Le Fantôme dans le Fil
Lire le chapitre 34: The Tunnel's End
La lumière du matin filtrait à travers les stores de la fenêtre de la chambre d'hôpital quand Vance entra, une liasse de papiers sous le bras. Son visage était tendu, mais il y avait quelque chose de nouveau dans sa posture — une autorité qui ne lui appartenait pas encore tout à fait.
« C'est officiel, William. » Il déposa les papiers sur la table de chevet. « Le commandement allié a donné l'ordre de sceller le tunnel dans les quarante-huit heures. »
Hartley s'assit lentement, sa jambe bandée lui rappelant sa vulnérabilité. Il avait connu cette décision depuis qu'il avait vu arriver le télégramme chiffré la veille au soir, mais l'entendre formulée ainsi lui fit l'effet d'un coup de poing.
« Pourquoi maintenant ? » demanda-t-il, bien qu'il connût déjà la réponse.
« Politique. Les Russes ont protesté auprès du gouvernement fédéral — pas officiellement, bien sûr. Une note vague sur des "violations répétées de l'espace aérien". » Vance haussa les épaules. « Ils savent. Ils veulent que nous sachions qu'ils savent. Adenauer veut l'apaisement, et Washington ne va pas sacrifier la détente pour un trou dans la terre. »
Hartley ferma les yeux. Trois ans de travail. Des kilomètres de câbles, des tonnes de béton et de soie, des centaines d'hommes qui avaient risqué leur vie dans des conditions impossibles. Et maintenant, on allait remplir tout cela de gravats comme un secret honteux.
« Je veux superviser la démolition », dit-il.
Vance le regarda, surpris. « Tu es blessé. Et suspendu. »
« Précisément. Donne-moi quelque chose à faire avant qu'ils ne décident de me jeter dehors définitivement. Je connais ce tunnel mieux que personne. Si on doit le détruire, je veux m'assurer que c'est fait correctement — et que rien n'est laissé derrière. »
Le commandant adjoint hésita, puis hocha la tête. « Le médecin te libère demain matin. Je te donne accès au site jusqu'au coucher du soleil. Après ça, c'est à la section de démolition. »
Hartley savait que ce n'était pas tout. Vance avait encore quelque chose à dire, quelque chose qu'il tournait dans sa bouche comme un noyau de fruit.
« Mais il y a une condition », ajouta Vance. « Je veux que tu fasses un rapport complet sur ce que Hayes t'a laissé. Officiel. Avant de mettre le pied dans le tunnel. »
Le silence s'épaissit entre eux.
« C'est Cole qui te demande ça ? »
« C'est moi qui te le demande. » Vance croisa les bras. « Je comprends ce que Hayes représentait pour toi. Mais il y a des règles, William. Et des gens qui se posent des questions sur tes priorités. »
Hartley sourit amèrement. « Ils peuvent se les poser. J'ai la conscience claire. »
« Fais-le quand même. Pour moi. »
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Le lendemain, Hartley descendit les escaliers de l'entrepôt avec le pas prudent d'un homme dont la jambe n'était pas encore tout à fait remise. Les hommes de la section de démolition l'avaient déjà précédé, mais ils attendaient son ordre avant d'activer les charges autour de la station d'écoute.
Il avait rédigé son rapport — un document sec et factuel sur les quatorze noms, les rouleaux de fil, les arrestations. Rien sur Hayes. Rien sur Greta. Rien sur le marqueur KGB qu'il avait trouvé dans sa veste lorsqu'il était retourné à sa chambre d'hôpital pour récupérer ses affaires avant sa sortie.
Ce petit morceau de métal gravé d'un corbeau et d'un marteau, il l'avait glissé dans la poche intérieure de son manteau. Il ne savait pas encore pourquoi. Mais quelque chose dans sa tête refusait de le laisser partir.
À l'intérieur du tunnel, la température était fraîche, presque celle d'une cave. Les câbles couraient encore le long des parois, les amplificateurs bourdonnaient dans une fréquence à peine audible. Pour Hartley, c'était le son de vies sauvées — et de vies perdues.
« Commencez par le système d'écoute », ordonna-t-il aux techniciens qui l'accompagnaient. « Détachez chaque câble, retirez les bobines. Rien ne doit rester. »
Le travail était méthodique, presque rituel. Les hommes s'affairaient avec une précision militaire, et Hartley descendait la longueur du tunnel pour la dernière fois, une lampe torche à la main, vérifiant chaque recoin. Il passait sa main sur les parois de métal, les sectionneurs, les jonctions dont il connaissait la position exacte.
C'est alors qu'il le vit.
À mi-chemin du tunnel, près du point de jonction avec un système d'égout désaffecté — un endroit que Hayes avait choisi précisément pour sa discrétion, son angle de vue, sa ventilation naturelle — Hartley remarqua une légère protubérance à la base du mur de soutènement. Trop petite pour être structurelle. Trop régulière pour être accidentelle.
Il s'accroupit, la douleur dans sa jambe lui rappelant de ne pas précipiter le mouvement. Du bout des doigts, il effleura la surface du métal, sentit un léger jeu. Il farfouilla dans sa poche, en sortit un couteau suisse, et fit levier délicatement sur la plaque.
Le couvercle céda avec un déclic à peine audible.
À l'intérieur se trouvait un petit appareil circulaire — à peu près la taille d'un bouton de manchette — enveloppé dans une gaine de caoutchouc. Un microphone directionnel KGB de fabrication récente, conçu pour être alimenté par les vibrations ambiantes. Il pouvait taper dans la paroi métallique avec une précision suffisante pour capter une conversation — si l'opérateur savait exactement où le placer.
Hartley le retourna dans sa paume. Un numéro de série était gravé sur le côté : 27-B-44.
Le souffle court, il regarda autour de lui. Les techniciens étaient encore à l'autre extrémité du tunnel, trop occupés à débrancher les équipements d'enregistrement pour prêter attention à ce qu'il faisait. Il glissa l'appareil dans sa poche, referma la plaque, et se releva avec un effort discret.
La pensée lui vint, froide comme l'acier : Hayes était mort pour ce tunnel. Il avait localisé les quatorze agents à partir du microfilm caché dans une montre. Mais ce microphone — ce n'était pas dans le film. Ce n'était dans aucun rapport. S'il avait été là depuis le début, il aurait dû être détecté par les balayages de sécurité. Sauf si quelqu'un l'avait placé après la dernière inspection.
Il y avait un nid de taupes à l'intérieur même de son projet — non pas dans les rangs ennemis, mais derrière lui. Quelqu'un avait autorisé l'accès de Feodorov au tunnel. Quelqu'un savait où frapper.
« Alors, capitaine ? »
Hartley se retourna. Thomas, le jeune soldat qui avait découvert Hayes mort, le regardait, un chargeur de dynamite dans les bras.
« Nous avons fini de retirer les écoutes », dit Thomas. « Vous voulez que nous activions les charges ? »
Hartley regarda une dernière fois les murs du tunnel, ces murs qu'il avait tant lutté pour défendre. Il hocha la tête, la gorge serrée.
« Activez-les. »
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Dehors, dans l'air froid de l'après-midi, Hartley regarda les détonations successives anéantir ce qu'il avait construit. Chaque explosion était étouffée par le béton, un murmure puissant qui soulevait la poussière de la rue comme une vague invisible. Quand le silence revint, il n'y avait plus que de la terre effondrée, de la roche concassée, un souvenir scellé sous Berlin.
Il frotta le microphone dissimulé dans sa poche. Il devait trouver qui l'avait placé là. Il devait découvrir qui avait trahi Hayes, qui avait trahi l'opération, qui avait peut-être permis que la nouvelle de la mort de Hayes atteigne Feodorov avant même que Hartley ne le découvre.
Morrison, le directeur de la station CIA, lui semblait soudain beaucoup moins fiable qu'avant. L'homme qui l'avait poussé à enquêter, qui l'avait mis sur la piste des quatorze agents, qui semblait toujours en savoir un peu plus qu'il ne le disait.
Hartley sortit son carnet noir de sa poche — celui qu'il avait commencé après la mort de Hayes. Il y écrivit un nom : « Morrison. » Puis il écrivit dessous : « 27-B-44. »
Le marqueur KGB se trouvait dans sa veste. Le microphone dans sa poche. Hayes mort dans sa tête. Demain, il irait confronter Morrison — mais avec un plan bien précis : il ne lui révélerait l'existence du microphone qu'après avoir obtenu une explication. Il était temps de cesser d'être la marionnette et de tirer les fils.
Il glissa le carnet dans sa poche intérieure et se tourna vers Berlin, les dernières lueurs du soleil embrasant l'horizon derrière la silhouette de la porte de Brandebourg.
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