Le Fantôme dans le Fil
Lire le chapitre 17: The Midnight Flood
La pluie s'était arrêtée vers vingt-deux heures, laissant l'air chargé d'humidité et le sol glissant. Hartley se tenait dans l'ombre du poste de transformation électrique, à quarante mètres de la porte d'accès aux vannes de régulation des eaux du tunnel. Sa montre indiquait 23 h 57. Depuis trois heures, il n'avait pas bougé, seulement sa respiration formait de fines volutes dans l'air froid de la nuit berlinoise.
Son dos le brûlait, coincé contre le béton rugueux. Il força ses yeux à rester ouverts, écoutant le ruissellement des caniveaux et les bruits étouffés de la ville américaine au loin. L'adrénaline le maintenait debout, mais une lassitude profonde pesait sur ses épaules. Il revoyait le regard calculateur de Gray quand il l'avait libéré pour tendre ce piège. Le gamin gamblait avec sa liberté, maintenant il allait parier sa vie.
Un craquement. Léger, presque imperceptible. Hartley se figea.
Une silhouette se découpa contre le mur du fond, venant de la ruelle est. Elle avançait d'un pas feutré, dos courbé, une silhouette trop svelte pour être Lehmann. Hartley sentit son cœur battre plus vite. Il attendit que l'ombre s'approche de la boîte de contrôle des vannes, qui protégeait le système anti-inondation du tunnel. Le dispositif était conçu pour noyer trois cents mètres de galerie en moins de quatre minutes.
La silhouette s'accroupit. Une main gantée sortit un objet métallique—un détonateur, reconnut Hartley à sa forme familière. Les mains de l'homme tremblaient légèrement.
Hartley jaillit de l'ombre sans un bruit. Sa prise sur l'épaule du saboteur fut ferme, presque violente. L'autre sursauta, laissa tomber son sac. Le cliquetis métallique des outils résonna dans le silence.
Privé Lucas Gray tourna la tête, ses yeux blancs de terreur dans la pénombre.
— Hartley, je... putain de bordel.
Hartley lui tordit le bras derrière le dos, l'obligeant à se pencher. Sa voix était calme, glaciale.
— Tu es venu, Gray. Tu es juste venu.
Gray émit un rire nerveux, presque hystérique.
— Non, non, je peux expliquer. C'est pas ce que vous croyez. C'est Lehmann, il m'a payé, il m'a dit de venir cette nuit pour faire sauter les vannes, pour inonder le tunnel—je voulais pas, je vous jure, il me menace depuis que vous m'avez attrapé—
— Tais-toi.
Hartley le fouilla rapidement, trouva une deuxième charge explosive dans la poche de son pantalon. Sans un mot, il la jeta dans le canal d'évacuation à dix mètres de là, écoutant le plouf sourd qui l'accueillit. Il remit Gray sur ses pieds, lui maintenant une main dans le dos, pendant que l'autre serrait la radio qu'il n'avait pas utilisé.
— Combien ?
Gray avala sa salive. Son visage rougeaud luisait de sueur malgré le froid.
— Cinq cents dollars, dit-il d'une voix rauque. Payés en deux fois. La moitié en avance pour que je vous balance Lehmann, comme vous l'aviez demandé. L'autre moitié pour le sabotage de cette nuit.
Hartley le poussa contre le mur, son avant-bras contre sa gorge. La rage montait en lui, chaude et sourde.
— Tu étais au courant du plan de noyage ? Qui t'en a parlé ?
Gray secoua la tête, les yeux exorbités.
— Je sais pas. Un intermédiaire. Un contact que j'ai jamais vu. Lehmann, il passe par quelqu'un, je sais rien de lui, je vous le jure. Sa voix tremblait. C'est lui qui m'a donné le portrait de Hayes, le plan de sa chambre, les détails pour que vous me croyiez. Il m'a dit de jouer au témoin, il m'a dit que ça vous ferait chasser dans sa direction.
— Et pourquoi il ferait ça ? Si Lehmann est le vrai traître, pourquoi te payer pour me mettre sur sa piste ? Ça n'a pas de sens.
Gray hésita. Hartley vit le calcul fugitif dans ses yeux—le calcul d'un menteur pris en défaut. Puis le gamin craqua.
— Parce que, hoqueta Gray, parce que ce putain de Lehmann, il est peut-être pas le seul. Il m'a payé, ouais. Mais il m'a parlé d'un autre homme. Quelqu'un de votre équipe. Quelqu'un qui sait tout depuis le début. Lehmann m'a dit qu'il m'utilisait pour vous aveugler. L'autre, il vous piste, il vous double encore.
— Qui ?
— Je sais pas ! Lehmann ne vous l'a jamais dit à voix haute, jamais en face. Il a laissé un message, dans une planque. Je sais pas où, il me l'a jamais donné. C'est tout ce que j'ai.
Hartley recula d'un pas, sans relâcher complètement la pression. Son cerveau traitait les informations à toute vitesse. Lehmann l'exclusion de Whitaker et Morrison du calendrier, la montre volée, la falsification des preuves. Une odeur de manipulation trop soigneuse. Si Lehmann était le vrai traître, pourquoi prendre le risque de donner Gray comme faux témoin pour le pointé vers lui ? À moins que ce ne fût un sacrifice délibéré. Offrir un agent provoquateur pour embrouiller l'enquête, pour masquer la vraie taupe.
— Qui était ton contact pour cette nuit, Gray ? Directement. Lehmann ?
Le gamin toussa, cracha.
— Non. Un point mort. Près du port, comme vous avez dit pour la rencontre de demain. Mais il est venu plus tôt. La planque était déjà là quand je suis arrivé. Argent comptant, instructions écrites.
Hartley ferma les yeux pour une seconde, respirant le froid nocturne.
Ce que Gray venait de révéler correspondait à la rencontre prévue la veille. Lehmann avait avancé le calendrier sans avertir personne. Quelqu'un lui avait transmis la teneur du piège de Hartley avant même que le piège ne fût tendu. Son plan avait été compromis avant même d'avoir commencé.
Il jeta un regard vers la boîte des vannes. Dans la lumière intermittente du lampadaire voisin, il vit le détonateur abandonné, son arme mortelle à moitié connectée. Si Gray avait atteint sa cible, le tunnel se serait effondré sur lui-même sous la pression de l'eau. Trois mois de travail, huit hommes, tout détruit en trente secondes.
— Vous me croyez ? demanda Gray, rauque, vaincu.
— Je te crois sur Lehmann. Pas sur le reste.
Hartley le menotta au garde-corps métallique du canal, prit sa radio, et appuya sur le bouton d'appel.
— Control, ici Hartley. J'ai le saboteur en détention. Zone verte sécurisée.
La voix de l'opérateur revint, agacée.
— On vous reçoit cinq sur cinq, commandant. On attendait votre signal depuis vingt minutes.
Hartley coupa la connexion sans répondre. Vingt minutes de retard. Il chercha des yeux autour de lui, scrutant les toits, les fenêtres sombres des bâtiments en ruine. Quelque part, dans cette obscurité, quelqu'un l'observait peut-être encore. Quelqu'un qui savait qu'il était là, qui avait laissé Gray venir pour attirer son attention hors du vrai jeu.
Il pensa à Vance, à Morrison, à Finch. Leur visage passa tour à tour dans sa tête, aucun ne semblant convaincant. La vraie taupe savait se déplacer dans les ombres.
Il ne lui restait plus qu'une carte à jouer, et il venait de la brûler.
Gray se tourna vers lui soudain, tentant de se redresser.
— Il y a une chose. Lehmann, juste avant de me donner la dernière instruction, il a dit un nom. Il pensait que je ne savais pas ce que ça signifiait. Il a dit « la petite anglaise de la bibliothèque ».
Hartley se figea. Vance.
Il laissa la nuit s'installer autour d'eux, tandis qu'au loin, la ville américaine s'endormait sous les drapeaux étoilés, et que le silence du tunnel avalait le bruit de leurs respirations conspiratives.
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