le papier crisser contre sa joue. Il se redressa d’un bloc, la main déjà sous l’oreiller. Un rectangle de papier Kraft, plié en quatre. Il l’ouvrit avec des doigts qui ne tremblaient pas encore.
*Vous creusez votre propre tombe.*
Imprimé. Caractères machine, nets et sans aspérité. Pas de boucle de « y » tracée à l’encre, pas de pression particulière sur le « t ». Rien à comparer avec la note manuscrite qu’il avait trouvée une semaine plus tôt sous son carnet de service. Le message était nul. Ce qui comptait, c’était le changement de méthode. Un message manuscrit pouvait être écrit n’importe où, par n’importe qui. Une page imprimée supposait une machine à écrire. Et la seule machine à écrire de la base – hors communications chiffrées – se trouvait dans le bureau administratif du major Morrison.
Hartley resta assis un long moment, la note entre les doigts. Le camp dormait encore ; les canalisations geignaient dans les murs du petit bâtiment de la Royal Engineers. Quelqu’un était entré ici pendant qu’il dormait. Quelqu’un qui connaissait les rondes, l’horaire des sentinelles, et la serrure de sa porte.
Il se leva, enfila son pantalon, fit glisser la note dans la poche intérieure de sa vareuse. Puis il entreprit une inspection silencieuse de la pièce. Son lit était défait comme il l’avait laissé – presque. L’exemplaire de *Signal Training Manual* sur sa table était décalé de trois centimètres par rapport à la trace de poussière qu’il avait lui-même laissée, une habitude prise depuis Hayes. Sa brosse à dents dans son gobelet semblait intacte. Il n’y avait pas de fouille grossière, pas de tiroir retourné. Juste le papier sous l’oreiller. La précision d’un homme qui savait exactement où il dormait, et qui n’avait pas peur de le faire savoir.
Il s’habilla complètement, puis sortit dans l’aube grise. Le brouillard de la Spree roulait sur les toits du dépôt de carburant désaffecté qui servait d’entrée au tunnel. Par-dessus son épaule, il vit la silhouette de Whitaker faire les cent pas près du poste de garde. Le caporal leva la main, hésitant, comme s’il voulait parler. Hartley choisit de l’ignorer.
Il se rendit d’abord à son bureau. Un vieux bâtiment préfabriqué, moitié bois moitié tôle, qu’il partageait avec les plans et les registres de câblage. Sur sa table, rien de suspect. Il ouvrit son coffre, vérifia que le journal de bord des transmissions était toujours sous clé. Hayes avait été tué pour avoir accès à trop de choses sur papier. Hartley ne voulait pas finir comme lui.
À dix heures, il passa au mess prendre un café. Morrison y était, plié sur une tasse et un dossier. Le major leva les yeux et lui fit un sourire qui ne montait pas jusqu’à ses yeux.
— Vous avez une mine de déterré, Hartley. Mauvaise nuit ?
— Les canalisations, dit Hartley. Elles ont des humeurs.
— Ah, la plomberie. Le vrai fléau des armées de Sa Majesté.
Morrison reposa sa tasse. Il avait la main droite occupée à triturer le rabat de son dossier ; Hartley remarqua que la montre – sa montre, ce modèle Longines que sa femme lui avait offert avant de mourir – était bien au poignet du major.
— Vous avez des nouvelles de Finch ? demanda Morrison. On m’a dit qu’il avait dû partir pour Londres. Urgence familiale, apparemment. Dommage, il était sur le point de boucler ses rapports de câblage.
— Je n’ai pas été informé, dit Hartley.
— Il faudrait qu’on parle de tout ça. La mort de Hayes, ce foutu tunnel. La commission d’enquête s’impatiente, et elle aime les boucs émissaires.
Morrison lui laissa le temps de comprendre. Puis il se leva, lui donna une tape amicale sur le bras et sortit. Hartley resta seul, son café refroidissant entre les mains. La phrase résonnait encore : la montre. La montre de Morrison. Il l’avait vue disparaître de son propre poignet il y a quatre jours quand il l’avait retirée pour travailler sur les jauges du tunnel. Personne ne l’avait volée ; il s’en était souvenu en la retrouvant sous son lit, deux heures plus tard. Morrison était-il en train de le mettre en cause ? Ou d’attirer son attention ?
Hartley finit son café et revint à son bureau. Il ferma la porte à clé, tira le rideau de la seule fenêtre, puis sortit une pochette de papier brouillon du tiroir du bas. Il s’assit et commença à écrire.
Il ne s’agissait pas de vrai papier à notes. C’était du papier carbone usagé, qu’il récupérait dans les corbeilles des ateliers. Mais ce matin, il utilisa plusieurs feuilles pour couvrir son travail réel – d’abord des calculs techniques, des chiffres de câblage, de quoi faire illusion. Puis, sur une feuille séparée, il griffonna des coordonnées inversées. Fausses. Volontairement compliquées. Il ajouta une mention – très lisible, très explicite – sur une « nouvelle entrée à 800 mètres, profil sud », un détail faux de bout en bout. Il laissa la page apparente sur sa table. Il écrivit une seconde note, plus courte : « Entrée B annulée. Rejoindre P. au niveau du troisième regard. » Rien n’aurait pu passer le moindre examen réel. C’était le poison.
Il replaça le dossier dans son coffre, prit les feuilles destinées à la corbeille et sortit. Le vent du matin le saisit. Il marcha vers la zone des ateliers, passa devant le bâtiment des transmissions, et laissa tomber le paquet de feuilles dans une poubelle métallique à moitié pleine de graisse et de débris de câble. Il remit le couvercle en place, puis fit demi-tour.
Il n’avait pas fait trois pas que Whitaker l’interceptait, le visage pâle.
— Capitaine. Je dois vous parler.
— C’est à quel sujet, caporal ?
— Mon dossier. Vous l’avez consulté. Je le sais. Il y a des choses… qui ne sont pas exactes.
Hartley s’arrêta, le fixa. Whitaker semblait au bord du désespoir. Sa main droite tremblait autour de sa cigarette.
— Qu’est-ce qui n’est pas exact, Whitaker ?
— Mon frère. Ce qu’on vous a raconté. Mon frère est vivant. Mais il n’a pas été pris à Dunkerque. Ce qu’on vous a dit est faux.
Hartley attendit.
— Il est vivant, répéta Whitaker. Mais il fait partie des leurs.
Il leva des yeux qui cherchaient la compréhension. Hartley ne dit rien.
— Je veux dire… il est à Berlin-Est, capitaine. Il a tout quitté en 51. Il n’a pas été fait prisonnier. Il a choisi ce camp-là, pas celui-ci.
Il écrasa sa cigarette sous son talon.
— Si quelqu’un vous a dit que j’étais en contact avec lui, c’est un mensonge. Je ne lui ai pas écrit depuis deux ans. Je vous le jure.
Hartley hocha lentement la tête. Le cœur battant.
— Merci, caporal. Vous pouvez disposer.
Whitaker hésita, puis s’éloigna. Hartley regarda sa silhouette disparaître derrière les ateliers. Puis il tourna les talons et revint vers son bureau. Là, il ouvrit le carnet de service qu’il laissait toujours fermé à clé, griffonna une ligne, puis une seconde. Dans la marge, il nota : *Whitaker se trahit, ou se protège. La machine à écrire de Morrison est la seule en base. La question n’est pas qui, mais combien.*
Il replaça le carnet dans le coffre. Quelqu’un venait d’entrer dans le champ de sa fenêtre : le sergent Vance, la nouvelle seconde. Elle marchait d’un pas rapide en vers le poste de garde, un dossier sous le bras. Hartley nota son passage mentalement.
Ce soir, il irait brûler la note imprimée dans le poêle du mess. Mais d’abord, il voulait revoir la corbeille. Si le poison avait déjà fonctionné, quelqu’un l’aurait touché avant la tombée de la nuit. Il ne ferait pas le guet lui-même. Il ferait mieux : il installerait une mèche.
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