Le Fort Caché du Méandre
Lire le chapitre 16: The Plan to Retake
La porte de la cellule grince quand Laroche la pousse. Nous nous entassons dans la salle de garde, six hommes en haillons militaires, Bouchard à l'écart, adossé au mur comme s'il voulait s'y fondre. Laroche déplie une carte du fort sur la table — du parchemin graisseux, taché de vin et de suif.
« Voici ce que nous savons », dit-il en posant le doigt sur le bastion est. « Les Anglais tiennent les remparts, la cour, et surtout la porte principale. Ils sont quarante, peut-être cinquante. Nous sommes douze en comptant ceux qui dorment encore. »
Un soldat nommé Gignac crache par terre. « Douze contre cinquante. Belle mathématique. »
« Nous avons autre chose que des fusils », dis-je. Tous les yeux se tournent vers moi. « Nous avons la connaissance de ce fort. Ceux qui l'ont bâti savaient que la poudrière serait le cœur de toute défense. Et les égouts passent dessous. »
Laroche plisse les yeux. « Les égouts ? Ils sont condamnés depuis l'hiver dernier. Le gel les a fait s'effondrer par endroits. »
« Des passages condamnés sont des passages oubliés », réponds-je. « Mon père m'a montré ces plans il y a quinze ans. Il y a une galerie qui court sous l'angle nord-ouest, assez large pour un homme accroupi. Elle débouche dans l'ancien cellier, à trois pas de la porte de la poudrière. »
Bouchard s'agite. « J'ai servi ici. Les égouts du nord — c'est bien là qu'ils mènent, mais le dernier tronçon… »
« Il est effondré », dis-je. « Je le sais. Mais pas sur toute sa longueur. L'effondrement laisse un passage forcé, de la terre et des gravats. Creusable en deux heures avec des pelles, silencieux si on fait attention. »
Gignac ricane. « On va ramper comme des rats pour atteindre la poudrière. Et ensuite ? On la fait sauter ? On saute avec ? »
« Non », dis-je. « On la sécurise. Le capitaine du Béarn veut la faire sauter avant l'aube. Si nous prenons la poudrière, nous tenons le fort. Les Anglais ne tireront pas sur leurs propres munitions, et ils ne peuvent pas tenir un bastion sans poudre. Pas pour longtemps. »
Un silence pèse. Laroche me regarde, pesant mes mots. Il n'a pas encore oublié que j'ai brûlé l'ordre de reddition du gouverneur.
« Et la porte principale ? » demande-t-il enfin. « Tant que les Anglais la tiennent, ils peuvent appeler du renfort. »
« Nous la reprendrons de l'intérieur », dis-je. « Le cellier donne sur la cour intérieure, et la cour mène directement à la porte. Si nous prenons la poudrière sans faire de bruit, nous pouvons approcher de la porte avant qu'ils ne s'en aperçoivent. Douze hommes déterminés peuvent ouvrir une porte et s'y tenir une heure. »
« Contre cinquante ? » Bouchard secoue la tête. « Même avec l'élément de surprise, ce n'est pas une bataille, c'est un suicide. »
« Ce n'est pas pour gagner », dis-je. « C'est pour tenir jusqu'à ce que les forces françaises de Québec apprennent que le fort n'est pas tombé. L'officier de Béarn compte sur la reddition silencieuse. Si nous résistons — si nous résistons seulement quelques heures et qu'un homme s'échappe pour porter la nouvelle — son plan s'effondre. »
Laroche passe sa main sur sa mâchoire. « Et votre frère ? Il est aux fers dans la cave. Il prétend être un agent double. Vous dites que vous ne le croyez pas tout à fait. »
Je n'ai pas de réponse immédiate. Les mots de Nicolas résonnent encore en moi — la manière dont il avait parlé de la fille allemande, du prêtre, de ma mission. Il avait su trop de choses. Mais il était enchaîné, et sa vie dépendait de mon choix. Ce n'est pas le comportement d'un traître.
« Mon frère connaît les habitudes des gardes anglais », dis-je. « Il les a étudiés pendant des semaines, dit-il. Si c'est vrai, il peut nous dire où se tiennent les sentinelles à l'approche de l'aube. »
« Si c'est vrai. » Gignac accentue les mots.
« Nous vérifierons », dis-je. « Je vais lui parler à nouveau. Si ses informations correspondent à ce que Bouchard sait de la garnison anglaise, nous les suivons. S'il ment, je le laisse aux fers et nous opérons à l'aveugle. »
Laroche hoche la tête. « Pelles. Nous avons des pelles dans le dépôt ? »
« Deux », dit un soldat nommé Chabot. « Peut-être trois si la rouille ne les a pas mangées. »
« Prenez-les », dit Laroche. « Et des torches, des couvertures pour étouffer nos pas. Nous nous rassemblons dans le cellier du sud dans une heure. »
La réunion se dissout. Les hommes s'affairent — certains réveillent leurs camarades dans la salle commune, d'autres descendent vers le dépôt. Je reste devant la table, les yeux sur la carte. Les lignes du plan du fort se mêlent aux souvenirs de mon père, qui m'avait montré ces mêmes galeries quand j'étais enfant. Il disait qu'un bon guide connaît non seulement la forêt, mais les dessous de la terre.
« Monsieur Rousseau. »
Bouchard. Il se tient près de la porte, sa capote militaire remontée sur ses épaules, le visage mal éclairé par la chandelle.
« Oui ? »
Il hésite. « Je connais un chemin vers la rivière. Par l'égout principal, celui qui sort à l'ouest. »
« Vous le gardiez pour vous tout à l'heure. »
Il hausse les épaules. « Je ne savais pas si vous me faisiez confiance. Et je ne vous la faisais pas non plus. Mais le plan… il tient si vous avez raison sur l'effondrement. Seulement, si vous vous trompez, si le passage est plus bouché que vous ne pensez, nous serons coincés dans la terre et les Anglais n'auront qu'à attendre notre mort. »
« Vous proposez une échappatoire ? »
« Je propose de vérifier le passage », dit-il. « D'aller devant et de sonder l'effondrement pendant que vous parlez à votre frère. Si c'est ouvert, je reviens vous dire. Si c'est fermé, j'essaierai de dégager. »
C'est un service utile. C'est aussi une occasion de disparaître. Je le connais depuis deux jours à peine — un déserteur qui prétend avoir été correspondant avec Nicolas. Tout ce que je sais de lui, c'est ce qu'il m'a dit.
« Allez », dis-je. « Mais ne faites pas de bruit. Et si vous ne revenez pas dans une heure, je saurai ce que ça signifie. »
Il incline la tête et disparaît par la porte arrière de la salle de garde. Je reste seul avec la carte et la chandelle qui crépite.
Je me dirige vers la cave où Nicolas attend. L'escalier est étroit, la pierre humide. Les chaînes de mon frère cliquettent quand il se redresse à mon approche.
« Alors ? » dit-il. « Vous avez décidé d'un plan ? »
« Nous prenons la poudrière », dis-je. « À l'aube. Par les égouts du nord. Ton capitaine veut la faire sauter — nous le devancerons. »
Nicolas rit, un son sec. « Le Béarn n'est pas mon capitaine. Combien de fois devrai-je le répéter ? »
« Autant que nécessaire », dis-je. « Dis-moi ce que tu sais des sentinelles anglaises à l'approche de l'aube. Les postes près de la porte ouest et du bastion nord. »
Mon frère ouvre la bouche pour répondre. Puis il se raidit, les yeux sur quelque chose derrière moi.
Je me retourne. Gignac se tient en haut de l'escalier, le visage pâle.
« Monsieur Rousseau », dit-il. « Bouchard. Il est passé par l'égout de l'ouest. Et il ne marchait pas vers le nord. Il allait vers la rivière. »
Le poids de la trahison me tombe sur les épaules. Le déserteur n'est jamais revenu vers la salle de garde. Ses mots résonnent en moi — *je vais aller devant pour sonder* — mais il avait pris la direction opposée.
Nicolas me regarde, les yeux sombres. « Le traître, » dit-il doucement. « C'était lui depuis le début. Et maintenant il file vers les lignes anglaises prévenir que vous allez prendre la poudrière. »
Dehors, très loin dans la nuit, un cri d'oiseau — faux, mal imité. Un signal.
L'alerte est donnée.
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