Le Fantôme du Chancelier
Lire le chapitre 27: The Bursar's Desperation
Le couloir du collège sentait la cire et le papier brûlé, souvenir du carnage des serveurs. Eleanor marchait d'un pas ferme vers le bureau du bursar, son téléphone en mode enregistrement glissé dans la poche de sa veste, le micro orienté vers l'extérieur. Marcus la suivait à trois pas, le bras bandé sous sa chemise, le visage pâle mais déterminé.
Elle frappa deux coups secs.
« Entrez. »
La voix de Whitmore était lasse, presque résignée. Eleanor poussa la porte. Le bureau était impeccable, comme si rien ne s'était passé — pas de cendres, pas de fumée, pas de traces du chaos qu'il avait ordonné. Le bursar était assis derrière son bureau, les mains croisées, une tasse de thé refroidi à portée de main. Il leva les yeux, et son visage se décomposa en la voyant.
« Docteur Ashworth. » Il se leva à moitié, puis se rassit, comme si ses jambes refusaient de le porter. « Je... je ne m'attendais pas à vous voir ici. »
« Vous avez brûlé mes documents, monsieur Whitmore. Vous avez engagé des hommes pour détruire mon travail. Vous avez ordonné la purge des serveurs du collège. » Eleanor s'avança, laissant le silence peser entre chaque accusation. Whitmore ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. « Alors non, je suppose que vous ne vous attendiez pas à me voir. Mais je suis là. Et vous allez me dire la vérité. »
Les mains de Whitmore tremblaient légèrement. Il les cacha sous le bureau. « Je ne sais pas de quoi vous parlez. »
« Cessez ce jeu. » Eleanor sortit son téléphone, non pas pour l'enregistrer — il fonctionnait déjà — mais pour montrer un extrait du cache email. « "Demandez à la firme de régler le problème. Les archives doivent disparaître." Signé de votre adresse, daté de trois jours avant l'incendie. »
Whitmore blanchit. Il fixa l'écran comme s'il s'attendait à ce qu'il prenne feu, puis ferma les yeux. Pendant un long moment, il ne dit rien. Eleanor entendait Marcus respirer derrière elle, lent et régulier. Le silence était lourd, chargé de toutes les années que cette confession allait détruire.
« Le journal », murmura finalement Whitmore. « Vous ne comprenez pas ce qu'il contient. »
« J'en comprends très bien le contenu, monsieur Whitmore. C'est moi qui l'ai déchiffré. Le chancelier fondateur a usurpé des terres monastiques. Les ancêtres royaux y étaient impliqués. La charte de fondation de St. Cuthbert est basée sur un mensonge. »
Whitmore hocha la tête, lentement, comme un homme qui accepte une sentence. « Ce journal aurait détruit le collège. Les bourses, les legs, les dotations... Notre famille a donné à St. Cuthbert depuis sa fondation. Ma famille. Mes ancêtres. » Il s'étrangla presque sur le mot. « Tout ce que nous avons construit depuis des générations, tout ce que mon père et mon grand-père ont protégé... une seule page de ce maudit journal et tout s'effondre. Le collège est insolvable à 80 %. La reine... elle pourrait retirer sa charte. Nous serions dissous. »
« Alors vous avez choisi de tuer. »
Whitmore se leva brusquement, les mains plaquées sur le bureau. « Non ! Jamais je n'ai voulu que quelqu'un meure ! » Sa voix se brisa. Il enfonça les doigts dans le bois, les jointures blanchies. « J'ai engagé des hommes pour récupérer les documents, pour faire taire le scandale. Je croyais... je croyais qu'ils négocieraient, qu'ils feraient pression. Pas qu'ils... » Il avala, la gorge serrée. « Pas Murray. Murray devait juste rendre le journal. J'ai appris sa mort après l'incendie. J'étais terrifié. Horrifié. Mais j'étais déjà complice. Il était trop tard pour reculer. »
Eleanor le regardait, cherchant dans ses yeux la lueur d'un mensonge. Elle ne trouvait que de la peur. Une peur profonde, viscérale, celle d'un homme qui s'était cru protecteur et qui était devenu bourreau malgré lui.
« L'incendie de mon bureau ? »
« Ils l'ont fait sans me consulter. Quand je leur ai dit que vous étiez proche d'une découverte, ils ont décidé d'en finir avec vos recherches. Et lorsque vous êtes revenue, ils ont compris que vous aviez survécu. » Whitmore passa une main tremblante sur son front. « Ils sont allés trop loin. J'essayais de trouver un moyen de sortir de tout cela quand vous êtes arrivée. »
« Alors arrêtez. Maintenant. Ce soir. » Eleanor sortit une clé USB de sa poche, la posa sur le bureau. « Sur cette clé se trouvent des copies numériques des journaux, des photographies, des correspondances. Elles sont publiées en ligne, protégées par des empreintes cryptographiques que vous ne pourrez jamais effacer. Quoi qu'il arrive, la vérité est déjà hors de votre portée. Mais vous pouvez choisir comment vous voulez entrer dans l'histoire : comme le complice qui a ordonné la purge, ou comme l'homme qui a finalement parlé. »
Whitmore fixa la clé USB. Un silence s'étira, si long qu'Eleanor crut qu'il allait refuser. Puis il la saisit, la serra dans son poing, et ferma les yeux.
« Je dirai tout. À la police. À la presse. À la reine s'il le faut. » Sa voix était à peine audible. « Je ne peux plus vivre avec ce poids. »
Eleanor sentit une fraction de sa tension se relâcher. Marcus fit un pas en avant, mais elle leva la main. Pas encore. « Vous devez aussi nous aider à identifier les hommes de la firme. Leurs noms. Leurs structures. Leurs commanditaires. »
Whitmore acquiesça, ouvrit la bouche — et son visage se convulsa. Il porta la main à sa poitrine, les yeux écarquillés. Un son rauque sortit de sa gorge, puis il bascula de sa chaise, s'effondrant au sol dans un fracas de verre et de papiers.
« Whitmore ! » Eleanor s'élança, s'agenouilla à ses côtés. Sa peau était moite et grise. Il haletait, les doigts crispés sur son sternum. Marcus tira son téléphone, composa le 999. Eleanor essaya de lui trouver un pouls — rapide, irrégulier, meurtrier.
« Qu'est-ce que... » Whitmore luttait pour parler, les mots essoufflés entre les spasmes. « Le thé... ils m'ont fait boire... »
Eleanor regarda la tasse de thé refroidi. Une fine pellicule blanchâtre flottait à la surface. Elle avait remarqué cette tasse en entrant. Et elle comprit : la firme ne faisait pas confiance au bursar. Ils l'avaient éliminé, en même temps qu'ils lui avaient permis de confesser ses péchés. Deux oiseaux d'une même pierre — la vérité était discréditée parce qu'elle venait d'un homme qui venait de mourir « d'une crise cardiaque » après avoir avoué des crimes.
Les secours mirent six minutes à arriver. Six minutes pendant lesquelles Eleanor tenta de maintenir Whitmore conscient, mais son cœur s'arrêta deux fois avant qu'ils ne le stabilisent. Les ambulanciers l'emmenèrent, le visage bleuté, les yeux vitreux.
Eleanor resta debout dans le bureau, les mains encore poisseuses de la sueur de l'homme. Marcus s'approcha, sa blessure le faisant grimacer à chaque mouvement. « Tu penses qu'il va s'en sortir ? »
« Je ne sais pas. » Elle regarda la tasse de thé restée sur le bureau. « Mais je sais qui a fait ça. Ils étaient là. Ou ils ont quelqu'un ici. »
Deux agents de police entrèrent dans le bureau, carnet en main, visages fermés. « Docteur Ashworth ? Vous avez été témoin du malaise de M. Whitmore ? Vous voulez bien nous raconter ce qui s'est passé ? »
Elle hocha la tête, s'engageant dans la procédure. Mais son esprit tournait déjà plus vite. La firme savait que Whitmore les avait trahis. La firme savait qu'Eleanor était dans son bureau. Et pourtant, ils n'avaient attaqué ni elle ni Marcus. Juste le bursar. Le silencieux.
C'était un message.
Et il n'était pas adressé à Whitmore.
Durant l'interrogatoire, alors qu'elle racontait l'effondrement pour la troisième fois, la lumière de son téléphone s'alluma discrètement. Un texto d'un numéro privé : *Vous croyez avoir gagné. Vous n'avez ouvert que la première boîte.*
Eleanor le relut trois fois, le cœur battant, pendant que l'agent continuait de parler sans se rendre compte qu'elle venait de perdre le fil de la conversation.
Elle répondit d'un seul mot : *Qui êtes-vous ?*
La réponse arriva une minute plus tard, glaciale et précise : *Votre nouveau cauchemar.*
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