Le Fantôme du Chancelier
Lire le chapitre 14: The Other Copy
Le bruit du clavier de Priya lui parvenait depuis la cuisine, un cliquetis régulier comme une horloge. Eleanor fixait l'écran de l'ordinateur portable posé sur la table basse, les yeux brûlants de fatigue. Elle avait passé trois heures à naviguer dans le système de catalogage de la bibliothèque universitaire, cherchant la moindre référence secondaire qui pourrait confirmer les allégations du journal de Thorne.
Chaque tentative se heurtait à un mur. *Accès refusé. Autorisation requise : niveau 4.* Le nom du chancelier Emsworth, autrefois si facile à trouver dans les index, semblait désormais frappé d'un embargo numérique invisible. Même les thèses de doctorat antérieures à 1990, normalement ouvertes à tous les chercheurs, affichaient des restrictions bizarres.
« Merde », murmura-t-elle.
Priya passa la tête dans l'embrasure. « Toujours bloquée ?
— C'est comme si quelqu'un avait passé un aspirateur sur les métadonnées. Le catalogue dit que les documents existent, mais chaque fiche donne accès à une page d'erreur. »
Priya s'approcha, une tasse de thé à la main. « Tu as essayé le portail des bibliothèques municipales ? Tu disais que c'était hors du réseau universitaire.
— Le portail public est en ligne, mais leur numérisation est incomplète. Les registres paroissiaux et municipaux ne sont pas indexés numériquement avant les années 1850. Je devrais me déplacer physiquement.
— Et te montrer au grand jour ? Pas une bonne idée. »
La sonnette de l'appartement retentit. Les deux femmes échangèrent un regard. Priya posa son thé et se dirigea vers l'interphone, marchant sur la pointe des pieds comme si cela pouvait la rendre invisible.
« Qui est-ce ? demanda-t-elle dans le combiné.
— Madame Chen ? Non, c'est le service de livraison de Fenwick & Co. J'ai un colis pour l'appartement 3B. »
Priya baissa le combiné. « Tu as commandé quelque chose ? »
Eleanor secoua la tête. Priya hésita, puis appuya sur le bouton d'ouverture. Deux minutes plus tard, un jeune homme en casque de vélo apparut sur le palier, un carton plat sous le bras. Il l'adressa à Priya, qui signa d'un air méfiant et referma la porte.
Le carton portait le logo de Fenwick & Co – une papeterie ancienne du centre de Cambridge. Priya l'ouvrit avec précaution. À l'intérieur, un livre relié de cuir vert foncé, sans titre. Une carte manuscrite glissa sur la moquette.
Eleanor la ramassa. Une écriture fine, presque féminine, avec une boucle élégante sur les « f » :
*Certaines choses ne peuvent être consultées qu'en personne. La chapelle du Collège de la Trinité, côté sud, registre des sépultures, volume III. Interrogez le sacristain. Demandez la clé du cyprès.*
Pas de signature.
« C'est un piège, dit Priya, les bras croisés. Qui sait que tu es ici ?
— Personne. Sauf toi. Et... » Eleanor se tut. Marcus, peut-être. Mais comment aurait-il pu obtenir son adresse ?
« Et ce type de la firme qui t'a poignardé dans le dos une fois déjà ?
— Il ne m'a pas poignardée. Il a changé de camp.
— Tu le crois ? »
Eleanor tourna la carte entre ses doigts. « Je ne sais pas. Mais ce livre... » Elle feuilleta les pages vierges du volume cartonné. Attendez. Il y avait des annotations manuscrites, des renvois de bibliothèque, écrits à l'encre bleue. « C'est un catalogue privé. Quelqu'un a compilé des références sur Emsworth. »
Elle parcourut les pages, cherchant des mots-clés. *Thorne, journal, correspondance. Emsworth, cause de décès, controverse.* Sous cette dernière entrée, quelqu'un avait écrit : *Registre des sépultures, chapelle de la Trinité, entrée du 14 mars. Indication précise – le médecin du chancelier a consigné « venin » en marge de la cause officielle.*
Venin. Poison.
Eleanor relut la phrase à voix haute. Priya s'assit lentement sur le canapé.
« Le journal de Thorne prétendait que le chancelier avait été assassiné, dit Eleanor. Poignardé ou empoisonné, il n'en était pas sûr, mais il notait que le corps avait été préparé trop vite pour l'inhumation, comme si on voulait éviter un examen approfondi. »
Priya prit le livre, l'ouvrit à une autre page. « Il y a une autre entrée. *Sarah Chen, accès badge, incident du feu. Vide. Non – suppression volontaire.* »
Le sang d'Eleanor se glaça. « Cette personne a accès aux logs de la sécurité. »
« Qui que ce soit, dit Priya en reposant le livre, elle est de notre côté ou elle joue un double jeu très élaboré. »
Le texte de la carte, « la chapelle du Collège de la Trinité », la fit réfléchir. La Trinité était le collège rival de St. Cuthbert, mais partageait son histoire – et son cimetière. Si le chancelier Emsworth avait été enterré dans la chapelle de la Trinité, ce n'était pas dans les registres de St. Cuthbert. Une omission pratique : un scandale pouvait être dissimulé entre les deux institutions.
« On y va, dit Eleanor.
— Tu es sérieuse ? Si c'est un appât…
— Qui que soit cette personne, elle a des accès privilégiés et elle nous a envoyé un catalogue privé impossible à trouver en ligne. Si elle voulait nous piéger, pourquoi nous donner des renseignements ? Un appât n'a pas besoin d'être aussi précis. »
Priya soupira, ramassa ses clés. « Trinité est à vingt minutes. Mais après le couvre-feu, les chapelles sont fermées. Nous devrons passer par le sacristain résident. »
Elles empruntèrent les ruelles derrière les collèges, évitant les rues principales bordées de réverbères. La chapelle de la Trinité dressait sa silhouette gothique contre un ciel sans lune. Eleanor frappa à la porte du logement du sacristain, une petite porte en chêne nichée dans l'ombre du porche.
Un homme âgé, en chemise de nuit et peignoir, ouvrit. « Oui ? »
Eleanor montra la carte. « On m'a dit que vous pourriez nous prêter la clé du cyprès. »
L'homme examina la carte, puis la rendit. « Suivez-moi. »
Il les guida à travers une porte latérale, allumant des lampes à huile anciennes avec une précision économe. La chapelle était immense, ses voûtes perdues dans l'obscurité. L'odeur d'encens et de pierre humide emplissait l'air.
Le registre des sépultures – volume III – reposait sur un pupitre bas dans la chapelle latérale sud. Eleanor l'ouvrit avec précaution, parcourant les pages craquelées jusqu'à mars de l'année de la mort du chancelier.
L'entrée d'Emsworth figurait au milieu du folio, écrite d'une encre plus sombre que les autres. *Édouard Emsworth, chancelier. Cause : fièvre putride.* La main officielle avait écrit les mots d'un trait appliqué. Mais en marge, d'une écriture plus rapide, plus nerveuse, quelqu'un avait griffonné quatre lettres :
*ven.*
Venin. La date de l'inhumation, notée le lendemain du décès, deux jours avant que la coutume universitaire ne le permette. Eleanor photographia la page avec son téléphone, baissa l'appareil.
« Le journal avait raison. Le chancelier n'est pas mort de la peste. »
Priya regardait par-dessus son épaule, silencieuse.
Le sacristain les reconduisit vers la porte. Avant qu'elles ne sortent, Geoffrey — c'est écrit sur son badge —, il posa une main sur le bras d'Eleanor. « Vos yeux ressemblent à ceux du docteur Whitmore. Je l'ai vu, trois ans, il est venu ici pour la même page. Lui aussi voulait la vérité sur Emsworth. C'est lui qui m'a demandé de déplacer le registre à la chapelle latérale, hors de l'index principal. »
Eleanor sentit un pincement dans la poitrine. « David Whitmore a vu cet enregistrement ? »
Le vieil homme acquiesça. « Il m'a dit que si quelqu'un venait un jour, porteur de la carte que je vous ai remise, je devais lui montrer le registre et lui dire ceci : "Le corps a été volé avant l'inhumation. Les restes d'Emsworth ne sont jamais arrivés dans cette chapelle. Ce que vous cherchez n'est pas enterré ici." »
Il referma la porte. Eleanor resta figée sur les marches du porche, le vent froid soulevant ses cheveux.
Le corps volé. Si la dépouille du chancelier n'était jamais arrivée à la chapelle, cela expliquait la hâte de l'enterrement – il n'y avait jamais eu de cercueil. Et les recherches de David l'avaient mené à la même découverte, juste avant sa disparition.
Eleanor sortit son téléphone et, après une hésitation, composa un message codé qu'elle savait que Marcus reconnaîtrait – une référence au vers de Dante qu'ils avaient partagé au bar, il y a des semaines, avant tout cela. *Le sel de la terre sait où le corps repose. Chapelle de la Trinité, crypte. Minuit. Viens seul.*
Elle appuya sur envoyer vers le numéro qu'elle avait mémorisé, incapable de savoir si ce message atteindrait son destinataire ou une tombe numérique de la firme.
« Tu es sûre ? demanda Priya.
— Non. Mais si David a laissé quelque chose, c'est là-dessous. Quelqu'un doit aller le chercher. Et ce ne sera pas Winterhollow. »
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.