Le Fantôme du Chancelier
Lire le chapitre 24: The Betrayal
Le téléphone de Marcus vibra sur la table de la chambre d’hôtel, une pulsation insistante qui trancha le silence de la nuit. Eleanor dormait, recroquevillée sur le lit étroit, les deux journaux sous l’oreiller comme un secret d’enfant. Marcus décrocha sans réfléchir, par réflexe, et le visage de Winterhollow apparut sur l’écran.
« Vous avez six heures, monsieur Vance. Mais j’ai pensé que vous méritiez une démonstration plus… personnelle. »
L’image bascula. Sa mère, les mains liées au dossier d’une chaise en bois, un bandeau de tissu sur la bouche. Ses yeux écarquillés, humides, trouvèrent la caméra comme s’ils cherchaient son fils à travers le verre. Quelque chose tomba au fond de l’estomac de Marcus, lourd et froid.
« Elle respire encore, » dit Winterhollow, hors champ. « Pour l’instant. Voici le nouvel accord. Vous livrez les deux journaux. Pas de copies, pas de trahison. Vous trahissez Eleanor Ashworth, et votre mère vit. Vous refusez, et je vous envoie sa tête dans un sac de sport. La vidéo est prête pour la postérité. »
« Pourquoi les deux ? » La voix de Marcus craqua. « Vous n’en avez besoin que d’un. »
« La prudence. L’original et la copie du chancelier. Et vous détruirez toute preuve matérielle qui pourrait être reconstituée. Le proctor nous a appelés, par coïncidence. La technologie moderne, n’est-ce pas ? Nous savons où vous êtes. Ne me faites pas attendre, Vance. Minuit pile, l’ancien moulin de Grantchester. Seul. »
La communication se coupa. Marcus resta là, le téléphone brûlant dans sa main, le regard fixé sur le reflet sombre de son propre visage dans l’écran noir.
Eleanor se retourna dans son sommeil, un souffle à peine audible. Il regarda le renflement sous l’oreiller, la courbe d’un angle du journal original. L’histoire pesait sur sa poitrine comme une dalle funéraire. Les ancêtres d’une reine. Une terre volée, des vies effacées, un mensonge de plusieurs siècles. Et de l’autre côté, le visage de sa mère, les mains liées, le silence sous le bandeau.
Il n’y avait pas de choix. Pas vraiment. Il avait toujours su lequel il ferait, dès l’instant où il avait vu les larmes.
Eleanor dormait comme les morts, épuisée par les tunnels, la fuite, l’adrénaline qui s’était dissipée trop vite. Marcus s’agenouilla près du lit, glissa la main sous l’oreiller d’un geste lent, presque respectueux. Le premier journal – celui du chancelier, la confession originale – pesait lourd. Le second, celui qu’ils avaient cru être la révélation jusqu’à trouver l’autre, plus ancien, plus féroce.
Il trouva le petit appareil de numérisation dans le sac d’Eleanor, celui qu’elle utilisait pour ses conférences. Page après page, la lumière blanche passa sur le papier jauni, avalant les mots filigranés, les signatures, les preuves. Chaque clic de l’obturateur silencieux résonnait dans sa tête comme un coup de marteau.
Quand il eut fini la copie du second journal, il envoya le fichier via une connexion sécurisée à l’adresse que Winterhollow avait laissée. Puis il se tourna vers le premier journal – la confession d’Emsworth, celle qui prouvait l’authenticité de tout. Ses mains tremblèrent. Eleanor avait fait des copies, avait-elle dit ? Pour sa conférence. Mais celle-ci, l’originale…
Il ouvrit le carnet à la page du milieu, là où Eleanor avait annoté la marge d’une écriture serrée et enthousiaste. Il déchira lentement, méthodiquement, les pages clés qui reliaient le nom d’Emsworth aux preuves physiques. Celles qui rendaient le document irréfutable. Trois pages, quatre. Les lambeaux passèrent dans la cuvette, l’eau les avala en hurlant à peine.
Marcus écrivit une note au dos d’un reçu d’hôtel. Sa plume hésita sur la première phrase, puis la vérité coula comme du sang. « Eleanor, je suis lâche. Ils ont ma mère. J’ai fait une copie du journal original et je détruis les pages clés. Je leur livre les journaux. Pardonne-moi si tu peux. Ne me suis pas. »
Il glissa le mot sous la porte de la salle de bains, assez visible pour qu’elle le voie au réveil. Deux journaux sous son bras – l’original du chancelier, et la copie du second qu’il avait faite pour mieux trahir. Il sortit dans le couloir du petit hôtel de Cambridge, l’aube encore lointaine, et prit un taxi vers Grantchester.
À mi-chemin, son téléphone vibra. Un message d’Eleanor. « Je ne dors pas. J’ai vu ce que tu as fait. Tu crois que je ne vérifie pas mes sacs ? La copie est déjà entre mes mains. Le vieux journal aussi. Tu m’as livré une copie vide, Marcus. Protège-toi. C’est un piège. Ils veulent toi ET moi. Ils ne te laisseront jamais partir vivant. »
Marcus regarda les deux documents sur ses genoux. Le silence de la nuit de Cambridgeshire s’abattit sur lui comme une chape. Le taxi roulait vers le moulin, vers sa mort peut-être, et Eleanor – qu’il avait trahie pour sauver sa mère – venait de lui rendre la seule chose qu’il méritait : la vérité.
Le moulin apparut dans les phares, squelette noir contre un ciel qui commençait à pâlir.
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