Le Folio Contesté
Lire le chapitre 26: The Casket's Treasure
La clef glissa deux fois avant de mordre dans le bronze rouillé. Elodie serra les mâchoires, les doigts moites contre le métal froid, pendant que James maintenait le coffre plaqué contre la table de la chambre d'hôtel avec ses deux paumes. Une lampe de chevet jetait une lumière jaune sur leurs ombres mêlées.
— Doucement, murmura-t-il. Le plomb est mince par endroits.
Elle tourna. Quelque chose céda à l'intérieur, un déclic sourd qui fit vibrer la table. Le couvercle se souleva d'un cran, libérant une odeur de terre humide et de cire ancienne. Elodie retint son souffle et souleva le couvercle à deux mains.
Il y avait de la paille desséchée, fine comme des cheveux, et dessous, un rouleau de parchemin serré par un ruban de soie noire. Pas un rouleau unique : trois, alignés comme des dormeurs dans un tombeau. Le ruban avait viré au brun aux endroits où il avait été mouillé, mais le sceau de cire rouge portait encore l'empreinte d'un anneau.
James retira ses mains. Il ne dit rien. Elodie sortit le premier rouleau avec précaution, le posa sur le lit défait, défit la soie. Le parchemin s'ouvrit dans un craquement doux. L'encre était brune, régulière, nerveuse par endroits — une écriture de femme pressée, mais maîtresse de sa pensée.
Elle lut la première ligne. Puis la seconde.
Son cœur cessa de battre pendant une fraction de seconde.
« *Quaestiones de gratia contra magistrum Petrum Aurelianensem* — Que ce traité soit témoignage que les idées que l'on m'attribue — et celles que d'autres ont osé signer à ma place — sortirent de ma main et de nulle autre. MARGARITA scripsit, et le monde en sera instruit quand je ne pourrai plus l'être moi-même. »
Elodie leva la tête. James était penché au-dessus du lit, son visage si proche du sien qu'elle pouvait voir la barbe naissante à sa mâchoire. Il ne regardait pas le parchemin avec avidité. Il le regardait comme on regarde une étoile filante disparaître.
— C'est son traité, dit-il. Sa main. Elle a signé.
— Elle a signé, répéta Elodie.
Tout ce qu'elle avait défendu pendant trois ans de thèse, toutes les heures passées à prouver que les idées attribuées à un moine anonyme appartenaient en réalité à une femme, tous les contre-arguments de ses collègues, toutes les moqueries silencieuses dans les séminaires — tout cela tenait dans ce ruban de soie noire et ces trois rouleaux de parchemin. Sa carrière, son nom, sa réputation. Elle n'avait plus besoin de convaincre qui que ce soit. Elle avait la preuve.
Le manuscrit entier allait lui garantir non seulement la bourse, mais une place définitive dans l'histoire de sa discipline.
Elle regarda James. Il n'avait pas bougé. Son visage portait une expression qu'elle ne lui avait jamais vue — non pas de la défaite, ni de l'envie, mais une forme de ravissement pur, presque enfantin, comme s'il avait oublié pourquoi ils étaient là.
— C'est le texte intégral des *Quaestiones*, dit-il. Celui que Guillaume Dupuy prétendait avoir brûlé à Paris.
— Tu le connais.
— Je connais la légende. Pas la main.
Il tendit la main, lentement, comme s'il s'apprêtait à toucher une chose sacrée. Mais au lieu de prendre le rouleau, il le poussa doucement vers elle.
— Il est à toi.
Elodie cligna des yeux.
— Quoi ?
— Le manuscrit. Il confirme ta lecture. Il prouve que tu avais raison depuis le début. Ta carrière est faite — tu n'as plus besoin de la bourse, tu la mérites davantage que n'importe qui d'autre dans notre domaine. Prends-le. C'est toi qui l'as trouvé. C'est toi qui as su lire ce que personne d'autre n'avait osé lire.
Elle chercha dans son regard une trace de calcul, de rétraction, de marchandage. Il n'y avait rien.
— Mais toi, dit-elle. Tu voulais la bourse. Tu me l'as dit — enfin, tu ne me l'as pas dit, mais tu voulais…
— Je voulais, oui. Mais pas plus que je ne veux voir ce texte au monde. Il ne doit pas être enfermé dans une thèse de plus — il doit être publié, édité, diffusé. Pas seulement par toi, mais par toi.
Il recula d'un pas, s'assit au bord du lit, les mains sur les genoux. Le phare de sa lampe creusait des ombres sous ses pommettes.
— Et si je décidais de travailler avec toi, dit-il, ce ne serait pas pour m'approprier ta découverte. Ce serait pour l'honorer.
Elodie tint le rouleau dans ses mains. Sa peau sentait le fleuve, la cire, l'ancien. Son esprit vrillait — les implications, les délais, les publications, la bourse, Finch, la femme aux lunettes noires, tout se bousculait dans un désordre qu'elle n'arrivait pas à organiser.
Mais par-dessus tout, il y avait ceci : James, assis à quelques centimètres d'elle, qui venait de lui donner la seule chose qu'il était venu chercher.
— Merci, dit-elle.
Le mot sortit plus petit qu'elle ne l'aurait voulu.
Il hocha la tête. Sans un mot, il déroula le troisième rouleau, celui dont le ruban était encore intact. Le sceau craqua. La lumière révéla une écriture plus serrée, presque illisible, une écriture de fuite.
— Il y a plus, dit-il. Regarde.
Elodie se pencha. La page portait une inscription griffonnée dans une langue qu'elle ne reconnut pas immédiatement — des caractères entrelacés, d'anciens dessins.
Son téléphone vibra. Ils sursautèrent ensemble.
Elle tendit la main vers l'écran. Un message d'un numéro inconnu, sans préfixe français.
> Cherchez-vous ce que vous cherchez ? Ou ce que vous fuyez ?
Elle le montra à James. Leurs regards se croisèrent. Dans la chambre d'hôtel étroite, au-dessus d'un rouleau de parchemin vieux de six siècles, ils comprirent enfin qu'ils n'étaient pas seuls à savoir.
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