Le Fantôme dans le Fil
Lire le chapitre 31: The List
La poussière du plafond tomba sur la nuque de Hartley quand la porte blindée des archives se referma derrière lui. Il avait quatre heures restantes sur les vingt-quatre de Cole, et une liste de quatorze noms qui brûlait dans sa poche intérieure.
Le sergent Vance leva les yeux de son bureau, les sourcils froncés. « Capitaine, vous n'êtes plus censé— »
« Oubliez la procédure. » Hartley jeta la liste sur le métal froid. « Hayes est mort pour ça. Je veux chaque dossier de personnel de ces noms. Maintenant. »
Vance parcourut la liste, et son visage se vida. « Mon Dieu. Le secrétaire de l'ambassade ? Le marchand de tabac de la Kurfürstendamm ? »
« Et le portier de l'hôtel Adlon. Oui. » Hartley tira une chaise, la fit grincer contre le sol. « Je vérifie, vous collationnez. On a jusqu'à l'aube pour monter une opération propre. »
Les heures défilèrent dans un brouillard de café froid et de papier jauni. Quatorze noms, quatorze hommes et femmes qui avaient glissé des renseignements vers l'Est depuis des années. Trois d'entre eux travaillaient directement sous le nez de la brigade de Morrison. Le marchand de tabac, un dénommé Kessler, servait d'intermédiaire financier — les relevés de compte le prouvaient, si l'on savait où chercher. La secrétaire, une certaine Fräulein Brandt, photocopiait les ordres de mission avant qu'ils n'atteignent les mains des agents.
« Kessler vient de bouger », annonça Vance, un écouteur collé à l'oreille. « Il a pris une voiture, direction l'aéroport de Tempelhof. »
Hartley consulta sa montre. Deux heures du matin. « On y va. Je veux une équipe de quatre hommes à l'aéroport, deux autres qui ferment la boutique de Kessler à Mitte. On le prend vivant. »
L'opération fut d'une propreté chirurgicale. Kessler s'effondra dans le hall des départs, menotté, sans un mot, ses valises remplies de dollars et de listes de microfilms compromettants. Deux autres agents furent arrêtés dans la même heure — une dactylo du quartier général allié et un sergent de la police militaire française. À cinq heures du matin, six des quatorze noms étaient sous les verrous, et les autres étaient en fuite ou sous surveillance.
Hartley s'appuya contre le capot d'une jeep, la fatigue cognant dans ses tempes, un goût de cuivre dans la bouche. Il n'avait pas dormi depuis deux jours. Mais ça marchait. Hayes n'était pas mort pour rien.
La radio de sa hanche grésilla soudain, la voix du lieutenant Fischer hachée par les parasites : « Capitaine, ici le poste avancé. Contact radio urgent — intercepté... Canal civil... »
« Allez-y, Fischer. »
Un silence. Puis : « Un convoi de trois véhicules non identifiés a quitté le quartier de Köpenick il y a vingt minutes, cap à l'ouest. L'écoute a capté le mot « tunnel ». Ils foncent droit sur nous. »
Le sang de Hartley se glaça. Köpenick — secteur soviétique. Les commandos de Feodorov.
« Combien de temps ? »
« Quarante minutes, peut-être moins. »
Hartley jeta sa cigarette. « Faites évacuer les techniciens et verrouillez l'entrée. Je suis sur place dans dix minutes. »
La course dans les rues de Berlin à trois heures du matin fut une séquence hachée de phares et de pavés. Hartley conduisait lui-même, Vance cramponné au tableau de bord, deux hommes à l'arrière qui armaient leurs pistolets-mitrailleurs. Quand ils atteignirent l'entrepôt qui dissimulait l'entrée du tunnel, l'équipe de Fischer avait déjà dressé un barrage de sacs de sable autour du portail.
« Ils ont coupé les communications avec la surface », rapporta Fischer, le visage luisant de sueur malgré le froid. « On n'a plus que la radio portative. »
Hartley sourit, sans joie. « Alors on leur fait un comité d'accueil. »
Les minutes s'égrenèrent comme du sable dans un sablier brisé. Hartley posta ses hommes derrière les barricades, contre les murs, dans les ombres de l'entrepôt. Il vérifia son arme, une Sten à l'usure rassurante. Son épaule le brûlait encore de la vieille blessure, mais il n'y pensa pas.
Le premier bruit de moteur lui vrilla les oreilles à trois cents mètres. Puis les phares d'une Opel blindée percèrent la brume du petit matin. Derrière, deux camions bâchés.
« Personne ne tire avant mon ordre », murmura Hartley dans sa radio. « On veut les voir à découvert. »
L'Opel s'arrêta à cinquante mètres du portail. Ses portières s'ouvrirent, et des hommes en tenue civile en descendirent, des armes automatiques dans les mains. Ils n'étaient pas en uniforme. Officiellement, ils n'existaient pas.
Le silence dura trois secondes — un siècle.
Puis un des commandos leva la main, et tout le groupe se mit à courir vers l'entrepôt.
« Feuer ! » cria Hartley, passant à l'allemand.
La Sten claqua contre son épaule, le recul secouant sa mâchoire. Les balles tracèrent un arc de feu dans la pénombre. Un des commandos s'effondra. Les autres se dispersèrent, ripostant depuis l'abri des véhicules. L'Opel cracha des rafales lourdes — une mitrailleuse de bord, montée en secret.
« Hartley, à gauche ! » hurla Vance.
Hartley plongea derrière un fût d'huile au moment où une rafale déchiqueta le mur derrière lui. Des gravats pleuvaient sur sa nuque. Il rampa, le cœur cognant à tout rompre, et tira à l'aveugle dans la direction de la mitrailleuse. Un cri. La rafale cessa.
Puis une douleur blanche explosa dans sa jambe gauche, et le monde culbuta dans une cacophonie de bruit et de rouge. Il tomba lourdement, la Sten lui échappant des mains. Quand il releva la tête, le commandant soviétique était à quinze mètres, son pistolet levé, visant son crâne.
Un coup de feu déchira l'air. Le commandant tituba et s'écroula, et Hartley vit Vance abaisser son arme, une fumée grise s'échappant du canon.
Les tirs s'espacèrent, puis cessèrent. Le silence s'abattit sur l'entrepôt, brisé seulement par la plainte des blessés et le crépitement des flammes d'un camion en feu.
Hartley se redressa à moitié, la douleur le transperçant de la cheville jusqu'à la hanche. Sa jambe était trempée, une tache sombre s'étendant sur son pantalon. Il contempla la scène — les corps immobiles, l'Opel abandonnée, le portail encore intact.
Le tunnel était sauvé.
Il s'effondra contre le fût d'huile, le souffle court, la radio de Vance grésillant dans un brouillard lointain. La voix de Fischer, hachée : « ...des renforts nord-allemands arrivent dans vingt minutes... »
Hartley ferma les yeux. Quatorze agents derrière les barreaux. Un commando anéanti. Le tunnel intact. Mais dans le rouge de ses paupières closes, il entendait encore les premiers mots de Thomas au fond du tunnel : *Tu es déjà mort, Will. Tu ne le sais pas encore.*
Et pour la première fois, il crut que son frère avait peut-être raison.
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