Le Fantôme du Chancelier
Lire le chapitre 7: The Scholar's Secret
Le code s'ouvrit avec un clic sec, comme un verrou qui cède enfin. Marcus laissa échapper un souffle, les yeux rivés sur la feuille de papier jauni qu'ils venaient de déchiffrer, lettre après lettre, à la lumière vacillante de la lampe de bureau. Eleanor sentit son cœur battre dans sa gorge, un tambour sourd qui accompagnait les battements de sa raison.
« Ce n'est pas Thorne, murmura-t-elle. C'est Emsworth. »
Le nom du professeur vénéré, fondateur de la chaire d'histoire médiévale de St Cuthbert, celui dont le portrait trônait dans le grand hall, dont les conférences étaient encore étudiées un siècle plus tard — Emsworth avait écrit ce journal. Pas Thorne. L'écriture, la date, les références croisées, tout concordait. Le conservateur avait vu juste : le manuscrit avait été recopié, réencollé, manipulé. Mais ce que le code révélait était bien plus dévastateur que la simple question de l'auctorialité.
La main d'Eleanor trembla tandis qu'elle parcourait la traduction qu'ils avaient griffonnée tant bien que mal sur les marges d'un carnet. Le texte d'Emsworth lui-même racontait l'histoire d'un autre homme. Un homme qui avait payé un copiste pour falsifier le testament du chancelier du XIVe siècle, qui avait glissé des documents apocryphes dans les archives royales, qui avait construit sa réputation sur des mensonges patiemment cousus.
Son mensonge, précisa le journal. Sa grande œuvre.
Eleanor releva les yeux vers Marcus, dont le visage portait les ombres creusées de leurs deux nuits blanches. « La théorie que tout le monde cite, la thèse fondatrice du département — Emsworth l'a inventée. De toutes pièces. Il accuse Thorne d'avoir assassiné le chancelier pour protéger sa propre falsification. »
« Ce qui veut dire que les recherches de ton père ne menaient pas à la vérité historique, dit Marcus lentement. Elles menaient à la preuve qu'Emsworth était un faussaire. »
Un silence lourd s'abattit sur la pièce. L'horloge du collège sonna quelque part dans le couloir — trois heures du matin. Quatre heures qu'ils s'acharnaient sur le code, et le tableau qui se dessinait était si vaste qu'Eleanor sentit le monde glisser sous ses pieds.
Son père. Thomas Ashworth, l'historien dont l'accident suspect, dans les archives de la bibliothèque, avait été classé « chute mortelle ». Il avait trouvé des traces de cette falsification, lui aussi. C'était ce que le message codé disait — ces phrases que son père avait inscrites dans un journal qui n'était pas le sien, pour ceux qui sauraient lire entre les lignes.
« Si je publie ça, dit-elle, sa voix n'étant plus qu'un fil. Emsworth est le héros fondateur du collège. Il y a un gymnase et une bourse à son nom. Ses descendants sont membres du conseil d'administration. »
Marcus la regarda, ses yeux sombres cherchant les siens. « Et si tu ne publies pas, tu ne seras jamais en sécurité. Ceux qui ont pris le journal savent déjà que tu peux le déchiffrer. Le retourner à ton bureau — c'était un test. Ils veulent voir ce que tu vas en faire. »
La main d'Eleanor trouva la montre dans sa poche, ce petit poids d'argent au chaud contre sa paume. Le cadeau de son père, l'année de son doctorat. Trois mois avant sa mort. Elle ouvrit le boîtier, comme elle l'avait fait cent fois depuis cette première aube à la bibliothèque, et relu l'inscription intérieure : *À E., pour que la vérité soit. T.A.*
La vérité était une arme à double tranchant. La publier ruinerait la mémoire d'Emsworth, démantèlerait le prestige du collège, bouleverserait le petit monde de l'histoire médiévale britannique. La taire signerait l'arrêt de mort de son père une seconde fois, en faisant de son sacrifice un geste vain.
Elle n'eut pas le temps de répondre.
Le son d'une notification la fit sursauter. Son téléphone, posé à plat sur le bureau, s'illumina. L'écran affichait une adresse inconnue, un simple objet envoyé en pièce jointe. Un scan — rectangle pâle, en-tête administratif, sceau officiel froissé.
Marcus se pencha, son souffle se bloquant.
« C'est quoi, ça ? »
Eleanor déchiffra le document, ses yeux courant sur les lignes entrecoupées de tampons. Acte de décès. Thomas Ashworth. Comté de Cambridgeshire. Date. Cause du décès : hémorragie cérébrale — non, en travers, une note manuscrite que le scan rendait presque illisible, mais que la pratique d'historienne d'Eleanor déchiffrait sans peine : *Mortalité par étranglement consécutif à un choc traumatique crânien. « Accident » contesté par le médecin légiste adjoint.*
Une seule personne envoyait cela à trois heures du matin.
Le message ouvert, tout en bas du courriel, sous le document : *Vous aviez raison de vous demander. Publierez-vous encore ?*
Le téléphone d'Eleanor vibra presque aussitôt. Un second courriel sans objet. En pièce jointe, une photographie. Netteté des pixels datée d'un scanner des années quatre-vingt-dix.
La photo de son père. En train de boire un café dans un lieu que sa mémoire d'enfance identifia : la cafeteria de St Cuthbert. Un homme était assis en face de lui, flou en arrière-plan, mais Eleanor ne pouvait détacher son regard des traits de son père — des traits fatigués, les cernes d'un homme qui savait quelque chose. Et derrière lui, sur une table, coincée sous un carnet, la couverture verte cuir du journal de Thorne.
La même couverture que celui qui gisait maintenant devant elle.
« Ils veulent que je sache, murmura-t-elle. Qu'ils savaient. Avant tout ça. »
Marcus saisit doucement le téléphone, ne le lâchant pas des yeux. « Regarde la date de la photo, Eleanor. Tu reconnais le badge sur sa veste ? »
Elle cligna, s'arrachant à l'image de son père pour se concentrer sur le détail. Un ruban écarlate, épingle sur le col — le ruban des boursiers, celui qu'on arbore lors des cérémonies annuelles. La date imprimée en bas à droite : 12 juin 1997.
Le cœur d'Eleanor cessa de battre une seconde.
« C'est le jour de la cérémonie des Hunter Hope, dit-elle. Le prix du meilleur article jeune chercheur. Une semaine après que mon père a demandé un congé sabbatique précipité pour "raisons familiales". La même date que celle inscrite dans le registre des congés de la faculté que j'ai consulté la semaine dernière. »
« La même date, dit Marcus d'une voix sourde, que celle où ton père a disparu trois jours dans la nature, sans rien dire à personne, et où il n'a jamais expliqué où il était allé. »
Elle fixa la photo. Son père savait. Il avait rencontré quelqu'un ce jour-là, à St Cuthbert, quelques jours avant sa mort. Quelqu'un qui détenait le journal, qui connaissait le code.
Le visage flou en arrière-plan. Elle plissa les yeux, tentant d'en discerner les traits. La carrure, le costume foncé, la façon dont il tenait sa tête légèrement inclinée.
Une ombre de reconnaissance.
« Je crois », dit-elle lentement, une glace coulant dans ses veines, « que je connais cet homme. »
Marcus releva la tête, avec une attention tendue.
Eleanor zooma sur l'image, autant que le permettait sa faible résolution. « Le portefeuille. Celui qu'il tient à la main, sur la table. »
Il avait l'insigne du bursariat de St Cuthbert, le serpent et le livre d'or.
Le visage flou était celui de M. Whitmore, le régisseur. Plus jeune de vingt-cinq ans, mais indéniablement lui — la même mâchoire lourde, le même pull en cachemire serré autour du cou.
L'homme qui dirigeait les finances du collège. L'homme qui détenait sa bourse sur un fil. L'homme dont le neveu était mort dans la rivière.
Eleanor reposa le téléphone, ses doigts n'étant plus des instruments sûrs. Tout le puzzle bascula, prenant une forme bien plus sombre.
« Whitmore, souffla-t-elle. Il était là. Avant. Tout ce temps. »
« Alors ce n'est pas seulement le fantôme d'Emsworth que tu chasses, dit Marcus gravement. C'est celui de tout un système. »
Un bruit sourd, dans le couloir —, puis l'écho d'un pas qui se retirait. Quelqu'un, dehors, écoutait à la porte depuis combien de temps ?