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Le Fantôme du Chancelier

Lire le chapitre 4: An Offer of Help

L'archiviste de St Cuthbert's avait une façon de dire « non » qui ressemblait à un verrou de bibliothèque : définitive, ancienne, et étrangement apaisante. Eleanor se tenait devant son bureau en acajou, le carton de conservation sous le bras, et regardait Arthur Pendleton secouer la tête avec une lenteur qui semblait calculée pour lui donner le temps de changer d'avis.

— Le registre Thorne relève du fonds fermé, Dr Ashworth. Pas de consultation sans autorisation du maître, et il est en villégiature à Gênes jusqu'à la semaine prochaine.

— Je ne demande pas une consultation, monsieur Pendleton. Je demande un coffre. Une nuit. Personne n'a besoin de savoir.

Pendleton ôta ses lunettes en demi-lune et les frotta sur son gilet, un geste qu'Eleanor avait vu cent fois chez son propre père devant un argument qu'il s'apprêtait à contourner.

— Vous savez ce que je trouve curieux ? Votre collègue Chen a posé exactement la même question hier. Coïncidence remarquable.

Le sang d'Eleanor fit un tour. Sarah Chen. La femme de la salle de lecture, celle dont le regard avait glissé sur le registre comme une lame sur une reliure. Elle ouvrit la bouche pour mentir, pour minimiser, mais Pendleton leva une main.

— Je ne suis pas aveugle, Dr Ashworth, et j'ai survécu à quarante ans de complots académiques. Laissez-moi vous présenter quelqu'un.

Il pressa un bouton sur son téléphone. Deux minutes plus tard, la porte s'ouvrit sur un homme qu'Eleanor n'avait jamais vu. Trente-cinq ans environ, costume sombre mal ajusté, une cicatrice fine au coin de la lèvre qui semblait dessiner un accent grave permanent. Il entra avec l'aisance de quelqu'un qui avait passé sa vie dans des salles où l'on n'entre pas sans être attendu.

— Dr Eleanor Ashworth, voici Marcus Liu. Il est notre chercheur associé en sécurité archivistique.

— Sécurité archivistique ? Eleanor serra le carton contre sa poitrine. Je croyais que ça s'appelait un conservateur.

Marcus sourit d'un sourire qui n'atteignait pas ses yeux.

— Les conservateurs préservent les documents, Dr Ashworth. Moi, je m'assure que personne ne les détruise. Deux métiers très différents.

Il s'assit sans y être invité sur la chaise face au bureau de Pendleton, et croisa les mains sur ses genoux. Sa posture, son calme, tout en lui évoquait un homme habitué à attendre que les autres se trahissent.

— Pendleton m'a dit que vous aviez trouvé quelque chose. Un journal.

Eleanor jeta un regard au vieil archiviste, qui haussa les épaules avec une innocence feinte.

— Je n'ai rien dit de précis, Eleanor. Mais Marcus travaille pour le collège, pas pour le conseil de la bibliothèque. Il est peut-être la seule personne ici qui puisse vous aider sans que les questions fusent.

— J'ai des questions, Eleanor, dit Marcus. Mais je les garde pour moi, ce qui est plus rare que vous ne le pensez dans cette université.

Elle pesa le pour et le contre dans le silence qui suivit. Le carton semblait s'alourdir à chaque seconde. Sarah Chen avait déjà posé des questions. Quelqu'un avait envoyé une note anonyme. Quelqu'un l'avait suivie jusqu'à la chapelle. Et maintenant, un inconnu au sourire froid lui offrait son aide.

— Que voulez-vous savoir ?

Marcus se pencha en avant.

— L'auteur. Vous pensez que c'est Reginald Thorne. J'ai lu vos travaux sur la controverse ecclésiastique des années 1880. Vous pensez que ce journal pourrait prouver sa falsification.

Eleanor cligna des yeux. Personne n'avait fait le lien si vite, si précisément. Simon avait mis une demi-journée à comprendre. Ce type venait de le faire en une phrase.

— Je ne vais pas vous demander de me montrer le contenu, continua Marcus. Je n'en ai pas besoin. Ce dont j'ai besoin, c'est que vous compreniez ceci : si ce journal est authentique, il a des ennemis. Pas des rivaux académiques, pas des détracteurs. Des ennemis qui ont déjà fait disparaître des documents moins menaçants que celui-ci. Et si vous avez raison, si ce que vous avez dit à Pendleton est vrai, alors son auteur — si c'est bien lui, ou celui qui l'a écrit — a des ennemis qui pourraient vouloir vous faire disparaître aussi.

Le silence tomba comme un rideau plombé. Eleanor sentit le poids de la veille lui écraser les épaules : la silhouette dans la fenêtre, la note anonyme, le cadavre invisible de son père flottant quelque part dans le lac de Windermere.

— Pourquoi m'aidez-vous ?

Marcus ne détourna pas le regard.

— Parce qu'il y a cinq ans, un document de la bibliothèque Bodléienne a été volé, recopié, et l'original détruit. Personne ne s'en est aperçu pendant trois mois. Le faussaire était un collègue que je respectais, et je ne l'ai découvert qu'après son suicide. J'ai fait le calcul : si quelqu'un l'avait écouté avant, s'il avait eu un allié dans sa chaîne de sécurité, il serait peut-être encore vivant. Je ne peux pas changer le passé, Dr Ashworth. Mais je peux choisir de ne pas le répéter.

Il y eut quelque chose dans sa voix, une fissure à peine perceptible, qui rendit Eleanor soudain moins méfiante. Elle ouvrit le carton, en sortit une photographie du dos du registre — elle avait pensé à prendre des clichés avant de le cacher — et la tendit à Marcus.

— Le conservateur dit que la reliure n'est pas originale. Que des pages ont été retirées.

Marcus examina la photo avec une intensité presque chirurgicale.

— Oui. Et d'après les marques de pli, je dirais que quelqu'un l'a lu récemment. Très récemment. Cette reliure a été refaite il y a trois ans maximum. La colle est encore jeune.

Eleanor sentit son estomac se nouer.

— Trois ans ?

— Quelqu'un d'autre a trouvé ce registre avant vous. Et cette personne a pris la peine de le faire recopier, de retirer des pages, de le rebondre. Professionnel.

Marcus rendit la photographie et son regard croisa celui d'Eleanor avec une intensité nouvelle.

— Je veux que vous me laissiez vous aider à le sécuriser. Pas à la bibliothèque. Pas au collège. Un endroit neutre, un coffre bancaire que je connais sur Mill Road. Nous nous y retrouverons demain à l'aube, vous apporterez le registre, je vous montrerai comment le protéger.

Eleanor hésita. Cette proposition arrivait trop vite, de quelqu'un qu'elle ne connaissait pas depuis une heure. Mais sa chambre, son bureau, même les casiers de la bibliothèque semblaient de plus en plus poreux. Et la note anonyme dans son casier avait prouvé que quelqu'un pouvait atteindre ses affaires personnelles sans effort.

— Demain, à cinq heures ? C'est tôt.

— C'est le but.

Elle acquiesça, rangea la photo, et se leva. Pendleton lui sourit d'un air paternel qu'elle ne lui connaissait pas.

— Prenez soin de cette boîte, Eleanor. Et méfiez-vous des murs de cette université. Ils ont leurs propres oreilles.

Elle sortit dans la lumière grise du couloir, descendit l'escalier de pierre usée par trois siècles de pas, et traversa la cour du collège en tenant le carton comme un nouveau-né. Le ciel s'était couvert. Il allait pleuvoir.

Son bureau était au troisième étage du bâtiment des sciences humaines, un placard converti où elle entassait des livres sur les rayonnages métalliques. Elle laissa le carton sur sa chaise, sortit la clé de sa poche, et ouvrit sa porte.

Le temps d'une seconde, elle crut s'être trompée de pièce.

Les livres étaient par terre. Des papiers recouvraient le sol comme une neige industrielle. Ses tiroirs ouverts, vidés, leurs contenus jetés à travers la pièce dans une rage méthodique. Et sur le mur au-dessus de son bureau, quelqu'un avait écrit à la craie noire un mot qui brillait dans la lumière tamisée :

*DISPARU.*

Elle courut vers le coffre mural, derrière sa bibliothèque renversée. Ses doigts tremblèrent sur la molette de combinaison. Elle connaissait le code depuis ses débuts : la date de naissance de son père. 2-1-1-4-6-7. Elle l'ouvrit.

Le coffre était vide.

Le registre ne s'y trouvait plus.

Quelqu'un avait su qu'elle le gardait là. Quelqu'un avait su qu'elle était partie voir Pendleton. Quelqu'un l'avait observée, suivie, attendue.

Eleanor s'appuya contre le mur, glissa lentement jusqu'au sol, et resta assise au milieu des ruines de son bureau, les mains vides, le souffle court. Dehors, la pluie commença à frapper les vitres. Elle tira son téléphone de sa poche, trouva le numéro que Marcus lui avait laissé sur une carte glissée dans sa main avant qu'elle ne sorte. Ses doigts hésitèrent une seconde sur le clavier.

Elle avait perdu le seul document susceptible de prouver la vérité sur Thorne, sur son père, sur tout ce qui la poursuivait depuis la veille. Et elle savait, avec une certitude glacée qui lui serrait la poitrine, que la seule personne à qui elle pouvait faire confiance était celle qu'elle connaissait depuis dix minutes, un homme qui avait dit qu'il choisirait de ne pas répéter les erreurs du passé.

Elle composa le numéro.