Le Fort Caché du Méandre
Lire le chapitre 19: The Medal's Price
Le feu de camp n'était plus qu'un tas de braises mourantes quand Bouchard reparut dans le cercle de lumière, un rictus de triomphe aux lèvres. Il tenait la médaille de Nicolas — celle du père d'Étienne — serrée dans son poing sale contre sa poitrine.
Étienne se leva d'un bond, la main sur son couteau. « Tu l'as volée. »
« Volée ? » Bouchard ricana, reculant d'un pas vers les arbres. « Ce n'est pas volé. C'est une rançon. Tu crois que j'ai traversé les lignes anglaises par loyauté, garçon ? J'ai vu ce que ce Béarnais a fait. Mais j'ai aussi vu la mort en face ce soir, et elle pue le salpêtre et la laine humide. J'ai payé mes dettes avec des coups de langue. Je veux ce que cette médaille vaut. »
Nicolas gisait sur le flanc, sa blessure rouge traversant son manteau. Il tendit un bras tremblant : « Bouchard, écoute — »
« Tais-toi, traître de rivière. » Bouchard cracha dans le sol. « Tu es un frère espion qui fait semblant d'être prisonnier. Nous savons tous les deux ce que tu es vraiment. Cette médaille, c'est tout ce qui reste d'utile dans ce camp de mourants. »
Autour du feu, les trois survivants de Laroche se redressèrent, les mousquets dégainés. Laroche leva une main pour les calmer, mais son visage était dur.
« Pose-la, dit Étienne. Laisse-nous parler. »
« Parler ? C'est tout ce que vous savez faire, toi et ton sang de traître. Parler et creuser des trous. » Bouchard jeta un coup d'œil vers les ténèbres derrière lui. « Les Anglais paient en or, pas en promesses. »
Il tourna les talons. Le craquement d'une branche sous son pied fut le seul avertissement. Étienne jaillit en avant, mais Bouchard pivota avec une rapidité surprenante, dégainant un long coutelas de sa gaine dorsale.
« Vas-y ! » hurla-t-il. « Viens chercher ce qui appartient à ton papa mort ! »
La lame siffla dans la nuit. Étienne esquiva, sentant le vent froid de l'acier contre sa joue. Bouchard frappa de nouveau; Étienne para avec son avant-bras, le choc se répercutant jusqu'en son épaule. Ils vacillèrent, prisonniers l'un de l'autre pendant un instant de lutte muette.
« Lâche-la ! » Étienne saisit le poignet de Bouchard, essayant d'arracher la médaille. Bouchard jura et tenta de lui donner un coup de genou.
La médaille tomba entre eux dans la boue souillée de mousse.
Un bruit sourd. Le médaillon gris s'ouvrit sur la pierre, la charnière usée cédant sans effort après des décennies de dissimulation.
Un morceau de papier plié, jauni et raidi, glissa du ventre creux de l'argent.
La lutte cessa, comme si le monde entier avait retenu son souffle. Même les braises semblaient cesser de crépiter.
Bouchard tendit la main pour saisir la lettre, mais Étienne fut plus rapide. Il la ramassa, le papier grinçant entre ses doigts trempés, puis recula hors de portée.
« Ce n'est pas à toi. » Sa voix n'était plus un cri. C'était une lame qu'on aiguisait.
Bouchard bondit à nouveau, fouetté par la frustration. Le coutelas décrivit un arc sauvage. Étienne se baissa sous le coup et planta son couteau dans le flanc de Bouchard au creux de ses côtes.
Bouchard hoqueta, la bouche ouverte sur un silence étonné. Il tomba à genoux, la main pressée contre sa blessure, le rouge s'écoulant entre ses doigts.
« C'était… pour payer… » Il toussa du sang. Ses yeux trouvèrent ceux d'Étienne, puis se figèrent. Un dernier frisson agita sa carcasse, et il s'affaissa dans la terre.
Le silence retomba. Laroche fit un pas, les yeux sur le papier dans la main d'Étienne.
« Il faut lire, dit-il doucement. Il faut savoir. »
Étienne ne quittait pas des yeux le papier. Tremblant — non de froid, mais de quelque chose de plus profond — il le déplia.
L'écriture de son père. Ferme, concise, les traits graves d'un homme qui n'écrivait pas souvent mais pesait chaque mot.
*À mon fils, celui qui portera cette marque.*
*Ils l'appellent un ordre de retraite, mais les ordres que l'on donne par écrit peuvent être volés. Je l'ai compris trop tard. Le Béarnais, notre propre officier, a vendu les plans du fort pour une bourse anglaise avant même l'hiver. Il ne veut pas la rivière; il veut la mort de tous ceux qui savent.*
*Si tu lis ceci, le fort est tombé et je suis mort. Mais toutes les portes ne sont pas gardées.*
*Sous le bastion du Nord-Ouest, là où le mur épouse la falaise, l'ancienne porte de service des jésuites a été maçonnée il y a quarante ans. Maçonnerie fraîche, mortier mal pris. Une pelle et une heure font un passage. Le tunnel descend sous la première meurtrière, puis il remonte dans les latrines abandonnées du quartier des officiers.*
*Personne n'y croit, car c'est là qu'ils ont recouvert la pierre d'origine avec le pain et le pastel de l'édifice vieux. Cherche la fissure à hauteur de genou, à un mètre à droite du fer d'angle.*
*La clé est dans le sang du premier — moi, qui ai construit la fausse porte pour un jour la franchir.*
*Ne laisse pas le Béarnais détruire ce que nous n'avons pas pu garder.*
Étienne relut la lettre trois fois, comme pour graver chaque syllabe dans ses os. L'air sentait le cuivre du sang.
Sous son bras, Nicolas se redressa péniblement, les yeux rivés sur le papier qu'Étienne tenait encore ouvert. Il respirait fort, mais son regard était devenu tranchant comme un éclat de verre.
« Il parlait du sally port dont j'ai rêvé toute ma vie », chuchota Nicolas. « Il l'a construit en cachette. »
Étienne plia la lettre et la rangea dans sa chemise, contre sa poitrine — auprès de la médaille maintenant brisée, comme si son père venait d'enfouir un second cœur en lui. Il regarda la forme de Bouchard qui refroidissait dans la pénombre.
« Cet homme a choisi la mauvaise monnaie », dit Étienne. Sa voix n'était plus jeune, plus hésitante. C'était celle d'un guide qui vient de lire son chemin dans les étoiles à travers un manteau de nuages. « Mais son sang pourrait encore nous servir. Il savait où étaient les gardes anglais. Il connaissait leurs rondes. »
Il se tourna vers Laroche, qui le regardait avec un nouveau respect teinté d'un certain effroi. « Avant que le jour ne se lève, nous prenons le fort. Par la porte de mon père.»
Laroche hocha lentement la tête. « Dans une heure, l'aube. C'est encore assez de temps pour un fantôme.» Il jeta un coup d'œil au cadavre de Bouchard, puis sourit — un sourire dur qui ne montait pas jusqu'à ses yeux. « Et pour les hommes du Béarnais, ce ne sera pas un Français qui montera à l'assaut. Ce sera un vieux souvenir.»
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