Le Fantôme du Chancelier
Lire le chapitre 30: The Pocket Watch Opens
La poussière du grenier collait encore à ses doigts quand Eleanor sortit la montre de son père de sa poche intérieure. David la regardait faire, immobile comme une statue, son visage marqué par des années de fuite. Marcus, adossé au mur humide de la cachette provisoire qu'ils avaient trouvée — un entrepôt désaffecté près de la gare —, respirait difficilement, sa blessure au côté encore bandée de travers.
« Tu es sûr de toi ? demanda David. Cette montre a traversé les mains de la firme. Ils l'ont examinée.
— Ils ont regardé le cadran, répondit Eleanor. Ils n'ont jamais pensé à ouvrir le boîtier.
— Le boîtier est soudé, dit David en s'approchant.
— Non. Mon père l'a modifié lui-même. »
Elle retourna la montre, trouva le minuscule interstice sous la couronne, et exerça une pression précise avec l'ongle du pouce. Un déclic. Le fond du boîtier pivota, révélant une cavité tapissée de velours rouge. À l'intérieur, un rouleau de microfilm à peine plus grand qu'un timbre-poste, enroulé dans une feuille de papier de soie.
Marcus se redressa, les yeux brillants. « Qu'est-ce que c'est ?
— La dernière chose qu'il m'a donnée, murmura Eleanor. Il m'a dit de la garder précieusement. “Quand le moment viendra, tu sauras.” Je pensais qu'il parlait de ses recherches. Il parlait de ça. »
David prit le microfilm entre deux doigts tremblants, le leva vers la lumière grise qui filtrait à travers la vitre cassée. « Si c'est le journal complet… si ton père l'a photographié avant de mourir… »
Éléanor hocha la tête. « Un historien de l'époque victorienne a photographié le chancelier Emsworth, son domestique, le cadavre. Mon père devait savoir qu'il allait mourir. Il a préparé une copie indestructible.
— Il faut un lecteur de microfilm, dit Marcus. Et vite. Le temps presse. La firme saura bientôt que Whitmore est entre les mains de la police. »
Ils sortirent par l'arrière de l'entrepôt, remontèrent la ruelle qui longeait les voies ferrées. Eleanor connaissait chaque pierre de ce chemin. Elle l'avait parcouru mille fois entre la gare et le collège. Cette fois, c'était différent. Chaque ombre était un guetteur. Chaque voiture qui passait au ralenti, une menace.
Le collège St. Cuthbert's s'éleva devant eux, ses murs de craie ocre rougis par la fin de journée. Les grilles étaient fermées, mais Eleanor connaissait la porte latérale du jardin botanique, celle que les jardiniers utilisaient et qu'aucun étudiant ne connaissait. Ils se glissèrent à l'intérieur sans un bruit, traversèrent le cloître désert, et atteignirent la bibliothèque.
La salle de lecture était sombre, les stores baissés. Eleanor brancha le lecteur de microfilm — un ancien modèle Kodak qui servait encore aux chercheurs pour consulter des manuscrits perdus — et inséra la bobine.
L'écran s'alluma. Des images défilèrent. Des pages. Des dates. Des écritures.
Le journal du chancelier Emsworth. Photographié page par page, avec une précision quasi maniaque.
David poussa un souffle qu'il retenait depuis des années. « C'est complet. De 1843 à 1857. Toutes les preuves. L'affaire Emsworth. Les témoignages. Les financements. »
Marcus posa la main sur l'épaule d'Eleanor. « Ton père t'a sauvée, Ellie. Même après sa mort. »
Elle ne dit rien. Elle regarda les images défiler, le visage de son père surgissant dans les interlignes, dans le soin apporté à chaque ajustement de la mise au point. Il avait fait ce travail dans la peur. Il avait dû savoir qu'ils le rattraperaient. Mais il avait laissé la vérité derrière lui.
« Il faut diffuser ça maintenant, dit David. Sur le réseau. En direct. Pas d'éditeur. Pas de filtre. Le monde doit voir ces pages. »
Eleanor sortit son ordinateur portable, connecta le fichier vidéo qu'ils avaient préparé en urgence, lança une diffusion sur une plateforme ouverte. Le lien commença à circuler dans les groupes d'historiens, les journalistes, les militants. Des centaines de vues. Des milliers. Les images du microfilm se superposaient, et Eleanor lisait à voix haute des passages du journal que personne n'avait entendus depuis plus d'un siècle.
« “Le 12 mars 1846, le chancelier Emsworth a rencontré les représentants des banques privées de Londres. Ils ont accepté de financer l'expansion des collèges en échange d'un accès prudentiel aux registres fonciers. L'accord sera taisible. Aucun document ne sera produit. Les paiements seront effectués par l'intermédiaire de…” »
Un bruit sourd interrompit sa lecture. Un coup contre la porte de la bibliothèque.
Puis encore un.
Puis un troisième, plus violent. Le métal gémit.
« Ils ont trouvé le collège, dit Marcus. On est coincés. »
La porte trembla sous un nouvel impact. Eleanor regarda autour d'elle. Aucune issue. Les fenêtres étaient grillagées. La seule sortie était celle qu'on enfonçait.
David sourit, un sourire étrange, presque paisible. « Alors on monte. »
Eleanor leva les yeux vers l'escalier en colimaçon de la tour, celui qui menait à la cloche, à la galerie, au toit. À un point de vue imprenable.
« Et le réseau ? demanda-t-elle.
— Le toit a un répéteur Wi-Fi, répondit David. Installé par un administrateur ami de la cause. Personne ne le sait. Pas même la firme. »
Ils coururent vers l'escalier, laissant le lecteur de microfilm allumé, son écran lumineux vide des images qui affluaient, maintenant, vers des centaines de milliers d'écrans à travers le monde.
La porte de la bibliothèque céda dans un fracas de bois arraché derrière eux.
Ils étaient dans la tour. Les mots cliquetaient encore à l'écran. La vérité montait. La cage se refermait.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.