Le Faussaire de Whitechapel
Lire le chapitre 26: The Trap Springs
La pluie tambourinait sur le toit de tôle ondulée de l'entrepôt abandonné, un roulement incessant qui masquait les bruits de la ville. Edward avait choisi cet endroit pour son isolement, ses fenêtres brisées donnant sur les docks déserts de Wapping. Une seule lanterne à huile vacillait au centre de l'espace, projetant des ombres dansantes sur les caisses empilées et les machines rouillées.
Il vérifia une dernière fois le revolver dans sa poche — un Webley emprunté à Sarah, qu'elle tenait d'un cousin soldat. Ses doigts tremblaient légèrement. Il força son esprit à se concentrer sur le plan : Edmund Graves viendrait, attiré par la lettre au ton si personnel, si intime, qu'Edward avait rédigée dans son style criminel.
*Mon cher homonyme*, avait-il écrit. *Vous avez volé mon encre, mes lettres, ma notoriété. Venez donc réclamer ce qui vous revient.*
La porte de l'entrepôt s'ouvrit avec un grincement métallique. Edward retint son souffle.
Edmund Graves entra, vêtu d'un long manteau noir trempé de pluie. Son visage portait cette cicatrice livide qui courait de sa tempe à sa mâchoire, tressaillant comme un ver sous la lumière de la lanterne. Il ne semblait ni inquiet, ni surpris. Il était seul, les mains visibles, les paumes ouvertes en signe de supposée paix.
« Edward Graves, » dit-il avec une voix douce, presque mélodieuse. « Enfin. J'ai tant lu de vous. J'ai tant étudié. Mais je savais que vous finiriez par vous montrer. »
Edward resta derrière une caisse, le revolver pointé vers l'homme. « Vous avez ma lettre, semble-t-il. »
« Bien sûr. Vous écrivez presque aussi bien que moi. Presque. » Edmund s'avança d'un pas, s'arrêtant à six mètres de la cachette d'Edward. « Mais vous avez commis une erreur, mon cher homonyme. Vous m'avez cru seul. »
Un bruit sourd derrière Edward. Il se retourna instinctivement — trois hommes émergèrent de l'ombre, des silhouettes massives armées de matraques et de couteaux. Avant qu'il puisse réagir, une caisse lui percuta l'épaule, le projetant au sol. Le revolver glissa sur le plancher poussiéreux.
Edmund s'approcha lentement, ramassant le Webley avec un sourire presque affectueux. « Vous pensiez être le chasseur. Mais vous êtes la proie qui s'est offerte elle-même. »
Edward cracha la poussière de sa bouche. « Où est Mary ? »
Edmund éclata d'un rire sec, sans joie. Il fit un signe de tête vers une corde suspendue au plafond. Deux de ses hommes tirèrent — un corps apparut, ligoté et bâillonné, oscillant dans le vide.
Mary Kelly. Ses yeux écarquillés fixaient Edward avec un mélange de terreur et de reproche. Sa robe déchirée laissait voir des écorchures sur ses bras.
« Elle était si confiante, si courageuse, quand elle a quitté la protection policière, » dit Edmund. « Je n'ai eu qu'à l'attendre près du bureau de l'inspecteur. Vos plans étaient si prévisibles. »
Edward se releva lentement, les mains levées. Un des hommes le fouilla, trouvant son couteau de poche, la lettre de confession qu'il n'avait pas encore envoyée. Edmund examina le papier, hocha la tête avec une admiration feinte.
« Vous alliez vous livrer à Abberline pour me piéger. Touchant. Vraiment touchant. » Il plia la lettre et la glissa dans sa poche. « Mais cette confession vous servira différemment. Elle fera de vous le meurtrier de Whitechapel. Tout le monde le croira. Les preuves, les lettres, les témoignages — tout vous accuse. Et moi, je disparais dans l'ombre, un fantôme que personne n'a jamais vu. »
Mary émit un son étouffé derrière son bâillon. Edward la regarda, puis Edmund. « Que voulez-vous que je fasse ? »
« Simple. » Edmund s'approcha, si près qu'Edward sentit son haleine chargée de gin et de tabac. « Vous allez vous rendre aux autorités et confesser tous les meurtres. Je laisserai Mary vivre — estropiée, muette peut-être, mais vivante. » Il caressa distraitement la cicatrice de sa joue. « Sinon, je lui ferai subir le sort de mes autres œuvres. Et je veillerai à ce que vous en soyez témoin. »
Edward sentit son estomac se nouer. Il jeta un regard à Mary — ses yeux disaient *non*. Mais comment pourrait-il la laisser mourir ?
Un mouvement à la périphérie de sa vision. Un éclat métallique dans l'ombre, là où Edmund et ses hommes n'avaient pas regardé.
Sarah.
Elle était là, accroupie derrière une machine à vapeur, un petit Derringer dans la main. Ses yeux rencontrèrent ceux d'Edward. Elle hocha légèrement la tête.
Edward inspira profondément. Il n'était pas seul. Le piège n'était peut-être pas celui qu'il avait prévu, mais il n'était pas encore refermé.
« Très bien, » dit-il, forçant sa voix à rester calme. « J'accepte. Mais laissez-moi lui dire adieu. »
Edmund ricana, faisant un geste de la main. « Approchez. Mais un geste brusque, et je lui tranche la gorge. »
Edward s'avança vers Mary, dont les yeux brillaient de larmes. Il posa sa main sur son épaule, feignant un adieu émouvant. Sous ses doigts, il sentit les cordes qui la liaient — desserrées. Mary avait travaillé ses liens.
Il se pencha, murmurant à son oreille : « Quand je tombe, courez. »
Il se tourna vers Edmund, les mains toujours levées. Son regard glissa brièvement vers Sarah, qui ajustait sa position. Edmund ne l'avait pas remarquée.
Mais quelque chose dans l'attitude d'Edmund changea soudain. Ses yeux se plissèrent, scrutant la pénombre derrière Edward. Un sourire lent étira sa bouche.
« Vous savez, Edward, j'ai un associé très dévoué. Un homme qui vend des informations aux journalistes, aux policiers, à quiconque paie assez. Il m'a parlé de votre fiancée. Il m'a décrit ses habitudes, ses allées et venues. » Il rit doucement. « Elle porte un Derringer, n'est-ce pas ? »
Sarah se figea. Edmund fit claquer ses doigts — deux de ses hommes se jetèrent dans sa direction.
Edward plongea vers le sol, attrapant une barre de fer rouillée. Le fracas de la lutte remplit l'entrepôt tandis que Sarah déchargeait son arme, touchant un des agresseurs à l'épaule. Il s'effondra en hurlant.
Mary bondit, les cordes tombant de ses poignets. Elle fonça vers Edmund, lui arrachant le Webley des mains d'un geste précis — trop précis pour une simple couturière.
Edmund recula, surpris, un filet de sang coulant de sa lèvre où Mary l'avait frappé.
« Vous croyiez être le seul à jouer double jeu ? » dit-elle, la voix rauque. « J'étais son informatrice avant d'être votre victime. »
Edward se releva, la barre de fer au poing. Les hommes d'Edmund hésitèrent, voyant leur maître désarmé et deux de leurs compagnons à terre. Edmund les toisa, puis fixa Edward avec une lueur nouvelle dans les yeux.
« Intéressant, » murmura-t-il. « Mais insuffisant. » Il recula vers la porte, ses hommes le couvrant. « Vous avez gagné ce round, Graves. Mais la nuit n'est pas finie. Et demain, vous comprendrez que vous ne savez rien de mes véritables plans. »
Il disparut dans la pluie, ses hommes sur ses talons.
Sarah s'approcha d'Edward, les mains tremblantes. « Ton contact, la réserve. Il fallait que ce soit lui. »
Edward secoua la tête, son esprit tournant à toute vitesse. Le sergent de la réserve. Sam, le receleur. L'homme qui avait vendu ses brouillons.
« Non, » dit-il lentement. « Ce n'était pas lui. »
Un objet tomba de la poche de Mary alors qu'elle se baissait pour récupérer le manteau d'Edmund, abandonné dans la confusion. Une clé en laiton ornée d'un symbole gravé.
Elle la ramassa, la retournant. « Le vestiaire des docks, » dit-elle. « Numéro 14. »
Edward prit la clé, la soupesant. Edmund l'avait laissée tomber exprès. C'était un message.
Une invitation.
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