Le Fantôme du Chancelier
Lire le chapitre 29: An Unlikely Trio
L'air de la grange était chargé de poussière et de peur. Eleanor regarda David, puis Marcus, affalé contre le mur de pierre, le visage encore pâle sous la lampe tempête. Deux hommes qu'elle avait cru perdre, et qui se tenaient là, vivants, complices malgré eux.
« Nous n'avons pas le temps pour les présentations, dit David en refermant son journal. La firme sait que Whitmore est entre les mains de la police. Leurs nettoyeurs sont déjà en route. »
Marcus releva la tête, les yeux plissés. « Et qui es-tu exactement, pour connaître leurs habitudes ? »
« Quelqu'un qu'ils croient mort. Ça devrait suffire. »
Eleanor s'interposa, posant une main sur l'épaule de chacun. « Marcus, David a volé le journal original des chanceliers avant l'incendie. Il documente leurs opérations depuis des années. Il a des moles à l'intérieur. Nous avons besoin de lui. »
Marcus serra la mâchoire, mais ne protesta pas. Eleanor sentit le poids de sa trahison encore présent entre eux, mais aussi la nécessité de ce moment. « David, tu as dit que tes contacts pouvaient nous aider. C'est le moment. »
David sortit un téléphone satellite d'une poche intérieure de sa veste. « J'ai un contact au sein de leur cellule de surveillance. Il nous doit la vie. Il peut router un paquet chiffré vers la rédaction du *Guardian* sans laisser de trace. »
« Un paquet de quoi ? » demanda Marcus.
« Ton témoignage. Le journal de David. La confession de Whitmore. Les photos de la correspondance d'Emsworth. Tout. » Eleanor sortit une clé USB de son col. « J'ai tout numérisé avant que Marcus ne détruise les originaux. Il ne reste que le journal de David et cette clé. »
David leva les yeux du téléphone. « J'ai besoin de trois heures pour organiser le routage. Nous avons un safehouse sur Mill Lane. »
Ils y arrivèrent sous une pluie fine, une minuscule chambre au-dessus d'une boutique de vélos fermée. David ouvrit un vieux portable, brancha des câbles épais, et commença à taper. Eleanor regarda par la fenêtre, surveillant la rue déserte.
Marcus s'assit sur le lit défait, la main pressée contre son flanc bandé. « Et après ? On publie et ils disparaissent ? »
« Non, dit David sans cesser de taper. Mes moles à l'intérieur identifient les anciens élèves qui financent la firme. Des noms à la tête du collège. Le conseil d'administration en entier est compromis. »
Eleanor se retourna. « Le conseil ? Whitmore n'était que le bursar. Il prenait ses ordres de quelqu'un d'autre. »
David hocha la tête. « Le président du conseil, Lord Ashworth-Hale. Il a financé la firme pendant vingt ans. Son grand-père était l'avocat de la famille Emsworth. Tout est là. » Il tapota son journal. « J'ai tout documenté. »
Le téléphone de David vibra. Il lut le message et son visage se durcit. « Le routage est prêt. Mais mon contact dit que la cellule de surveillance a été envoyée sur une adresse dans Grantchester. Ils savent que Whitmore a parlé. Ils nettoient les témoins. »
« Alors on n'a pas trois heures, dit Eleanor. On a dix minutes. »
David jeta un coup d'œil au compteur de téléchargement. « Le fichier fait deux gigaoctets. Le routage par nœuds anonymes prendra au moins une heure. »
Marcus se leva, vacillant. « Il faut les ralentir. Donne-moi une distraction. »
« Tu es en état de faiblesse, dit Eleanor. Je ne te laisserai pas— »
« Tu n'as pas le choix. » Marcus sortit un couteau de sa poche. « Tu m'as sauvé la vie. Laisse-moi te rendre la pareille. »
Avant qu'elle ne puisse protester, le bruit d'un moteur coupa la rue. David coupa la lampe. Eleanor écarta le rideau : une berline noire s'arrêta devant la boutique. Trois hommes en descendirent, silhouettes massives sous la pluie.
« Ils sont là, souffla-t-elle. David, combien de temps ? »
« Le fichier n'est qu'à trente pour cent. »
Marcus se dirigea vers la porte arrière. « La sortie de secours mène sur la ruelle derrière le moulin. Je les emmène vers le pont. Vous, vous courez vers le sud. Rendez-vous au quai des Cinq-Portes. »
« Marcus— » Eleanor commença.
« Fais-le, Eleanor. » Il lui prit la main, la serra. « Je te dois bien plus qu'une dette. »
Il disparut dans la nuit. Un craquement retentit en bas : la porte d'entrée volait en éclats. Eleanor attrapa l'ordinateur portable, David saisit son journal, et ils dévalèrent les escaliers de service juste au moment où les enjôleurs défonçaient le rez-de-chaussée.
Ils coururent dans la ruelle, la pluie fouettant leurs visages. Derrière eux, des cris, puis des bruits de pas lourds. Marcus avait dû attirer l'attention d'un autre groupe. Eleanor ne regarda pas. Elle suivit David à travers un dédale de cours intérieures, de portails de fer, jusqu'à ce que la Cam coule devant eux, noire et luisante.
« Le pont ! » cria David en désignant la structure en pierre qui enjambait la rivière.
Ils montèrent en courant l'escalier étroit. À mi-chemin, une silhouette apparut en haut : un homme en costume sombre, un pistolet à la main. « Monsieur Okafor. La firme présente ses regrets. »
David poussa Eleanor dans une alcôve de pierre. Le pistolet claqua, mais le coup rata, ricochant sur le parapet. Eleanor vit le journal de David glisser de sa veste, tomber, et disparaître avec un plouf sourd dans les eaux noires de la Cam.
« Non ! »
David l'agrippa par le bras. « L'ordinateur ! Tu l'as ? »
Eleanor serra le portable contre sa poitrine. « Oui, mais le journal— »
« Tant pis. Le journal n'était que du papier. Ce qu'il y a dedans est sur la clé. Sauve-la. »
L'homme rechargea son arme. En bas, des barques à fond plat—des punts—étaient amarrées à un ponton. Eleanor et David échangèrent un regard. Ils sautèrent par-dessus le parapet, tombèrent avec un bruit sourd dans la coque d'un punt, la toile épaisse amortissant leur chute.
L'homme tira, mais la pluie et l'obscurité lui firent manquer sa cible. Eleanor défit la corde d'amarrage, saisit la perche, et poussa. Le punt glissa sur l'eau, silencieux, emporté par le courant.
Essoufflés, trempés, ils ramèrent jusqu'à ce que le pont ne soit plus qu'une silhouette derrière eux. Eleanor pressa l'ordinateur sur son cœur. « La clé USB. L'ordinateur. Tout est intact. »
David s'appuya contre la coque, le visage tiré. « Le journal est perdu. Mais ce que j'ai écrit dans ma tête… » Il ferma les yeux. « Je me souviens de chaque nom. Chaque transaction. Chaque ordre. »
Ils accostèrent à l'ombre du quai des Cinq-Portes. Eleanor saisit le téléphone de David, vérifia la progression du téléchargement. Le fichier était parti. Le *Guardian* l'avait reçu.
« C'est fait, murmura-t-elle. Leur monde va s'écrouler. »
David sourit, faiblement. « Pas encore. Les noms du conseil sont compromis, mais les preuves physiques ? Le journal original est dans la rivière. La confession de Whitmore est sur ta clé. Soixante pour cent du fichier est parti vers la presse. Il faudra un élément supplémentaire pour déclencher une enquête parlementaire. »
Eleanor fouilla dans sa poche humide. Ses doigts rencontrèrent un objet froid et rond. La montre à gousset de son père. Elle l'avait oubliée, tout ce temps. Elle l'ouvrit d'un geste machinal et vit le minuscule compartiment intérieur, qu'elle n'avait jamais osé explorer.
À l'intérieur, un rouleau de microfilm brillait faiblement sous la pluie.
« Mon père, souffla-t-elle. Il a tout copié. »
David la regarda. « Qu'est-ce que tu tiens ? »
Eleanor leva les yeux au ciel, le microfilm serré dans sa main. « La preuve que la firme ne pourra jamais détruire. »
Un silence s'étendit entre eux, rompu seulement par le clapotis de la Cam contre la coque. Eleanor sentit le poids de ce secret nouveau, ce cadeau venu de la tombe, qui venait de changer les règles du jeu.
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