Le Fantôme dans le Fil
Lire le chapitre 30: The Watch's Secret
La montre reposait dans sa paume, lourde et froide. Le boîtier en argent portait les éraflures d'une vie de service, le cadran figé à 4 h 12, l'heure de la mort de Hayes. Hartley la retourna, sentit le poids inhabituel, ce que Hayes avait dû sentir aussi avant de mourir pour elle.
Il s'installa à son bureau dans le réduit exigu de l'atelier, au-dessus de la station. La lampe à pétrole projetait des ombres dansantes. Cole la lui avait confiée sans un mot, un simple signe de tête qui en disait long. La confiance, après tout ce qui s'était passé avec Thomas, était une monnaie rare.
Hartley fit jouer le fermoir. Rien. Il inspecta le boîtier, passa le pouce sur la jointure. Là, une irrégularité presque imperceptible. Il sortit son couteau, glissa la lame dans l'interstice, fit levier. Le fond se détacha avec un clic sec, révélant une cavité bordée de feutrine.
Le microfilm était enroulé dans un étui de la taille d'une cartouche. Hartley le déroula sous la lampe, les grains de l'image granuleuse se dessinant en caractères dactylographiés. Une liste. Des noms, des adresses, des codes de signalement.
Quatorze agents soviétiques actifs à Berlin-Ouest.
Son souffle se figea. Hayes n'était pas seulement un opérateur infiltration – c'était un passeur. Il avait volé cette liste à la résidence soviette de Karlshorst, ou à quelqu'un qui y avait accès, et il avait payé de sa vie pour la porter à Cole. Ou à lui. Hartley n'en saurait jamais rien.
Il relut les noms. Certains étaient connus des services – des diplomates de second rang, des attachés commerciaux. D'autres, non. Un nom en particulier attira son regard : *Fedor Petrovich Morozov*, domicilié au 12 Kaiserdamm, employé au bureau des réparations de guerre. Une couverture parfaite.
Mais ce qui fit battre son cœur plus vite, ce fut le dernier nom de la liste, précédé d'un astérisque manuscrit, d'une encre différente : *Brandt*.
Brandt. Le déserteur qu'il avait fait passer à l'Ouest le matin même.
Hartley reposa la montre sur le bureau, les mains soudain moites. Brandt avait-il été une pièce du jeu de Hayes ? Un agent double lancé par les Soviétiques pour gagner sa confiance, pour saborder l'opération de l'intérieur ? Ou bien Hayes avait-il ajouté ce nom pour le protéger – pour lui indiquer que Brandt était un agent dormant, un atout à retourner ?
La radio grésilla sur le côté du bureau. Hartley tendit le bras, pressa l'écouteur contre son oreille.
— Capitaine, ici Baker. Transmission prioritaire.
— Parlez.
— Nous venons de capter un message chiffré de Karlshorst à destination de Moscou. Déchiffrement partiel. Le nom de Feodorov apparaît.
Hartley se redressa. Le général soviétique en colère, Feodorov qui menait l'enquête sur la fuite. Si Feodorov avait vent de la liste manquante, il comprendrait que sa taupe interne avait été compromise. Et il agirait.
— D'autres détails ?
— Pas encore. Le gradient est brouillé. Mais il y a un autre élément. Un mouvement de troupes.
— Où ?
— Staaken. Des renforts blindés arrivent au poste-frontière.
Staaken. L'avant-poste secret que son équipe avait installé à la lisière du secteur soviétique, celui que Morrison lui avait ordonné de maintenir en veille. S'ils étaient détectés là-bas, tout s'effondrerait – non seulement le tunnel, mais les semaines de travail, les vies risquées.
Hartley glissa le microfilm dans sa poche de poitrine, rangea la montre. Il attrapa sa vareuse.
— Baker, je veux une revue complète des fréquences de Staaken. Et dites à Morrison que je viens le voir.
— Il est parti à Berlin-Ouest, capitaine. Réunion avec le commandement américain.
— Alors laissez-lui un message codé. Dites-lui que Hayes a livré son dernier colis.
Il coupa la communication, enfila sa veste, sortit dans le couloir sombre du bâtiment de stockage. Le froid de la nuit berlinoise le saisit. Novembre. La ville était un corps convalescent, les traces des bombardements encore visibles dans la silhouette déchiquetée des immeubles.
Il avait besoin de Cole. Cole était la seule personne dans cette opération à qui il pouvait encore faire confiance sans réserve – ou presque. La liste allait changer la donne, mais elle révélait aussi une réalité inconfortable : quelqu'un, à l'intérieur de leur propre réseau, avait donné à Hayes accès à ces informations. Hayes avait été tué avant de livrer son message. Qui l'avait trahi ?
Le souvenir de Thomas, son frère, l'effleura comme une lame. Il chassa la pensée. Thomas était arrêté, en route pour Londres sous escorte. Mais d'autres restaient. Finch, l'assistant de Cole, avait été présent à l'arrestation. Et si Finch était resté loyal, d'autres officiers subalternes avaient eu des contacts avec Hayes.
Hartley traversa la cour, entra dans le bâtiment des transmissions. Cole était penché sur une table, un casque sur les oreilles, écoutant une bande. Il leva les yeux à l'entrée de Hartley, ôta le casque.
— Qu'est-ce que vous faites ici à cette heure ?
Hartley sortit la montre de sa poche, la posa sur la table.
— J'ai trouvé ce que Hayes portait.
Cole regarda la montre sans la toucher, puis leva des yeux interrogateurs.
— Une liste, poursuivit Hartley. Quatorze agents actifs à Berlin-Ouest. Et un nom en plus, annoté à la main.
Cole attendit, son visage fermé.
— Le nom de Brandt. Le déserteur que j'ai envoyé de l'autre côté ce matin.
Un silence. Cole prit la montre, la pesa, la fit tourner entre ses doigts.
— Vous pensez que c'est un agent double ?
— Je pense que Hayes a peut-être essayé de me prévenir. Que Brandt était un cadeau empoisonné, et qu'il est trop tard pour le récupérer.
Cole reposa la montre.
— Vous avez fait votre devoir, capitaine. Brandt était un déserteur soviétique ; si Hayes avait su, il l'aurait dit à Morrison.
— Hayes n'a parlé à personne. Il a été tué avant.
Cole hocha lentement la tête.
— Alors le risque est double. À la fois pour l'opération et pour vous. Vous avez des ennemis à Londres maintenant, avec l'histoire de votre frère.
Hartley tendit la main.
— La liste. Je vais la comparer aux fichiers de la station, voir qui a eu accès aux mouvements de Brandt.
Cole hésita, puis lui rendit la montre.
— Je vous donne vingt-quatre heures. Passé ce délai, je suis obligé de transmettre la liste à Morrison pour débriefing. Après ce qui s'est passé, je ne peux pas porter seul la responsabilité de compromettre quatorze agents soviétiques.
Hartley hocha la tête, rangea l'objet.
— Vingt-quatre heures. Ça suffira.
Il tourna les talons, la montre contre son cœur. Dehors, la sirène lointaine d'une ambulance traversa le silence de la ville occupée. Il pensa à Brandt, installé confortablement dans un appartement sécurisé de Zehlendorf, pensant avoir gagné sa liberté. Il pensa à Feodorov, quelque part dans les entrailles de la Karlshorst résidence, qui découvrait peut-être la liste disparue.
Deux hommes, deux côtés du même jeu. Et lui, pris au milieu, avec vingt-quatre heures pour résoudre une équation dont il ne connaissait pas encore toutes les variables.
Sous ses doigts, la montre semblait battre comme un cœur. Le cœur d'un mort qui refusait de se taire.
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